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Legault sème la confusion

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Le gouvernement Legault a réussi à mêler tout le monde concernant la directive sur le port du masque à l’extérieur, qui malgré les quelques explications avancées demeure teintée d’incohérence.

Déjà que les directives sur le port du masque à l’extérieur n’étaient ni claires ni logiques, il fallait en plus que François Legault en rajoute, hier. Le premier ministre a annoncé en fin de journée, sur les réseaux sociaux, qu’il modifiait les règles contenues dans le décret. 

Il appert notamment que les golfeurs pourront jouer sans masque, à bonne distance. Il ne sera pas nécessaire de porter le masque pour un couple n’habitant pas ensemble, ni pour deux personnes qui marchent ensemble, toujours à bonne distance.  

Soit, M. Legault a pris la bonne décision en faisant marche arrière, car ces directives étaient tout simplement incohérentes. Mais sa façon de procéder signifie encore une fois que les journalistes ont reçu l’information en même temps que tout le monde, sans possibilité de poser les questions qui s’imposent aux décideurs. 

Tout cela ne fait pas sérieux, alors que la directive est pourtant lourde de conséquences sur la santé mentale de la population. Les sorties à l’extérieur, et la pratique d’activités sportives comme la marche ou la course, demeurent après tout la seule soupape, avec ce confinement très contraignant.  

Encore raté 

Et pourtant, aussi tôt que la semaine dernière, le gouvernement a fait l’objet de critiques parce que les informations contenues dans les annonces étaient transmises trop tard aux journalistes, les empêchant de poser toutes les questions. Mardi, le premier ministre a assuré qu’il entendait donner toutes les informations. Encore une fois, c’est raté. 

Ainsi, il a été impossible d’obtenir des précisions, et de mieux comprendre les raisons derrière ce revirement? Puis de nouveau, on aurait aimé de plus amples explications sur les raisons qui justifient l’interdiction qui persiste à l’extérieur.  

Les experts s’avèrent après tout très divisés sur la question du port du masque à l’extérieur. Puis, le directeur national de la santé publique a lui-même admis qu’il n’existe pas d’étude contrôlée ni de tests effectués à l’extérieur. 

Pourquoi imposer le port du masque alors que les risques sont pourtant considérés minimes par les scientifiques?  

Dès le départ, le gouvernement aurait dû préciser que l’obligation visait les situations où il était difficile de respecter la distance de deux mètres : une manifestation, un centre-ville ou un parc achalandé, etc. Les gens sont capables de comprendre, mais encore faut-il que ce soit logique. 

Très controversé 

Partout où le port du masque à l’extérieur a été imposé de manière générale, la mesure a d’ailleurs fait l’objet de vives critiques et a soulevé la controverse.  

En France, certaines villes ont refusé de la mettre en place, considérant qu’elle ne reposait pas sur des assises scientifiques. En Belgique, le gouvernement a fini par faire marche arrière.  

«De motivés, nous sommes aujourd’hui passés à soumis. Laissés pour compte avec un bon vieux «parce que j’ai dit que c’est comme ça, un point c’est tout!», exprimait un Bruxellois interrogé par le réseau d’information continue LCI, lorsque la mesure a été adoptée l’automne dernier, avant d’être abandonnée.   

Puis en Espagne, plusieurs régions autonomes ont refusé de l’appliquer sur les plages, depuis le 30 mars, a rapporté le Courrier international. On y cite la columniste Gari Durán, qui sur le site conservateur El Espanol s’est moquée : «Pourquoi pas pendant la sieste ? Pendant les balades au bord de la mer juste avant de piquer une tête ? Ou quand vous rêvassez à l’ombre d’un arbre sans autre compagnon qu’une coccinelle à sept points». 

Ce commentaire illustre bien le danger d’imposer des mesures sans base scientifique suffisamment solide, qu’on se trouve au Québec ou ailleurs. Le gouvernement ne doit pas perdre de vue ce constat.