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Deux visions s’opposent pour nommer des lieux

Une promenade ne sera pas baptisée Camille Laurin

Jean Savard
Photo Chantal Poirier Jean A. Savard, président de la Société d’histoire d’Outremont, aurait aimé qu’une promenade piétonne (en arrière-plan) porte le nom de Camille Laurin, à Outremont.

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Le choix du futur nom d’une promenade piétonne de l’arrondissement d’Outremont crée des frictions entre la société d’histoire locale et la Ville de Montréal, qui a écarté la candidature du politicien Camille Laurin.

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« C’est le père de la loi 101, il a vécu plus de 20 ans à Outremont, il a enseigné à l’Université de Montréal... C’était le candidat idéal », soutient avec conviction Jean A. Savard, président de la Société d’histoire d’Outremont.

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Toutefois, même si la suggestion de l’organisme était appuyée par la mairie de l’arrondissement d’Outremont, c’est le conseil municipal de Montréal qui a le dernier mot en matière de toponymie.

Et ce dernier a déterminé que la promenade qui borde le nouveau campus de l’Université de Montréal ne sera pas nommée en l’honneur du célèbre ministre péquiste, entre autres parce qu’une rue de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles porte déjà son nom depuis 2002. 

Femmes sous-représentées

« Une des règles fondamentales de la toponymie, c’est d’éviter la confusion », rappelle Joanne Burgess, historienne et directrice du Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal. 

Le nom de Camille Laurin a aussi été attribué à une école de Parc-Extension, à l’édifice qui héberge l’Office québécois de la langue française à Montréal, et pourrait bientôt désigner la circonscription montréalaise de Bourget. 

Il faut aussi savoir que la métropole s’efforce depuis quelques années de corriger la sous-représentation historique des femmes, des autochtones et des communautés culturelles dans les noms de ses rues, de ses parcs et de ses places publiques. 

Outremont, par exemple, ne comptait que 9,1 % de noms féminins dans sa toponymie en 2020. 

« Claque en pleine face »

On recherche donc « un équilibre favorable aux noms de femmes dans les décisions prises dans une même année », nous a précisé par écrit Fabienne Papin, pour la Ville de Montréal, rappelant qu’il y a aussi de la place pour nommer des hommes. 

La parité est particulièrement difficile à atteindre à Montréal, alors qu’environ 25 nouveaux toponymes seulement sont attribués annuellement.

« C’est une rareté ! Il faut bien gérer les choix qui sont faits », affirme Mme Burgess. 

N’empêche, Jean A. Savard voit dans le refus de Montréal « une claque en pleine face ».

« Ce qui nous anime, c’est l’histoire d’Outremont. On n’a pas de mission cachée », plaide celui qui espérait une avenue plutôt qu’une promenade en son honneur. 

Le maire d’Outremont, Philipe Tomlinson, promet pour sa part de « trouver un autre moyen de rendre hommage à ce grand Outremontais dans le futur ».