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Des profs se font demander de reporter leur vaccin, faute de suppléants

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La pénurie dans le réseau scolaire a un impact qui se fait sentir jusque dans la campagne de vaccination: des enseignants se sont fait demander de reporter leur rendez-vous, faute de suppléants, une situation dénoncée par plusieurs.

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Une enseignante de Québec, qui a requis l’anonymat pour éviter les représailles de son employeur, a obtenu un rendez-vous pour la vaccination en milieu d’après-midi, seule plage horaire disponible rapidement.  

«Les rendez-vous sont vraiment difficiles à avoir, et ma priorité est ma santé», explique celle qui a demandé un congé sans solde pour l’occasion.  

Or cette demande a été refusée. Sa direction lui a indiqué qu’elle devait se débrouiller elle-même pour trouver un suppléant, à défaut de quoi elle devrait annuler son rendez-vous. 

L’enseignante a demandé sans succès à des collègues de la remplacer, ce qui s’explique dans le contexte de négociation actuel, explique-t-elle.  

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Finalement, «après une nuit blanche et beaucoup de stress inutile», une de ses collègues a accepté de la dépanner à la toute dernière minute et l’enseignante a pu recevoir son vaccin. 

Cette dernière n’en revient pas du manque de souplesse dans le contexte actuel. «On attend ce vaccin-là depuis tellement longtemps, avec tous les risques qu’il y a dans le milieu scolaire», laisse-t-elle tomber.  

Aucun remplacement

Selon une directive du Centre de services scolaire des Premières-Seigneuries, le personnel scolaire est encouragé à se faire vacciner «de soir et fin de semaine».  

Si ce n’est pas possible, des aménagements d’horaire peuvent être faits, mais la période de vaccination «ne doit pas générer de temps supplémentaire, de remplacement et doit se faire hors présence des élèves», peut-on lire.  

Au moment d’écrire ces lignes, les seules plages horaires disponibles pour recevoir un vaccin à Québec d’ici 14 jours étaient de jour, entre 9h et 17h. 

«Dissuader les enseignants d’utiliser les congés auxquels ils ont droit pour aller se faire vacciner, c’est quasiment immoral», a lancé un prof avec qui Le Journal s’est entretenu. 

Un autre enseignant est «choqué» de constater à quel point la vaccination du personnel scolaire ne semble pas être une priorité. Il souligne que certaines entreprises privées, au contraire, font tout pour faciliter l’injection d’une première dose parmi leurs employés. 

«Si on veut ouvrir les écoles le plus vite possible, il faut vacciner le plus vite possible», lance-t-il. 

De son côté, le président du Syndicat de l’enseignement de la région de Québec, Daniel Gauthier, réclame «plus de souplesse». 

Intention contraire

Au Centre de services scolaire des Premières-Seigneuries, on s’étonne de cette perception puisqu’on affirme au contraire «être allé au-delà» des directives émises par le ministère de l’Éducation, en permettant aux enseignants de se faire vacciner sur leurs heures de travail, en dehors de la présence des élèves, sans avoir à utiliser des congés en banque. 

La secrétaire générale, Martine Chouinard, explique qu’il faut «conjuguer l’opération de vaccination» avec la «mission éducative» de l’organisation, qui a voulu préserver l’enseignement aux élèves dans un contexte d’école en ligne qui est exigeant pour les familles. 

«Nous croyons que nous avons facilité le tout en permettant de s’y rendre lorsque ce n’est pas une prestation de travail en soutien direct aux élèves», affirme Mme Chouinard. 

Cette dernière souligne que les enseignants du primaire travaillent en présence des élèves 23 heures par semaine, alors que ce nombre est de 20 heures au secondaire. 

De son côté, le ministère de l’Éducation précise que la vaccination «n’est pas une obligation imposée par l’employeur» et qu’elle doit se faire en dehors des heures de travail.  

Si cette avenue n’est pas possible, le personnel scolaire peut utiliser des congés selon les dispositions prévues à la convention collective, indique-t-on. 

Un «obstacle injustifié»

Les embûches auxquels fait face le personnel scolaire qui désire recevoir un vaccin rapidement sont aussi dénoncées par la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), qui y voit une situation de «deux poids, deux mesures» comparativement aux conditions mises en place lors de la vaccination des travailleurs du réseau de la santé. 

À défaut d’accepter de libérer les employés du réseau scolaire sur leurs heures de travail, la CSQ réclame la mise en place de «mesures compensatoires», comme des cliniques mobiles ou des plages horaires réservées au personnel scolaire. 

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