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Pourquoi Montréal lève le nez sur Camille Laurin

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Photos d'archives Les défenseurs du français ont-ils un avenir à Montréal ?

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Il n’y aura pas de promenade piétonne portant le nom de Camille Laurin à Outremont sur le campus du nouveau complexe des sciences de l’Université de Montréal.

En juillet 2020, le maire d’Outremont Philipe Tomlinson écrivait au comité exécutif de la Ville de Montréal. Il demandait la permission de nommer, non pas une rue, non pas un boulevard, mais une petite promenade piétonnière : la promenade Camille-Laurin.

Le père de la loi 101 résida 20 ans à Outremont. Il fut également professeur agrégé et directeur du département de psychiatrie de l’Université de Montréal. N’oublions pas non plus qu’avant de faire le saut en politique, le docteur Laurin fut une des figures prestigieuses de la psychiatrie moderne au Québec.

L’arrondissement d’Outremont et sa société d’histoire (SHO) voulaient ainsi honorer un de ses résidents les plus illustres.

Plan d’action

Sans l’accord de la Ville de Montréal, les arrondissements ne peuvent procéder à de telles décisions. Par pure coïncidence, en mars dernier, un grand plan d’action en matière de valorisation de la langue française à Montréal a été dévoilé avec solennité et grand bruit par la mairesse Valérie Plante.

Or, une fin de non-recevoir a été envoyée à l’arrondissement d’Outremont par le bureau de la mairesse, avec la mention suivante : cette demande « ne permettant pas d’intégrer des femmes et des représentants de minorités culturelles et ethniques ».

La mairesse actuelle joue mal son jeu. Valérie Plante est une militante active de la diversité et adhère à la théorie du racisme systémique au Québec. Autrement dit, elle s’oppose à la position du gouvernement Legault. Par contre, elle mène un combat sans relâche en faveur de la présence de plus de diversité dans la structure municipale. Dans ce but, elle a nommé en janvier dernier Bochra Manaï au nouveau poste de commissaire à la lutte contre le racisme et les discriminations systémiques.

N’y a-t-il pas une incohérence flagrante dans ce refus de rendre hommage à Camille Laurin, dont le rôle dans l’histoire moderne du Québec est indéniable, parce que c’est un homme et qu’il n’appartient pas à une minorité culturelle et ethnique ?

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Critères douteux

Est-ce à dire que selon les critères pour attribuer des honneurs à des citoyens, il faut désormais refuser tous les hommes francophones de souche ? Car sur la liste qui reçoit l’approbation de la mairesse Plante et de son cabinet, on retrouve des Québécoises de souche.

L’arrondissement d’Outremont et la SHO interprètent ce refus comme un affront et une insulte. Certains pourraient même penser que le fait d’offrir une petite promenade de 300 mètres à un personnage de l’envergure de Camille Laurin, résident d’Outremont et membre illustre du corps professoral, est déjà offensant pour sa famille et pour l’ensemble des Québécois.

La mairesse de Montréal est en phase préélectorale. À l’évidence, elle ne compte guère sur les Montréalais francophones pour se faire réélire. Qu’elle sache, cependant, que son comportement grossier à tous égards ne peut être masqué par des explications fallacieuses.

Cette décision de refuser d’honorer le père de la loi 101 avec un bout de trottoir à son nom révèle une politicienne de bas étage.