/entertainment/opinion/columnists
Navigation

Steven Guilbeault peut-il faire plus?

Coup d'oeil sur cet article

Les géants du net ont réduit le monde à un grand carré de sable dans lequel ils jouent à leur aise sans être importunés.

Au siècle dernier, les monopoles étaient la hantise des gouvernements. Presque tous adoptaient des lois antitrust, interdisant la fixation occulte des prix et les fusions visant à contrôler le marché. C’est ainsi que Washington fit éclater la Standard Oil du milliardaire Rockfeller, donnant la frousse à tous les autres monopoles. 

Les politiciens ont-ils changé d’idée sur les monopoles ? Les grandes entreprises réussissent-elles à mieux cacher leurs ambitions hégémoniques ? La mondialisation favorise-t-elle les monopoles ? 

Quoi qu’il en soit, Facebook, Google et les autres géants du net sont d’authentiques monopoles dont la défunte Standard Oil aurait jalousé l’extrême puissance.

Dans un bel élan oratoire, le premier ministre Stephen Harper avait proclamé son opposition viscérale à une « taxe Netflix ». Du coup, les multinationales du net, toutes américaines, pouvaient emprunter sans risques leur petit chemin Roxham vers le Canada. Dans le « plus meilleur pays du monde », on ne leur chercherait pas de poux.

TRUDEAU EMBOÎTE LE PAS

Dès son élection, le premier ministre Justin Trudeau entonne le même credo. Ayant promis de ne pas hausser les taxes, il repousse du revers de la main toute idée de « taxe Netflix ». Pour calmer les agitateurs du milieu culturel qui s’en désolent, il dépêche la nouvelle ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, sur la côte ouest des États-Unis avec mission de faire les yeux doux aux géants. 

Ils demeurent inflexibles. Sauf Reed Hastings. Le PDG de Netflix glisse 500 millions de beaux dollars dans la sacoche de Mélanie. Michael Geist, l’autoproclamé gourou de l’internet à l’Université d’Ottawa, jubile. Dorénavant, on aura plein d’argent (américain), dit-il, pour produire des films et des séries (américaines) !

Grâce à l’acharnement de Pablo Rodriguez, nouveau ministre du Patrimoine, et de quelques députés québécois et ontariens, le programme du Parti libéral pour l’élection du 21 octobre 2019 promet enfin de mettre au pas les géants du net. Une fois le gouvernement réélu – mais minoritaire –, c’est le spécialiste de l’environnement, Steven Guilbeault, qui est nommé au Patrimoine. Si quelqu’un sait d’expérience qu’on ne s’attaque pas seul à beaucoup plus gros que soi, c’est bien Guilbeault, cofondateur d’Équiterre. 

GUILBEAULT TROUVE DES ALLIÉS

Secondé par des hauts fonctionnaires convaincus depuis longtemps qu’il faut mater les géants du net et les obliger à ouvrir leurs goussets, Guilbeault met toute sa confiance dans une alliance avec la France, l’Allemagne, l’Australie et la Finlande. 

Si les géants du net veulent nous faire des misères lorsque le projet de loi C-10 sera adopté, rendant possible une ponction de leurs revenus au profit de films et de séries de télévision canadiennes, le Canada ne sera pas seul pour leur faire entendre raison.

Pendant ce temps, à Washington, Joe Biden, le nouveau président des États-Unis, s’impatiente devant l’arrogance des géants du net. Certains gouverneurs américains aussi. Rassurés, les pays de l’OCDE, qui avaient mis en veilleuse leurs pourparlers sur la taxation des géants à la suite de la mauvaise humeur de Donald Trump, reprennent leurs discussions. Ils espèrent en arriver à une entente d’ici à la fin de l’année !

Comme ils avaient promis une entente pour l’an dernier sans y parvenir, Guilbeault ne se fait aucune illusion. Il poursuit la lutte avec ses nouveaux alliés. Elle progresse à une lenteur désespérante, mais que pourrait faire de plus le ministre du Patrimoine ? Désormais, au moins, il peut compter sur l’appui du cabinet.