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Choqué de voir des photos de sa fille assassinée sur le web

Un père réclame plus de protection pour l’image des victimes sur internet

poignardée
Photo Chantal Poirier Le père des deux victimes, dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication, se sent impuissant et ne comprend pas pourquoi les réseaux sociaux des accusés ne sont pas suspendus automatiquement le temps des procédures judiciaires.

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Un an après le meurtre qui lui a arraché sa fille de 11 ans et qui a laissé sa cadette traumatisée, un père éploré n’en revient toujours pas de voir encore l’accusée souriante aux côtés de ses enfants sur les réseaux sociaux.

« On est en pleines procédures judiciaires et il y a un interdit de publication qui touche les médias traditionnels. Pourquoi ça ne toucherait pas les médias sociaux ? Pourquoi ces images sont-elles accessibles à tout le monde ? », s’insurge le papa, dont l’identité est protégée par ladite ordonnance. 

C’est la voix étouffée par l’émotion qu’il a raconté son cauchemar de la dernière année, depuis la perte de sa plus vieille et la tentative de meurtre de sa cadette, toutes deux poignardées dans son logement de Montréal il y a près d’un an. 

Des accusations à cet effet ont été déposées contre la mère des deux fillettes, une femme de 34 ans. 

Aujourd’hui, si la jeune survivante de six ans n’est même plus capable de dire « maman », tellement le choc a été violent, elle pose encore – tout sourire – dans les bras de cette dernière sur le profil Facebook public de la meurtrière alléguée.

Quelques jours avant

« C’est insensé. La photo a été prise six jours avant le meurtre, juste devant chez moi. Quand j’ai vu ça, j’étais estomaqué », lance le père, le souffle court au bout du fil.  

C’est au mois de février qu’il s’en est rendu compte, après avoir pris une longue pause des réseaux sociaux. 

Mais après un an de souffrance et de multiples démarches pour reconstruire sa vie et celle de sa plus jeune, il n’a simplement plus l’énergie pour se battre contre les géants du web et faire retirer les photos. 

Il n’a même pas voulu essayer, sachant tout ce que ça aura pris pour que les proches de Véronique Barbe parviennent à faire retirer les photos de la victime du profil de son assassin, Ugo Fredette.

« Ça devrait être automatique. Ça prend des lois pour obliger les accusés à dévoiler leurs mots de passe, et suspendre temporairement leurs comptes le temps des procédures judiciaires, martèle-t-il. Il faut protéger les victimes. »

Ce n’est pas un désir de vengeance qui l’habite, lui qui estime que l’accusée a le droit de préserver ses propres souvenirs.

« J’ai vécu l’horreur, et tout ce que je demande, c’est du respect pour mes filles. De savoir que tout le monde a accès aux photos d’elles avec leur mère, ça me dérange », souffle-t-il, impuissant. 

Droit de regard

« J’estime que j’ai un droit de regard là-dessus, parce que je suis papa, que je suis aussi victime là-dedans. J’ai vu ma fille mourir devant moi », poursuit l’homme, déterminé à protéger les souvenirs qui lui restent de la défunte.

Fort pour sa petite survivante, mais brisé en dedans, le père interpelle le ministre de la Justice Simon Jolin-Barrette pour que la loi sur la protection de l’identité des victimes soit modifiée en tenant compte des nouvelles réalités.

« Nous sommes à l’ère des médias sociaux. Tout va vite. Il faut faire quelque chose », implore-t-il


Un projet de loi devrait être déposé bientôt pour empêcher les assassins d’utiliser les photos de leurs victimes.