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Nous sommes maintenant actionnaires d’Air Canada

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Acculé au pied du mur, le conseil d’administration d’Air Canada a finalement accepté que le gouvernement fédéral devienne actionnaire de la société en contrepartie d’une portion des 6 milliards $ d’aide gouvernementale offerte.

Aux termes de l’accord, le fédéral obtient un premier bloc de 21,6 millions d’actions (à 23,18 $), pour la somme de 500 millions de dollars. À cela, s’ajoutera un bloc de 14,6 millions de bons de souscription lui permettant d’acquérir autant d’actions au prix de 27,27 $ d’ici 10 ans, pour une somme additionnelle de presque 400 millions $.

Cet investissement dans le capital-actions d’Air Canada permettra possiblement aux contribuables canadiens de profiter financièrement du sauvetage d’Air Canada.

Chose certaine, c’est un beau risque à prendre !  

On se rappellera que l’ancien PDG d’Air Canada, Calin Rovinescu, s’opposait férocement à ce que le gouvernement fédéral obtienne un bloc d’actions en échange d’un soutien financier. Rovinescu a pris sa retraite en février dernier.

Il faut croire que son successeur, Michael Rousseau, est plus souple.

Il faut dire qu’il n’avait pas grand choix. En raison de la grande détérioration de la situation financière d’Air Canada à cause de la paralysie de ses activités en cette pandémie de COVID-19, c’est le gouvernement Trudeau qui détenait le gros bout du bâton au cours des derniers mois de négociation.

  • Écoutez la chronique économique de Michel Girard sur QUB radio:

GRÂCE À SABIA

Le négociateur en chef dans ce dossier fédéral, c’est le sous-ministre des Finances Michael Sabia, l’ancien PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Dans sa carrière, le redoutable Sabia a négocié beaucoup d’ententes financières avec des entreprises qui sollicitaient l’aide de la Caisse.

Si Air Canada a finalement accepté d’accueillir le gouvernement fédéral comme important actionnaire pouvant détenir près de 10 % des actions en circulation, nul doute que c’est grâce à Sabia.

À mon avis, Sabia aurait pu presser davantage le citron et obtenir en échange du soutien financier fédéral une plus grande portion en capital actions d’Air Canada.

Deux beaux exemples. Dans le cadre d’une opération de sauvetage financier, le gouvernement Macron a réinvesti dans le capital actions d’Air France-KLM alors que l’État français détenait déjà 14,3 % du capital. Ce réinvestissement portera à près de 30 % la position du gouvernement français dans l’actionnariat d’Air France-KLM. Les Pays-Bas détiennent 14,3 % de la société.

En mai dernier, le gouvernement Merkel avait injecté 9 milliards d’euros dans le sauvetage de Lufthansa, lui permettant de détenir une participation de 20 % dans le géant aérien.

AUTRES CONDITIONS

Bien entendu, le remboursement des clients d’Air Canada dont les vols ont été annulés à cause de la COVID-19 faisait partie des conditions essentielles qu’imposait le gouvernement Trudeau pour obtenir l’aide fédérale. C’est réglé : bravo !

Concernant maintenant le plafonnement à un million $ de la rémunération annuelle de chacun des hauts dirigeants d’Air Canada, et ce, d’ici le remboursement des prêts de 4 milliards $ consentis par le gouvernement fédéral, permettez-moi d’émettre une petite réserve.

En 2019, le PDG Calin Rovinescu a encaissé une rémunération de 12,8 millions $ et son bras droit, le chef des affaires financières Michael Rousseau, a reçu 4,4 millions $.

Hâte de voir combien de temps M. Rousseau, le nouveau PDG d’Air Canada, va se contenter d’encaisser « seulement » un million de dollars par année. Même chose pour ses quatre collègues de la haute direction de l’entreprise.

Je prédis une révision de cette mesure... d’ici la reprise normale des activités.

Au sujet de l’obligation imposée à Air Canada de suspendre les rachats d’actions et le versement de dividendes, cela allait de soi.

Tout comme d’ailleurs le maintien des niveaux d’emplois actuels à 14 859 employés. C’est 18 044 employés de moins qu’en 2019 alors qu’Air Canada avait 32 903 employés à sa charge.