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Protéger la santé

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Photo d'archives, AFP

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La Ville de Laval vient de poser un geste environnemental très important en interdisant certains pesticides nocifs pour la santé humaine et animale, y compris le glyphosate, que l’on retrouve dans des produits comme « Round-up ».

Les néonicotinoïdes qui sont soupçonnés de tuer les abeilles seront proscrits. Généralement, l’utilisation de ces poisons « pour fins esthétiques » sera interdite.

Le maire sortant de la Ville de Laval, Marc Demers, a ainsi décidé de léguer un cadeau de santé à ses citoyens en terminant son dernier mandat, et c’est tout à son honneur.

LE RÔLE DES VILLES

Commençant avec la Ville de Hudson, en 2001, les tribunaux, y compris la Cour suprême, donnent raison aux municipalités qui souhaitent jouer pleinement leur rôle de protéger le « bien-être général » en matière d’environnement. Cette municipalité à l’ouest de Montréal, inspirée par une médecin locale, s’est battue contre une entreprise majeure et a gagné.

Très récemment, la petite municipalité de Sainte-Anne-des-Lacs a eu gain de cause contre une compagnie qui épandait des pesticides et engrais.

À L’ORIGINE DU MOUVEMENT ENVIRONNEMENTAL

Le mouvement environnemental moderne a débuté avec la publication, il y a une soixantaine d’années, d’un livre qui mettait en garde contre l’utilisation intempestive de pesticides.

Printemps silencieux, de la biologiste américaine Rachel Carson, a expliqué comment tout était connecté dans la nature. Elle a parlé d’« écosystèmes » pour illustrer comment un pesticide épandu sur des conifères pour combattre la tordeuse du bourgeon d’épinette pouvait se rendre dans les ruisseaux et tuer les saumons de l’Atlantique. Ses exemples ont frappé l’imaginaire public.

DAVID CONTRE GOLIATH

Évidemment, la fabrication, la vente et la distribution de pesticides, d’herbicides et d’insecticides sont des activités commerciales permises. Les produits sont réglementés et ont mené à des gains majeurs dans la production agricole. Le degré de leur utilisation en agriculture fait l’objet d’un vif débat ici, et le cancer ne se limite pas aux jardiniers des villes.

La question clé est de savoir si on devrait continuer de permettre l’utilisation de poisons cancérigènes sur les pelouses et les plates-bandes dans nos villes et villages sans tenir compte des effets cumulatifs sur la santé.

Les géants de l’industrie, dont le tristement célèbre Monsanto, ont toujours été très agressifs en défendant leurs produits et en attaquant leurs adversaires.

Le Québec a été un précurseur dans le domaine. Lorsque j’ai maintenu dans notre Code des pesticides l’interdiction de 2,4-D, la multinationale Dow Chemicals a immédiatement intenté une poursuite en vertu de l’ALENA, disant que ça enfreignait leurs droits commerciaux. Le droit pour le Québec d’interdire cet ingrédient d’herbicide a été maintenu.

Protéger le public est le plus important rôle de tous les gouvernements. Par leur proximité avec les gens, les municipalités sont en train de démontrer qu’elles ont dorénavant un rôle majeur à jouer en environnement et en santé.

Il semble par ailleurs injuste que les frais de ces batailles de David contre Goliath soient sur les épaules des petites municipalités et de leurs contribuables. Le Québec a l’obligation d’aider.