/opinion/faitesladifference
Navigation

Pour les assistés sociaux : le budget de l’hypocrisie et de l’indifférence

Pour les assistés sociaux : le budget de l’hypocrisie et de l’indifférence
Photo Stevens Leblanc

Coup d'oeil sur cet article

Le 25 mars dernier, le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, a présenté son budget. Encore une fois, la CAQ a choisi de nous ignorer, les personnes assistées sociales. Alors que nous sommes affectées durement par la précarité et que tous les aspects de notre vie sont touchés, aucune mesure substantielle n’a été pensée pour nous permettre de survivre à la crise. Ça dure depuis un an, et c’est encore le cas dans le nouveau budget annoncé.  

Peu d’aide

Le budget prévoit seulement la bonification de quelques prestations spéciales, c’est-à-dire des remboursements partiels liés à certaines dépenses médicales (des montants non-indexés depuis 2006 et généralement insuffisants). 

Or, cette absence d’indexation est problématique pour beaucoup d’autres montants liés à l’aide sociale. Par exemple, comment se fait-il que le 200 $ de revenu d’emploi mensuel permis à l’aide sociale n’a pas été augmenté depuis plus de 20 ans? 

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a annoncé l’octroi de 294 000 $ aux cliniques d’impôt pour les 810 000 personnes en situation de pauvreté, soit l’équivalent de 35 cents par personne. En parallèle, il refuse toujours d’accorder directement et automatiquement le crédit d’impôt pour solidarité aux personnes assistées sociales. 

Messieurs Girard et Boulet, comment pouvez-vous nous répéter, à chaque occasion possible, que vous êtes « sensibles » et « empathiques » à notre situation, alors que vous ne nous écoutez pas? 

Si vous étiez réellement empathiques, vous auriez empêché bien avant les coupures sur nos crédits d’impôt pour solidarité pendant la durée du moratoire sur le recouvrement des dettes à l’aide sociale. Ça faisait des mois qu’on rapportait la situation à vos ministères sans que vous ne bougiez le petit doigt. Il a fallu qu’on sorte dans les journaux pour que la question se règle en deux jours. C’est de la grande hypocrisie. 

Si vous étiez réellement empathiques, vous auriez annoncé des mesures pour que les dépenses additionnelles engendrées par la pandémie puissent être couvertes. La grande majorité des provinces et territoires canadiens l’ont fait. Ce que vous avez annoncé, ce sont des mesurettes qui ne sont que de la poudre aux yeux, des moyens pour donner l’impression d’aider ou du réchauffé de mesures prévues depuis des années. 

708 $ par mois

Est-ce que ce budget nous aide? Non. Les prestations de base demeurent bien en-deçà des montants permettant de couvrir ses besoins de base. Avec 708 $ par mois, c’est seulement 42 % des besoins essentiels qu’on réussit à couvrir. Pour le reste, on se prive : de vêtements, de sorties, de nourriture, de logement... 

Pensez-vous réellement que de rembourser nos billets d’autobus pour nous faire vacciner va mettre plus de nourriture dans nos estomacs et nous permettre de payer nos loyers? Certains et certaines d’entre nous ont perdu leurs jobs d’appoint à cause de la COVID-19 et n’arrivent pas à payer ce dont ils et elles ont besoin pour que leur santé ne se détériore pas. Arrêtez d’être dans le déni, le mépris et l’apathie! 

En nous ignorant de la sorte, vous faites preuve d’insensibilité et ne faites que reporter les dépenses budgétaires à plus tard. Il a été largement démontré que donner plus aux gens dans le besoin coûte beaucoup moins cher et rapporte davantage à la société que de continuer à les appauvrir. Les gens ne sont pas pauvres parce qu’ils ne veulent pas travailler, ils le sont parce qu’on leur maintient la tête sous l’eau. 

Messieurs Girard et Boulet, c’est votre indifférence qui nous appauvrit. C’est votre apathie qui nous rend malades. C’est votre hypocrisie qui nous fait violence. Arrêtez de faire l’autruche, sortez la tête du sable et tenez compte des gens en situation de pauvreté! 

Lettre rédigée par des militants et militantes assistées sociales du Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ)

Votre opinion
nous intéresse.

Vous avez une opinion à partager ? Un texte entre 300 et 600 mots que vous aimeriez nous soumettre ?