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Que de niaiseries au nom de la «liberté»

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C’est au cri de « liberté » que des émeutiers de dimanche soir ont saccagé une partie du Vieux-Montréal.

Leur grief était, semble-t-il, le retour du couvre-feu à 20 h dans la métropole, ramené par « Francis Legault » [sic], comme l’a affirmé un manifestant à la télé.

Toute la journée, lundi, des politiciens, comme la ministre Geneviève Guilbault et la mairesse Valérie Plante, ont défilé dans nos médias pour dire qu’on avait encore la « liberté » de manifester, mais dans les règles.

Droits et devoirs

Tous ceux qui hurlent au « totalitarisme » ou à la « dictature » dans les rues ne se rendent-ils pas compte du paradoxe ?

La première liberté supprimée par un gouvernement autoritaire est celle de s’exprimer. Il n’y a pas de manif en Corée du Nord ou dans la Chine de Xi Jinping.

Le philosophe français Alain Finkielkraut faisait remarquer récemment qu’on qualifie souvent nos gouvernements de « néo-libéraux » ou d’« ultralibéraux » ; pourtant, ils dépensent en masse pendant cette crise et, même en temps normal, interviennent dans l’économie.

Dans nos sociétés, « le fait moral fondamental » n’est plus le « devoir », mais les « droits ». Cela est si ancré, notamment grâce à nos chartes des droits (ou à cause d’elles), que tout devoir « apparaît désormais [...] comme une atteinte à “nos libertés”, tout ce qui fait appel à la responsabilité est considéré comme insupportable, liberticide ».

Ainsi, ce n’est peut-être pas tant l’État ou les gouvernements qui sont « ultralibéraux » aujourd’hui, suggérait Finkielkraut, mais une « grande partie de la société ».

Est-ce à dire que par responsabilité, par devoir, nous devrions omettre de critiquer la gestion de la pandémie par nos élus ?

Certainement pas. Et il y a de quoi critiquer. (Je l’ai personnellement fait ici récemment, entre autres au sujet de ce qu’on peut appeler le « privilège religieux ».)

La situation n’a rien d’aisé, notamment pour les partis d’opposition, qui doivent canaliser (c’est leur rôle) les critiques à l’égard du gouvernement, sans pour autant légitimer la désaffection, voire les émeutes.

Voilà la liberté que nous devrions cultiver : discuter, critiquer, manifester. Tout en étant conscients que nous traversons une période à bien des égards sans précédent. La majorité de la population semble avoir ce bon sens élémentaire.

Kenney

En novembre, une connaissance, propriétaire de restaurants, m’avait fait l’éloge du premier ministre albertain Jason Kenney, qui refusait les mesures fortes anti-COVID. Au nom de la liberté. Au nom de la protection de ces petits entrepreneurs, premières victimes des confinements (ce qu’on ne peut nier) : « Enfin un politicien qui se tient debout », m’avait-on écrit.

Depuis, la pandémie a durement frappé l’Alberta. Kenney expliquait d’ailleurs en conférence de presse, hier, avoir été contraint de prendre les décisions les plus difficiles de sa carrière. Il a même perdu une bonne partie de son caucus de droite (plus d’une quinzaine d’élus !) qui rejette les règles sanitaires.

Puis, Kenney a eu ces paroles suaves : « Aucune notion politique abstraite n’empêche les gens de venir engorger les unités de soins intensifs. »

Surtout pas la « libArté » de ceux qui, si jamais ils étaient infectés, invoqueraient le droit sacré d’être soignés.