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Dégraissage linguistique sauvage en Ontario

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Le « dégraissage » linguistique sauvage de l’Université Laurentienne à Sudbury, en Ontario, tranche passablement avec le traitement des universités anglophones du Québec.

Si une autre minorité linguistique ou ethnique était ainsi traitée, certaines voix utiliseraient volontiers des termes excessifs du type « génocide culturel ». Je ne le ferai pas. Ce serait une hyperbole inutile.

Reste que l’attaque contre la minorité francophone dans cet établissement bilingue est manifeste. ONFR+, plateforme numérique de Télévision française de l’Ontario (TFO), estimait hier qu’à l’Université Laurentienne, les francophones sont trois fois plus touchés que les anglophones.

Les francos représentent près de 18 % des étudiants et « c’est près de 40 % de la programmation qui leur a été retirée ». Les anglophones, eux, ne sont coupés que de 23 %.

Les finances de l’Ontario sont dans un mauvais état, on le sait. Proportionnellement pire que celle du Québec.

Résignation 

Imaginons une situation hypothétique où le Québec, comme sous Lucien Bouchard, aurait voulu atteindre le déficit zéro notamment en multipliant les compressions qui auraient conduit à des coupes majeures dans les programmes et le personnel enseignant anglophones. C’eût été le tollé général, d’un océan à l’autre.

On me dira que la décision de l’Université Laurentienne a provoqué un tollé. (Il y a peut-être ici une stratégie des dirigeants de l’institution ? Poser un geste tellement inacceptable qu’il ne peut avoir pour résultat que de déclencher un tsunami d’aide financière ?)

Mais ce tollé semble se faire jusqu’à maintenant sur fond de résignation.

C’est peut-être l’habitude. En novembre, on parla brièvement des malheurs du Campus Saint-Jean, à Edmonton, une des seules institutions francophones des Prairies assurant un peu d’enseignement universitaire dans la langue de Molière.

Pendant ce temps au Québec, universités et collèges anglophones sont chouchoutés par l’État québécois.

Bon, on me raconte que certains projets du Cégep Dawson et de McGill seraient actuellement dans l’impasse, des sommes clés n’ayant pas été inscrites au Plan québécois des infrastructures (PQI). Il reste qu’ils sont loin d’une situation « laurentienne » de fermeture et de mises à pied sauvages !

le monde à l’envers

En novembre, l’auteur Frédéric Lacroix (voir Pourquoi la loi 101 est un échec, Boréal) m’apprenait que McGill, Concordia et Bishop récoltent 30 % des fonds destinés aux universités, soit 3,7 fois plus que le poids démographique des anglophones au Québec.

C’est un euphémisme de dire que les Franco-Albertains n’ont pas droit à une proportion semblable, selon les calculs de Lacroix. Si c’était le cas, ils obtiendraient 177,2 millions $ au lieu des cacahuètes (9,5 millions $) octroyées par l’État albertain.

En Ontario, même mépris systémique. Le postsecondaire français —avant les compressions à la Laurentienne— obtenait 3 % du budget (des revenus) total des universités ontariennes alors qu’en 2016, les francophones comptaient pour 4,7 % de la population. « Un sous-financement de presque 40 % par rapport à l’effectif des francophones », note Lacroix.

C’est le monde à l’envers : une des minorités linguistiques les plus à risque sur ce continent se trouve sous-financée dans le ROC (Rest of Canada). Alors qu’au Québec, le réseau d’enseignement anglophone, langue impériale de notre ère, langue de la majorité continentale et du numérique par surcroît, est surfinancé.

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