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Odeurs de guerre avec la Russie

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De la Baltique à la mer Noire, de sombres nuages annonciateurs de guerres recouvrent la région. Depuis la mi-mars, la Russie a massé quelque 40 000 militaires à proximité de sa frontière avec l’Ukraine où se trouve la région russophone du Donbass en insurrection armée.

Cette guerre a fait plus de 13 000 morts depuis 2014 lorsque la chute du régime prorusse à Kiev a amené Moscou à y soutenir le mouvement sécessionniste et à annexer la Crimée.

Les responsables ukrainiens et russes multiplient les déclarations et les initiatives belliqueuses. Poutine accuse l’Ukraine d’« actions de provocation dangereuses ». Kiev propose à l’OTAN d’organiser des exercices militaires conjoints appelant ainsi directement l’OTAN à se déployer contre la Russie.

La décision des États-Unis et de l’OTAN de positionner des forces dans la région rend la situation encore plus dangereuse. Des navires de guerre américains sont dépêchés en mer Noire et, pour la première fois de l’histoire de l’OTAN, des bombardiers nucléaires B-1 en Norvège. C’est de mauvais augure.

La guerre froide 2.0. À qui la faute ?

Les relations de Washington avec Moscou se détériorent depuis plus de deux décennies.

Bill Clinton a décidé d’étendre l’OTAN jusqu’aux frontières de Russie alors que son prédécesseur, Bush père, s’était engagé envers Gorbatchev à ne pas le faire. La participation de l’administration Obama dans le renversement du gouvernement ukrainien prorusse a décidé Poutine à annexer la Crimée russophone.

La réaction des États-Unis et de l’OTAN, qui ont imposé des sanctions économiques, a fait franchir une nouvelle étape à la guerre froide. Après une pause avec un Trump inféodé à Poutine, elle a repris de plus belle avec Biden, qui vient de promettre à Kiev un soutien « indéfectible » face à « l’agression de la Russie ». Dans une entrevue, il a même qualifié Poutine de tueur sans âme. Le Kremlin a réagi en rappelant son ambassadeur de Washington.

Comment Poutine profite de la crise

Poutine est déterminé à réintégrer les anciens pays de l’URSS, de la Baltique au Caucase, dans le giron de Moscou. Il teste la détermination de l’OTAN. Jusqu’où l’alliance est-elle prête à aller pour défendre l’Ukraine et les autres républiques ex-soviétiques ?

Je ne pense pas que Vladimir Poutine prépare vraiment une guerre avec l’Ukraine. Mais il a des raisons de politiques intérieures et extérieures de provoquer une crise. C’est une façon de faire oublier la stagnation économique de la Russie, son impopularité croissante et la tentative de meurtre et l’emprisonnement de son pourfendeur Alexei Navalny.

À l’international, les tensions russo-américaines actuelles, alors que les relations des États-Unis avec la Chine atteignent également des niveaux de guerre froide, vont rapprocher Moscou et Pékin et renforcer leur coopération militaire.

Poutine, comme Staline, est un dictateur assassin, sans foi ni loi, mais sensé. Je ne crois pas qu’il aille jusqu’au bout de ses provocations contre l’Ukraine. Du moins, je l’espère.

Coronavirus, bouleversements climatiques, est-ce qu’on a besoin d’une guerre pour fragiliser encore plus la planète ?