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Les engagements climatiques des grands pays émetteurs

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En 2015, presque 200 pays s'engageaient à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cinq ans après l'Accord de Paris, l'ONU dénonce des promesses toujours pas à la hauteur de l'urgence climatique, notamment chez les grands émetteurs. 

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L'objectif de l'Accord de Paris est de maintenir le réchauffement sous les +2°C, si possible +1,5°C, par rapport à l'ère pré-industrielle, mais la première série des « contributions déterminées au niveau national » (NDC) des signataires plaçait la planète sur une trajectoire entre +3°C et +4°C.

Les États devaient déposer avant fin 2020 leurs engagements révisés. Plus de la moitié ne l'ont pas fait, attendant la conférence climat de Glasgow (COP26), reportée d'un an, à l'automne 2021.

Chine

En 2016, la Chine, responsable de plus d'un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre, s'engageait à réduire son intensité carbone (émissions de CO2 rapportées au PIB) de 60 à 65% d'ici 2030 et à atteindre son pic d'émissions « autour de 2030 ».

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Alors que le pays est sur la trajectoire pour atteindre ce pic avant 2030, le président chinois Xi Jinping a créé la surprise en annonçant en 2020 un objectif de neutralité carbone d'ici 2060.

Mais le plan quinquennal présenté début mars ne précise guère comment Pékin compte y parvenir, d'autant que le pays doit accroître ses investissements dans les centrales à charbon. Et la Chine n'a pas déposé sa NDC révisée.

Le groupe Climate Action Tracker (CAT) estime toujours les engagements chinois « très insuffisants ».

États-Unis

Deuxième émetteur mondial, les États-Unis s'étaient engagés à réduire leurs émissions de 26 à 28% d'ici 2025, par rapport à 2005.

L'objectif, largement insuffisant selon le CAT, devrait être atteint malgré la sortie des États-Unis de l'Accord de Paris sous Donald Trump.

Avec l'arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche, les Américains sont revenus dans l'accord. Et le nouveau président a fixé l'objectif de neutralité carbone pour 2050.

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Les États-Unis doivent présenter leur NDC révisée, attendue avec impatience, pour le sommet climat de jeudi et vendredi.

Union européenne

L'UE s'était engagée en 2015 à réduire ses émissions de CO2 d'au moins 40% d'ici 2030 par rapport à 1990. Objectif relevé en décembre à « au moins 55% » d'ici 2030. Mais toujours pas compatible avec l'accord de Paris, estime le CAT.

Le Royaume-Uni sorti de l'UE a lui aussi relevé ses ambitions: le Premier ministre Boris Johnson, qui doit accueillir en novembre la COP26, a annoncé mardi un nouvel objectif de baisse des émissions de 78% d'ici 2035 par rapport à 1990.

Inde

Comme la Chine, l'engagement initial de l'Inde est basé sur une réduction de l'intensité carbone: de 33 à 35% d'ici 2030 par rapport à 2005. Une trajectoire « compatible » avec un monde à +2°C, selon le CAT.

L'Inde n'a pas déposé sa nouvelle NDC ni donné d'indications sur ses intentions.

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Russie

La Russie, qui a formellement rejoint l'accord de Paris en 2019, a déposé sa première NDC fin 2020.

Elle reprend des engagements précédents de parvenir en 2030 à 70% du niveau des émissions de 1990 (donc une baisse de 30% sur la période). Considérablement insuffisant pour le CAT.

Japon

Le Japon s'était engagé en 2016 à réduire ses émissions de 26% d'ici 2030 par rapport à 2013. Sa nouvelle contribution soumise en mars 2020 n'a pas modifié ce chiffre.

Mais le Premier ministre Yoshihide Suga, arrivé au pouvoir après, a annoncé en novembre un objectif de neutralité carbone pour 2050. Et le gouvernement a promis une nouvelle révision « ambitieuse » de sa NDC.

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Et les autres ?

Parmi les autres principaux émetteurs, le Brésil, le Mexique, l'Australie et la Corée du Sud ont déposé des engagements révisés, mais sans renforcer leur objectif, selon les experts.

Le CAT estime même que les nouvelles contributions du Mexique et du Brésil sont un recul.

L'Indonésie, le Canada, l'Arabie Saoudite, l'Afrique du Sud n'ont pas déposé de nouveaux engagements, même si ce dernier pays vient de dévoiler un projet plus ambitieux.

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Avec le report de la COP26, ce retard était prévisible et d'autres révisions sont attendues d'ici la réunion de Glasgow.

Au total, environ 80 pays représentant moins de 30% des émissions mondiales ont déposé leur NDC révisée. Selon l'ONU, leur impact combiné constituerait moins de 1% de baisse des émissions d'ici à 2030 (comparé à 2010). Très loin des 45% nécessaires pour rester sous les 1,5°C comme l'estiment les scientifiques du Giec.

Neutralité carbone

L'accord de Paris évoque aussi l'objectif d'« équilibre » entre émissions et absorption des gaz à effet de serre « au cours de la deuxième moitié du siècle ».

De plus en plus de pays s'engagent pour cette neutralité carbone, la plupart pour 2050. Mais le décompte diffère: plus d'une centaine d'États représentant 65% des émissions mondiales de CO2 selon l'ONU ; moins de 60 pays représentant 54% des émissions de gaz à effet de serre, selon le World Resource Institute qui exclut les promesses non formalisées.

Mais pour atteindre la neutralité carbone, il faut d'abord à court terme des « plans cohérents et crédibles pour réduire les émissions de CO2 de 45% d'ici 2030 », insiste le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres.

Climat : les progressistes exhortent Biden à aller « plus loin »  

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L’étoile montante des progressistes au Congrès américain Alexandria Ocasio-Cortez et d’autres élus démocrates ont appelé mardi Joe Biden à aller « plus loin » contre la « crise climatique » que ses promesses d’investissement déjà titanesques, en présentant de nouveau leur plan environnemental « Green New Deal ».

« La crise climatique est une crise qui est née de l’injustice, une crise née de la recherche du profit à tout prix, humain et écologique », a lancé la jeune élue de New York, lors d’une conférence de presse à Washington.

À ses côtés, le sénateur progressiste Ed Markey avait, déjà avec elle, présenté en février 2019 pour la première fois leur « Green New Deal », un plan environnemental ayant pour but de réduire les émissions de carbone des États-Unis à zéro en une décennie, grâce à des actions drastiques qui supposeraient une transformation profonde de l’économie. 

À l’époque comme aujourd’hui, ce plan n’avait presque aucune chance d’être adopté au Congrès, faute de soutiens suffisants. Mais en deux ans, la situation et les consciences ont évolué, a souligné le sénateur Markey. 

Avec en premier lieu, l’arrivée à la Maison-Blanche de Joe Biden, qui a placé la lutte contre le changement climatique au cœur de son gigantesque projet de plus de 2 000 milliards de dollars d’investissement dans les infrastructures. 

Ce plan fait l’objet d’âpres négociations au Congrès.

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General Motors, un des plus grands constructeurs automobiles mondiaux, « compte ne produire plus que des véhicules électriques d’ici 2035, cela ne figurait pas sur la table il y a deux ans, l’administration Biden inclut l’action climatique, la justice environnementale (...) dans son plan de relance, c’est l’ADN de notre "Green New Deal" », a énuméré le sénateur du Massachusetts.

« Le montant déjà inclus dans les projets de l’administration Biden jusqu’ici est louable mais nous devons aller plus loin, et de façon plus audacieuse », a estimé Alexandria Ocasio-Cortez. 

Il faut « voir grand, agir fort », a renchéri M. Markey. 

Aucune date pour un vote n’a été fixée. Et les républicains sont farouchement opposés au « Green New Deal ». 

Il « détruirait notre économie », a tweeté le chef de la minorité républicaine à la Chambre, Kevin McCarthy, mardi.

Les progressistes ont choisi une semaine marquée par le jour de la Terre, jeudi, pour faire monter la pression sur Joe Biden. Ce dernier organise jeudi et vendredi un sommet international sur le climat. 

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