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Les Américains peuvent (peut-être) enfin respirer

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Pourquoi faut-il une preuve aussi incroyablement étanche et spectaculairement incriminante pour condamner un policier du meurtre d’un Noir ?

Mardi, un ami m’envoyait des photos du centre-ville de Washington. Comme dans plusieurs autres villes, toutes les vitrines avaient été placardées. On retenait son souffle en attente du verdict dans le procès du meurtrier de George Floyd. Heureusement, ses clichés révélaient un calme olympien.

Même si on avait peine à croire qu’une personne minimalement raisonnable ait pu assister à ce procès et douter de la culpabilité de l’ex-policier Derek Chauvin, un procès avorté était une réelle possibilité.

Les États-Unis l’ont échappé belle

Le pays entier retenait son souffle. Est-ce qu’un membre du jury choisirait de s’accrocher à une des perches tendues désespérément par la défense, qui cherchait à semer le doute en diabolisant George Floyd ?

Est-ce qu’un juré s’accrocherait à l’hypothèse invraisemblable que le décès aurait pu être causé par autre chose que les neuf minutes de torture sciemment infligée par Chauvin ? Est-ce qu’un juré aurait pu croire à l’innocence d’un homme dont l’expression même trahissait une indifférence totale pour l’humanité de sa victime ?

Oui. C’était absolument envisageable. C’est pourquoi le verdict de culpabilité a amené le pays entier à pousser un soupir de soulagement. On a peut-être fait un pas vers la justice.

Un optimisme tempéré

Même si Chauvin ira sûrement en appel, il faut souligner le caractère exemplaire de ce procès, où le juge a su maintenir le contrôle malgré l’incroyable tension qui entourait la cause. Ce cas est historique à cause de l’effritement du mur de résistance de la police, alors que plusieurs collègues de Chauvin ont témoigné contre une action qui, à leurs yeux, déshonorait leur profession.

Dans presque tous les cas de violence policière, le « mur bleu » de la solidarité policière et l’omerta qui en résulte s’avèrent infranchissables. Si ce cas a pu faire une brèche dans ce mur, une lueur d’optimisme est peut-être possible.

Plus généralement, dans le contexte actuel, il est étonnant qu’un échantillon de 12 Américains soit parvenu à s’entendre sur quoi que ce soit. Dans un pays hyperpolarisé où des millions de gens refusent de voir la réalité et persistent à croire les pires absurdités, il est peut-être permis de ne pas perdre espoir.

Un cas exceptionnel

À la suite de ce jugement, l’optimisme doit toutefois être fortement tempéré. En effet, les exemples tragiques de violence policière s’accumulent et il y a sûrement des millions de personnes qui croient encore à l’innocence de Derek Chauvin.

S’il faut retenir une leçon du cas Chauvin, c’est que pour obtenir sa condamnation, il a fallu une rare combinaison de preuves irréfutables impeccablement présentées et, surtout, une vidéo qui a fait le tour du monde.

Avant que cette vidéo soit connue, la police de Minneapolis avait accepté le rapport de Chauvin, qui signalait l’arrestation sans histoire d’un prévenu décédé de causes naturelles. Sans vidéo, le meurtre de George Floyd serait resté impuni, comme tant d’autres.