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Le silence de la gauche sur le français

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Manon Massé
Photo Twitter de Manon Massé Valérie Plante et Manon Massé

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Où se situe la gauche québécoise sur l’état du français ?

Où sont les chroniqueurs, les intellectuels, les militants et les partis politiques de gauche au sujet de notre langue ?

Je cherche, et je ne trouve rien. Tout ce que je constate, ce sont des occasions manquées.

Constat

Posons d’abord un regard juste.

Le danger, ce n’est pas seulement que les jeunes écoutent de la musique en anglais, regardent des séries en anglais, s’informent en anglais...

Il faut nommer la réalité : le français, particulièrement à Montréal, est considéré comme une langue passéiste, à dissimuler pour bien paraître, quitte à adopter le franglais, si ce n’est pas strictement l’anglais. 

Défendre le fait français, c’est dorénavant faire achopper le progrès, c’est être suspecté de défendre un nationalisme ethnique, c’est faire partie des perdants...

L’époque a changé. L’anglais incarne maintenant l’avancement vers plus de justice sociale, plus d’égalité, plus de diversité. 

À ceux qui m’accusent de fabuler, je vous accuserai, en retour, d’une déconnexion du réel. Je fais partie d’une génération porteuse d’une foule de qualités. Néanmoins, elle ne revendique plus autant une unicité culturelle. Une fatigue culturelle renaît au Québec.

À toute cette gauche, de Québec solidaire à Projet Montréal, jusqu’à certains militants et intellectuels, cette chronique vise à rappeler l’importance que vous avez. 

Les jeunes Québécois prêtent l’oreille quand vous leur parlez. Vos prises de position les définissent. Vous êtes d’autant plus imputables sur la question linguistique.

À force de garder le silence, à ne pas vouloir vous solidariser avec des nationalistes conservateurs, à espérer l’assentiment de la gauche anglo-saxonne de Bay Street, à sombrer dans le clientélisme électoral, vous finissez par avaliser notre propre anglicisation. C’est cela, la terrible vérité.

Le combat de la langue s’harmonise pourtant avec vos principes. La gauche voit généralement d’un bon œil la contrainte. Elle y désire plus d’impôts (contrainte économique), elle veut faire payer les pollueurs (contrainte environnementale), elle veut des institutions publiques fortes pour réduire les inégalités (contrainte sociale).

Pourquoi, alors, toute contrainte linguistique constituerait-elle une hérésie politique ? Pourquoi le libre-marché – auquel vous répugnez – s’appliquerait ici ? Pourquoi êtes-vous si « résignés et passifs », pour paraphraser Camille Laurin ?

Assurance vie caquiste

Ce que vous semblez ne pas flairer, c’est que votre silence est une assurance vie pour le gouvernement caquiste, qui ne craint pas de défendre une certaine conception de l’identité. Votre mutisme linguistique vous assure une marginalisation politique.

La langue n’appartient pas et n’aurait jamais dû appartenir à une famille idéologique. Elle appartient à la possibilité d’entrevoir un avenir commun. 

Alors, oui à des prothèses linguistiques, oui à une loi obligeant la scolarisation en français des immigrants, oui à une loi qui impose le français en entreprise, oui à une loi sur l’affichage unilingue français, oui à la loi 101 au cégep. Oui à tout ça, et même plus.

Je laisse à André Belleau les derniers mots de cette chronique : « Nous n’avons pas besoin de parler français, nous avons besoin du français pour parler. »