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Comprendre la dette

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Les dettes de nos deux niveaux de gouvernement donnent dans la démesure: 400 milliards au fédéral plus 15 milliards au provincial. Lors du dernier budget, en mars 2020, le Québec était en surplus budgétaire.

La crise de la COVID-19 a forcé tous les gouvernements de la planète à s’endetter pour aider les citoyens, les entreprises et l’économie à survivre. Contrairement aux dettes habituelles, cette fois-ci, la dette n’est pas causée par la mauvaise gestion et par les extravagances de nos gouvernements. 

De fait, des pays du G7, le Canada était le pays le moins endetté. Il est trop tôt pour en préciser l’ampleur, les interactions, mais chose certaine, qu’on le veuille ou non, cette crise mondiale aura des conséquences sur chacun de nous.

Le Canada, comme tous les autres pays, a contracté ses emprunts auprès de créanciers publics et privés pour faire face aux effets de la pandémie. Ce qui rend la situation encore plus intenable, c’est qu’avant la pandémie les emprunts d’État s’élevaient déjà à 63 billions à travers le monde dont un tiers par les États-Unis, un tiers à part égale entre le Japon et l’Europe, et le reste à travers cent vingt-six pays dont le Canada. Conclusion, toute la planète était surendettée.

Ne pas rembourser?

Comment les États peuvent-ils rembourser les emprunts liés à la COVID-19 pour contrer les effets de la pandémie? Dans certain milieu, les économistes plus populistes ont tendance à faire croire que, comme tout le monde est dans le même panier, il suffit de ne pas la rembourser. 

Cette approche est risquée parce que ce sont les banques centrales (la banque du Canada) et les banques qui détiennent une bonne partie de la dette. Minimiser le danger de ne pas rembourser la nouvelle dette, c’est risquer de mettre tout le système monétaire mondiale en danger. Ce serait une situation dix fois plus dommageable que la crise monétaire des surprimes de 2008.

L’argent que les États vont ajouter à la dette pour la relance (1900 milliards de Biden) commence à se faire sentir. La crainte obsessive des banques centrales pour l’inflation laisse présager que les taux d’intérêt seront à la hausse, ce qui créera des déficits budgétaires d’État qui demanderont des augmentations d’impôts et de taxes.

Selon le rédacteur en chef du magazine Premium, Olivier Schmouker, pour un État, être endetté n’est pas un problème en soi. Ce qui importe le plus dans cette situation, c’est de ne pas être «trop» endetté, en ce sens qu’il ne faut pas que les «marchés» perdent confiance en la capacité de l’État à rembourser ses dettes.

«Nous n’en sommes pas là», nous confirme Schmouker, nos deux gouvernements ont accru leur dette pour soutenir l’économie et les citoyens. La lauréate du Nobel d’économie Esther Duflo l’a souligné dès avril dernier: «Les gouvernements peuvent emprunter sans difficulté; ils sont là pour ça, surtout en période de pandémie. Les gouvernements vivent longtemps, ils auront tout le temps qu’il faut pour rembourser.» 

Étirer le remboursement

Jouer contre la montre, en décidant d’étirer le remboursement de la dette liée à la COVID-19 pour ne la rembourser que sur période plus longue semble une solution moins drastique. Comme la dette est mondiale, à la rigueur, les Nations unies pourraient même décréter un report de la dette liée à la pandémie à un taux d’intérêt avoisinant le 1% pour les gouvernements sur 25 ans.

Avec ce taux, il suffit d’un peu de croissance du PIB pour voir la dette baisser mécaniquement. Comme la croissance de notre PIB est en temps normal en moyenne de 3%, le rapport entre la dette et le PIB, qui mesure le poids de l’endettement, va diminuer de lui-même sans qu’il soit nécessaire d’augmenter les impôts (pour augmenter les revenus budgétaires de l’État) ou d’effectuer des coupes (pour réduire les dépenses) tout en remboursant la dette.

Cette approche enlève une pression sur l’économie, sur le système monétaire et sur la dette mondiale qui se chiffre en billions de dollars. C’est faisable si individus, entreprises et nations décident d’adopter cette stratégie collectivement pour résoudre ensemble l’hécatombe de la pandémie 2020 en modifiant les règles du jeu.

Jacques Roy, MBA
Professeur à la retraite du Cégep Edouard-Montpetit

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