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Les mérites de Marv Levy enfin reconnus

L’ex-entraîneur des Alouettes est élu au Panthéon

Tiger-Cats c. Alouettes
Photo Martin Chevalier Marv Levy avait participé à la cérémonie célébrant le 40e anniversaire de la quatrième coupe Grey des Alouettes, en octobre 2017.

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C’est fait ! Marv Levy est au nombre des élus de la cuvée 2021 du Panthéon du football canadien. Plusieurs de ses anciens joueurs chez les Alouettes moussaient sa candidature depuis longtemps. Peter Dalla Riva a vu ses efforts rabroués durant ses 25 ans à titre de membre du comité de sélection.

Aussi, les supporteurs de l’ancien entraîneur-chef des Alouettes ont décidé de mettre le paquet cette année. Gabriel Grégoire m’avait dit il y a un mois : « On aimerait voir Marv devenir centenaire, mais il faudrait qu’il soit élu au Temple de la renommée le plus vite possible. »

Les Alouettes, par la voix de leur président Mario Cecchini, et certains joueurs ayant joué sous les ordres de Levy ont fait campagne dans les médias au cours des dernières semaines.

Levy a été informé de sa nomination la semaine dernière, mais ce n’est qu’hier que la nouvelle a été annoncée. Il était heureux et reconnaissant lorsque je l’ai joint chez lui, à Chicago.

Expérience unique

L’homme célébrera son 96e anniversaire de naissance le 3 août, mais il est toujours aussi enthousiaste et amoureux de la vie.

Embauché par les Alouettes en 1973, il a mené son équipe à trois finales de la coupe Grey, dont deux victorieuses, durant ses cinq saisons à la tête de la formation. 

Cinq ans est le nombre d’années requis pour être admissible au Panthéon du football canadien. Mais quand on y pense, c’est court dans la vie d’un homme de l’âge de Levy et d’un entraîneur dont la carrière s’est échelonnée sur 47 ans.

« C’est vrai, acquiesce-t-il, mais les cinq années que j’ai passées à Montréal occupent une place prédominante dans mon cheminement.

« Ce fut une grande expérience pour moi. Les gens de l’organisation des Alouettes étaient extraordinaires, à commencer par leur propriétaire Sam Berger.

« J’étais entouré de joueurs merveilleux avec lesquels je suis encore en contact dans certains cas. Mon séjour à Montréal m’a été éducatif à tous points de vue, pas seulement en matière de football, mais pour tout ce qui touche à la vie. »

Premier job d’entraîneur-chef

Levy était entraîneur des unités spéciales avec les Redskins de Washington avant d’obtenir le poste d’entraîneur-chef des Alouettes.

« J’ai fait la connaissance de J.I. Albrecht, qui était directeur général des Alouettes lorsqu’il faisait sa tournée annuelle des camps d’entraînement des équipes de la Ligue nationale », raconte-t-il.

« On se parlait régulièrement et, un jour, il m’a dit que je pourrais être le candidat idéal pour diriger les Alouettes, si le poste devenait disponible. Il m’a recommandé à Sam Berger et organisé une rencontre. »

Levy a réfléchi, bien sûr, avant de s’amener à Montréal.

« J’aimais beaucoup travailler avec George Allen qui fut mon patron avec les Rams de Los Angeles, puis chez les Redskins », poursuit-il.

« Or, Montréal m’offrait la chance de devenir entraîneur-chef pour la première fois au niveau professionnel. J’aimais vraiment M. Berger et sa famille, ainsi que la ville qui bouillonnait d’activités.

« On m’a offert le poste et je l’ai accepté. J’étais enchanté. »

Transition à faire

Levy connaissait peu de choses du football canadien à ses débuts.

« J.I. Albrecht m’a expliqué que je pouvais envoyer un 12e joueur sur le terrain », reprend-il.

« Après mon premier match, je lui ai rétorqué qu’il ne m’avait pas dit que l’adversaire pouvait compter aussi 12 joueurs sur le terrain », relate-t-il en riant.

« J’ai appris que le football canadien a plusieurs similitudes avec le football américain, mais qu’il y avait aussi plusieurs différences entre les deux. Si votre équipe court, attrape le ballon, bloque, plaque et botte mieux que votre adversaire, vous allez gagner.

« Par contre, le football canadien se distingue par les dimensions plus grandes de son terrain, le nombre d’essais [trois comparativement à quatre aux États-Unis], le pointage [le simple n’existe pas au football américain], le mouvement des joueurs lors des mises en jeu et l’espace plus grand sur la ligne de mêlée. »

Non seulement Levy a appris à composer rapidement avec les règles différentes, il a apporté des innovations. C’est lui qui a instauré la stratégie offensive sans caucus, qu’il a ensuite amenée dans la NFL.

C’est sous sa recommandation que la LCF a permis le blocage sur les retours de botté de dégagement.

Des foules inspirantes

Quand on lui demande ce qu’il retient de son parcours à Montréal, mis à part ses deux coupes Grey, Levy affiche l’ouverture d’esprit et la curiosité qui font de lui le personnage apprécié et respecté qu’il est.

« J’ai appris l’histoire du Québec », dit-il, lui dont le père d’origine londonienne a vécu en transit en bas âge à Montréal avant que sa famille ne s’établisse aux États-Unis.

« Je comprenais bien le français, même si je ne le parlais pas. Les gens étaient tellement gentils. J’ai appris plus que le football lors de mon séjour.

« L’inspiration que l’on a reçue des amateurs quand on a quitté l’Autostade pour le Stade olympique était fantastique. 

« Montréal traversait une période de grand faste sur la scène sportive. On venait de vivre les Jeux olympiques et les Alouettes formaient une sacrée équipe ! »

Le sport occupait effectivement une grande place au Québec. Les défilés des champions ne manquaient pas.

Pendant les cinq saisons de Levy à Montréal, les Alouettes ont remporté la coupe Grey deux fois, le Canadien a gagné la coupe Stanley trois fois et les Nordiques, la coupe Avco dans l’Association mondiale, une fois.

Quelle période c’était !

Rodgers et lui ont fait la paix

Gabriel Grégoire vous dira que Marv Levy savait comment parler à ses joueurs et qu’il connaissait la personnalité de chacun d’eux.

C’est ce qui explique pourquoi Levy était aussi respecté par ses hommes et que ces derniers lui demeurent reconnaissants aujourd’hui.

Mais, comme tout entraîneur, Levy a été appelé à composer avec des joueurs difficiles à diriger. 

L’un de ceux-là chez les Alouettes fut Johnny Rodgers, qui s’était surnommé lui-même la Super vedette ordinaire à son arrivée à Montréal.

Les deux ont d’ailleurs fait leurs débuts avec les Alouettes la même année, c’est-à-dire en 1973.

Tout un personnage !

Levy se met à rire lorsque le nom de Rodgers glisse dans la conversation.

« Oh ! boy ! lance-t-il.

« Johnny était tout un personnage. Il était complètement à part des autres joueurs. Il avait un grand talent et un grand ego.

« J’ai essayé, essayé et essayé de faire en sorte qu’il emprunte une autre voie, mais ça n’a pas fonctionné.

« On l’a finalement laissé partir. »

Les deux se sont retrouvés quelques années plus tard dans la NFL, Levy à titre d’entraîneur-chef des Chiefs de Kansas City et Rodgers comme porte-couleurs des Chargers de San Diego.

« Johnny avait changé et il m’a appelé, raconte Levy.

« À partir de là, notre relation s’est améliorée. Je suis content de savoir qu’il a mis de l’ordre dans sa vie. »

Mauvais début de Bruce Smith

À Buffalo, Levy a dirigé le grand ailier défensif Bruce Smith, membre du Panthéon du football américain, tout comme lui d’ailleurs.

« Bruce est probablement le plus grand joueur de ligne de l’histoire du football, mais il n’était pas parti pour ça au début de sa carrière, dit Levy.

« Après sa deuxième saison avec les Bills, je lui ai dit que sa carrière prendrait fin s’il ne changeait pas ses habitudes de travail et de vie.

« Il était très suffisant avec lui-même. Il s’entraînait mal, accusait un surplus de poids et sortait pour aller boire les veilles des matchs.

« Un jour, je lui ai dit qu’il courait à sa perte. Il est sorti de mon bureau en rageant puis il a rebroussé chemin pour venir me dire : “Coach, sais-tu quand je t’écoute le plus ?” Je lui ai répondu quand ? “Lorsque tu baisses le ton.”

« Il arrive qu’un entraîneur crie après un joueur, mais ça ne donne pas souvent de bons résultats. C’est en lui parlant intelligemment qu’on peut en arriver à faire une différence. »