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Le fantasme des bureaucrates

La pandémie a permis aux fonctionnaires de prendre le contrôle de la vie des Canadiens

Le fantasme des bureaucrates
PHOTO D'ARCHIVES, AGENCE QMI

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D’un jour à l’autre, les gouvernements du Canada imposent aux résidents du pays une série de règles de vie aussi détaillées que changeantes. Ces règles sont conçues par les fonctionnaires de la Santé publique. Parfois les politiciens passent outre et en font à leur tête. Le plus souvent, ils se servent de l’«expertise» de la santé publiques comme d’un sceptre : «Nous suivons les conseils de la Science». L’épidémiologie est devenue science divine. Et les Canadiens, «dociles» à quelques exceptions près, se laissent ainsi mener par le bout du nez.  

Non, je ne suis pas complotiste. Oui, je respecte les règles dictées de Québec et d’Ottawa (bien que j’avoue une ou deux faiblesses au cours de la dernière année). Mais parce que je suis un passionné de la liberté d’agir et de penser, ce fatras de bulles ministérielles suscite chez moi un profond malaise. N’y avait-il pas une façon plus simple, plus libérale (dans le sens philosophique du terme) de combattre la pandémie? 

Cependant, la simplicité n’est pas dans la culture de la bureaucratie. Si des règles générales ne donnent pas les résultats souhaités, le réflexe est de passer aux règles de plus en plus pointues, au point où elles en deviennent tatillonnes. Le tout mis en œuvre avec l’appui de la puissance étatique. On en vient même à encourager la dénonciation. 

N’est-ce pas la seule façon de venir à bout de la pandémie? Peut-être. Sans doute, même. Je n’ai qu’admiration pour François Legault, Justin Trudeau et leurs entourages respectifs, qui travaillent d’arrache-pied depuis plus d’un an pour nous sortir de là. Ça ne m’empêche pas d’être troublé par ce que je vois.

  • Écoutez l'entrevue d'André Pratte au micro de Richard Martineau sur QUB radio:

L’exemple du Milieu

Je note par exemple que si la Chine n’avait pas montré l’exemple du confinement total, les politiciens occidentaux ne l’auraient probablement pas envisagé. Mais comme ça a marché en Chine – qui n’a pas été admiratif devant la capacité des Chinois de construire des hôpitaux en quelques jours? – pourquoi ne pas mettre nos propres pays «sur pause»? 

La fin de semaine de Pâques, combien de parents ont vu leurs enfants et leurs petits-enfants, masqués, à 2 mètres, un peu clandestinement, craignant d’être dénoncés par leurs voisins? Cette crainte, vous trouvez ça normal? 

Les ministres et leurs docteurs fonctionnaires, armés de statistiques de plus en plus vastes et détaillées, ont décrété que tous les rassemblements familiaux, aussi petits et inoffensifs soient-ils, étaient péchés mortels. Tandis qu’on a laissé les gymnases ouvrir, avec les résultats que l’on sait. 

Comme au temps de la Grande noirceur, la population québécoise se révèle obéissante au-delà de toute espérance. Même que les commentateurs – évêques des temps modernes - clouent au pilori quiconque ose soulever un doute. À défaut d’attraper le virus, les filets des bureaucrates ont emprisonné le débat. 

Je répète que je ne suis pas contre les mesures imposées de Québec et d’Ottawa. Après tout, il faut bien faire quelque chose. Et la bureaucratie est justement spécialisée dans l’art de «faire quelque chose». 

Je dis seulement que, tout en admettant que la fin justifie peut-être les moyens cette fois-ci, cette formidable extension du pouvoir étatique sur nos vies devrait nous rendre soucieux. Car si cela a été fait une fois, avec l’appui de la grande majorité, qui dit que l’État ne trouvera pas d’autres occasions de venir espionner ce qui se passe dans notre cour? 

André Pratte, Ex-sénateur et ex-éditorialiste en chef de La Presse

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