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O’Toole impose un plan vert crédible à son parti

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Photo d'archives, Agence QMI

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Vingt-six jours après le vote des délégués conservateurs, lors du congrès virtuel, contre une résolution mentionnant plusieurs éléments dont que les changements climatiques sont réels, Erin O’Toole a passé de la parole aux actes en présentant un plan crédible pour réduire les émissions de gaz à effets de serre. 

M. O’Toole a bien fait de ne pas tarder à présenter son plan. Maintenant, ses adversaires ne pourront plus dire qu’il n’a pas de plan. Ainsi, les autres partis doivent maintenant l’analyser et par la force des choses, le critiquer. 

Cependant, en le critiquant, les rivaux de M. O’Toole disent en même temps à tous les électeurs que les conservateurs ont un plan. Par la suite, les Canadiens dont les changements climatiques sont un facteur dans leur choix électoral pourront juger si le plan conservateur leur convient ou non.

Encourager les achats verts

Actuellement, avec la taxe sur le carbone de M. Trudeau, les Canadiens touchés par ce système reçoivent un remboursement via leur rapport d’impôt pour leur consommation de carbone, et ce, peu importe leur consommation réelle. Également, le remboursement peut servir à acheter n’importe quoi, donc n’encourage pas le changement de comportement.

Du côté de M. O’Toole, le remboursement sera envoyé dans un Compte d’épargne personnel pour la réduction du carbone qui pourra seulement être utilisé pour des achats verts.

Cette idée est intéressante, car elle aura un impact direct sur le comportement de ceux et celles qui vont recevoir ces remboursements. Par exemple, le remboursement pourrait servir à acheter une nouvelle fournaise éco énergétique ou même un véhicule électrique.

Par contre, il y a deux bémols à cette idée. L’infrastructure pour administrer ce programme de fidélité risque d’être assez complexe et le fait que plus tu consommes, plus ton remboursement sera élevé. 

Est-ce une taxe ?

Jeudi, le chef conservateur a été talonné à savoir si son plan était une taxe sur le carbone comme celle de Justin Trudeau. Alors, allons voir la définition du mot taxe.

Le dictionnaire Larousse dit : « Prélèvement à caractère fiscal, destiné à alimenter la trésorerie de l'État, d'une collectivité locale ou d'un établissement public administratif en contrepartie d'un service rendu aux administrés. »

Donc, la tarification du carbone présentée par les conservateurs n’est pas une taxe, car l’argent ne va pas se retrouver dans les coffres de l’État. Mais, il est vrai de dire également que les consommateurs vont continuer de payer plus cher pour faire le plein d’essence.

Plaire à la base

Pour une grande partie des conservateurs surtout ceux dans l’Ouest du pays, la taxe sur le carbone est comme le diable en personne. Ils se lèvent la nuit pour détester Justin Trudeau et sa fameuse taxe.

Donc, comment ceux-ci ont réagi quand M. Erin O’Toole a dit : « Nous reconnaissons que la manière la plus efficace de réduire nos émissions de gaz à effet de serre est de recourir à des mécanismes de tarification. »

On peut imaginer que le chef conservateur et son équipe se posent la même question.

Quel aspect de la taxe sur le carbone les conservateurs n’aiment pas? Le coût plus élevé pour le litre d’essence à la pompe ou le fait que les sommes provenant de cette taxe se retrouvent entre les mains des fonctionnaires fédéraux.

Normalement, les conservateurs n’aiment pas les gouvernements qui sont trop gros. Ils préfèrent une réduction des effectifs étatiques. Cependant, dans le cas de la taxe sur le carbone, il est fort à parier que c’est le coût supplémentaire à la pompe qui les irrite davantage, et ça, avec le plan O’Toole, ça ne changera pas.

Un gros risque

Mettons quelque chose au clair. Si M. O’Toole avait présenté, durant la course à la chefferie, un plan avec une tarification du carbone, il ne serait pas chef à l’heure actuelle.

Pour remporter la prochaine campagne, les conservateurs doivent démontrer qu’ils prennent les changements climatiques au sérieux et le plan présenté, jeudi, est un gros pas dans la bonne direction.

S’il ne remporte pas la prochaine campagne, le chef conservateur devra faire face à un vote de confiance. Ainsi, il est fort à parier que les membres conservateurs se rappelleront que leur chef n’avait jamais parlé de la tarification du carbone durant la course à la chefferie. 

À ce moment, les membres n’auront pas d’appétit à faire un débat sémantique sur la définition du mot taxe. Ils jugeront si leur chef a tenu parole sur sa promesse d’abolir la taxe sur le carbone tel que promis durant la course à la chefferie.

Il faut reconnaître l’audace de M. O’Toole de se lever devant les membres de son parti et d’imposer sa vision avec un plan qui tient la route.  

Le temps nous dira si le jeu en valait la chandelle.