/news/education
Navigation

Cégep de Chicoutimi: un prof réembauché après des propos racistes, grâce à son syndicat

Il avait notamment dit à un Autochtone aux yeux bleus que sa grand-mère avait été violée

Cégeg de Chicoutimi
Photo Agence QMI, Roger Gagnon Le Cégep de Chicoutimi devra réintégrer un enseignant de philosophie qui a tenu des propos racistes et déplacés, en 2019, à l’endroit d’un étudiant membre des Premières Nations, ce qui déçoit le directeur général de l’institution d’enseignement, André Gobeil.

Coup d'oeil sur cet article

Un professeur congédié après avoir tenu des propos racistes et blessants sera finalement réintégré dans ses fonctions après avoir eu gain de cause devant un arbitre. Il avait notamment dit à un étudiant autochtone aux yeux bleus qu’il ne pouvait être membre d’une Première Nation et que sa grand-mère avait été violée. 

Le syndicat des professeurs du Cégep de Chicoutimi, affilié à la CSN, a convaincu l’arbitre Carol Girard que le congédiement était trop sévère pour Éric Tremblay, professeur de philosophie au Cégep de Chicoutimi. 

La peine a été changée en une suspension de 15 mois. Et ce n’est pas la première fois qu’un tribunal réduit la peine d’un prof qui a tenu des propos racistes. Dans la défense de son membre, le syndicat a brandi avec succès cette jurisprudence.

En 2019, dans le cadre du cours La pensée humaine, M. Tremblay avait dit à un étudiant autochtone «qu’il ne pouvait être autochtone en raison de ses yeux bleus et de ses cheveux blonds, que sa grand-mère avait été violée et que les revendications autochtones n’avaient pas leur place», selon des témoignages d’élèves.

Il avait également dénigré devant des étudiants la conseillère en services adaptés du collège, elle aussi membre d’une Première Nation, en se vantant qu’il «aimait la faire fâcher en lui disant que certaines nations autochtones n’existent pas».

«Des abuseurs de système»

M. Tremblay avait aussi critiqué en classe les étudiants ayant des TDAH et nécessitant des services adaptés. Une étudiante bénéficiant de ces services a témoigné que son prof avait dit «qu’on est des abuseurs du système» et que «médicalement on est tous des drogués». 

«Elle a passé la soirée du 19 février 2019 en pleurs avec ses parents», rapporte le jugement.

Le professeur de philosophie s’est défendu en rétorquant qu’il avait plutôt soutenu «que les pharmaciens étaient les plus gros distributeurs de drogues» et qu’il n’avait pas dit que les TDAH étaient «tous des drogués». Sur le fond, l’arbitre ne conteste pas les faits qui ont poussé la direction du collège à montrer la porte au professeur Tremblay.

«Tabarnak, c’est assez»

Il invoque toutefois des facteurs atténuants pour transformer sa peine en suspension. M. Tremblay est à l’emploi du collège depuis 23 ans, et les propos avaient été tenus «dans un cours dont l’objectif était de développer le sens critique des étudiants et de faire un essai et se situer par rapport à deux positions contraires», écrit l’arbitre.

C’était d’ailleurs l’argument du syndicat: le professeur Tremblay, en contestant les origines de son élève et en laissant entendre qu’une de ses ancêtres avait été violée, ne faisait pas preuve de «racisme et de discrimination» puisqu’il avait tenu ces propos dans le contexte pédagogique d’un cours axé sur le débat.

L’employeur n’achetait pas cette version et parlait plutôt du ton provocant du professeur Tremblay, avec l’usage d’expressions comme «tabarnak, c’est assez, on passe à autre chose». Mais la jurisprudence était du côté de M. Tremblay.

Au milieu des années 2000, un professeur du Cégep de Valleyfield a évité le congédiement même s’il avait qualifié une étudiante asiatique de «egg roll» et qu’il en avait traité une autre de «petite tabernacle».

La jurisprudence doit évoluer

Au cégep, la décision étonne. «Nous sommes déçus de voir que malgré ce qui nous fut rapporté, la décision du tribunal d’arbitrage n’a pas eu la portée que nous souhaitions, surtout en 2021», indique Émile Simard, président de l’Association générale des étudiants du Collège de Chicoutimi.

Le directeur général du collège, André Gobeil, croit également que la jurisprudence devra évoluer sur la question du racisme. «On ose espérer que ça va évoluer avec la société. Tous les éléments soumis par le collège ont été retenus, sauf sur la gradation des sanctions. Mais on avait un geste à poser», souligne-t-il.

De son côté, la présidente du syndicat, France Devin, a refusé la demande d’entrevue du Journal

«Il est très délicat pour le Syndicat de commenter un dossier individuel. Pour ces raisons nous n’émettrons aucun commentaire», a-t-elle affirmé dans une déclaration écrite.  

Il évite le congédiement après avoir traité une étudiante de egg roll  

La décision de casser le congédiement du prof Éric Tremblay ressemble à un précédent invoqué par le syndicat pour réduire sa peine.      

  • En 2006, l’arbitre Pierre St-Laurent du tribunal d’arbitrage du secteur de l’éducation a annulé le congédiement d’un professeur de 25 ans de service du Cégep de Valleyfield pour le remplacer par une suspension de 17 mois.     
  • Il tenait pourtant des propos «odieux et désobligeants» à ses étudiants : «Petite tabernacle», «Egg roll» à une étudiante asiatique , «Grosse», Propos sur l’homosexualité.      
  • Le jugement était basé, entre autres, sur une analyse des questionnaires d’évaluation remplis par les étudiants qui montrait que seulement 17 étudiants sur 52 avaient signifié leur désapprobation de tels propos.