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Un mystérieux artiste sème des sculptures fantastiques

Il expose clandestinement des «animaux-robots» qui intriguent les passants

GEN - SCULPTEUR ET SON CHIEN ROBOT
Photo Martin Alarie Le sculpteur qui se fait appeler Junko pose masqué pour garder l’anonymat, près de son Chien-robot, situé au sud du boisé Steinberg, à l’est d’Hochelaga.

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.


Un artiste de rue qui garde jalousement son anonymat, à la Banksy, dissémine ses œuvres sur des terrains vagues à Montréal... et à Shawinigan. Partirez-vous à la recherche de ses « animaux robots » fascinants ? 

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Les enfants viennent nombreux pour examiner le chien-robot depuis son apparition, sans explication, il y a un mois, sur la crête du remblai coupe-son à Hochelaga-Maisonneuve, au sud du boisé Steinberg. 

Sa silhouette se découpe dans le ciel, à côté des pyramides olympiques et le mât du stade. L’œuvre attire un défilé de curieux, souvent des familles.

« On ignore qui a mis ça là et ce mystère ajoute à la magie », s’exclame Nathalie Bandulet, une résidente du quartier à qui cette œuvre rappelle l’art punk du Berlin des années 1980.

Ses neveux de 8 et 4 ans l’accompagnent : « Les enfants adorent ! ajoute Mme Bandulet. Ils se racontent plein d’histoires, ils cherchent des boutons pour allumer le robot ! » 

Le Dragon rouge, situé à Shawinigan, sur le terrain contaminé de l’ex papeterie Belgo.
Photo courtoisie junko.playtime
Le Dragon rouge, situé à Shawinigan, sur le terrain contaminé de l’ex papeterie Belgo.

En s’approchant, on découvre que la sculpture, qui a pris plus d’une semaine à se réaliser, se compose intégralement de rebuts : morceaux de pare-brise découpés, roues de camion jouet, épées en plastique, claviers d’ordinateur, etc. 

« Je cours la ville en quête des détritus dont j’ai besoin et, le plus forçant, c’est d’apporter ça chez moi », relate l’artiste qui me demande de l’appeler Junko. 

Exposer près des chemins de fer ou des terrains vagues n’est pas légal, alors il préfère l’anonymat. 

Arrivé au Québec de la Nouvelle-Écosse juste avant la pandémie, l’artiste s’est mis à la sculpture, dit-il, pour s’occuper l’esprit pendant la platitude du confinement. 

« Mon travail actuel incarne les monstres, les dinosaures et les animaux que j’aimais à gribouiller étant enfant », explique-t-il. 

Dragon rouge

Cinq de ses œuvres, notamment une panthère noire et des caméléons cloués à des poteaux, intriguent les promeneurs et les adeptes de planche à roulettes sous le viaduc Van Horne. 

Un chevreuil baptisé Bambi (son œuvre la plus récente) et une panthère géante constituée de vieux pneus se cachent dans un boisé de Notre-Dame-de-Grâce, non loin de l’orange Julep.

Les Caméléons, qui montent et descendent d’un poteau en bordure de la voie ferrée du viaduc Van Horne.
Photo courtoisie junko.playtime
Les Caméléons, qui montent et descendent d’un poteau en bordure de la voie ferrée du viaduc Van Horne.

À ces huit œuvres à Montréal s’en ajoute une en Mauricie : « J’ai érigé un dragon rouge sur le terrain contaminé d’une ancienne papeterie à Shawinigan », dit Junko. 

« Le dragon est bien choisi pour ce site parce que c’est une créature qui laisse des cicatrices dans le paysage, comme l’industrialisation du siècle dernier », m’a dit l’écrivain jeunesse Bryan Perro, l’auteur de la série Amos Daragon, qui réside à Shawinigan.

Philosophe

Malgré l’émerveillement suscité par son œuvre, qui s’exprime sur les réseaux sociaux, l’artiste récupérateur répugne à officialiser sa carrière. 

« Je ne suis pas payé pour faire ça, mais ma liberté m’apporte beaucoup de satisfaction », dit-il.

Tôt ou tard, il le sait, son chien-robot et son dragon rouge subiront les outrages du vandalisme ou le démantèlement. « Une fois que j’ai installé mon œuvre, elle ne m’appartient plus », philosophe-t-il, en haussant les épaules.


Vous pouvez suivre les créations du mystérieux sculpteur sur sa page Instagram, @junko.playtime.

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