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La COVID fantôme qui m’encabane

Notre chroniqueur est atteint du variant britannique de la Covid et isolé à domicile en turbulente compagnie

tout-terrain covid
Photo Louis-Philippe Messier Mon fils vient souvent s’asseoir sur mes genoux lorsque j’écris et… ça déconcentre !

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.


« Je vous souhaite un résultat positif, monsieur Messier ! » m’a lancé à la blague l’infirmière du centre de dépistage, lundi dernier, en me tendant le petit papier de couleur qui indiquait au laboratoire de me communiquer une réponse rapidement.

Mon fils était déjà atteint d’une COVID-19 détectée trois jours plus tôt. Si je ne développais pas moi aussi la maladie, on m’incitait à ne pas m’approcher de lui. Cette séparation sanitaire me déplaisait. La pulsion de m’occuper du petit malade pesait plus lourd que la crainte qu’il me contamine.

Si, néanmoins, je veillais sur mon fiston sans contracter le virus, eh bien, le protocole exige que je m’isole encore quatorze jours après sa date officielle de rémission. Près d’un mois d’enfermement ! À ma sortie, je n’aurais pas été réputé « immunisé » (du moins pas avant que le vaccin soit offert à ma tranche d’âge).

De nos jours, un journaliste peut presque tout faire à partir de la maison, mais un chroniqueur « tout-terrain » confiné, c’est une aberration !

Voilà pourquoi l’infirmière calculait, comme moi, que mieux valait que je m’avère infecté. 

Ce qui est finalement arrivé lundi. Je serai libre de sortir dès la semaine prochaine... pas juste vers la mi-mai ! Et j’étais bien heureux de serrer mon fils dans mes bras sans contre-indication.

« Vous êtes nombreux à préférer avoir la maladie qu’attendre deux semaines de plus enfermés en isolement », me confirme la Santé publique, qui m’appelait jeudi pour m’aviser qu’on avait déterminé que ma souche de virus était le fameux variant britannique... plus contagieux.

Une bonne COVID ?

Une partie de « baseball-neige » dans la cour. Pas de balles à récupérer sur le toit du garage d’à côté parce que celles-ci explosent à l’impact.
Photo Louis-Philippe Messier
Une partie de « baseball-neige » dans la cour. Pas de balles à récupérer sur le toit du garage d’à côté parce que celles-ci explosent à l’impact.

Je le dis en touchant du bois : je semble avoir gagné à la loterie de la COVID. Jusqu’à maintenant, la mienne est un fantôme. C’est le genre de COVID que je vous souhaite, si vous deviez la contracter un jour. Pas un soupçon de fièvre. L’odorat intact. 

Aucun symptôme à part la fatigue accrue due à la situation dans laquelle je dois travailler, flanqué d’un bambin assoiffé d’attention. En ce qui concerne mon travail, j’ai une main attachée dans le dos, les deux pieds coulés dans le ciment et un enfant sur les épaules, mais je suis fidèle au poste.

Quand même, il y a eu quelqu’un pour se désoler que je ne souffre pas de ma COVID. Un chercheur de l’Institut de cardiologie m’a joint le surlendemain de mon diagnostic pour me suggérer de tester un médicament contre le coronavirus, le dalcetrapib.

À sa joie, j’ai immédiatement manifesté mon désir de participer à son étude. Puis il a appris que je n’avais ni fièvre, ni toux, ni maux de tête, rien... donc, aucun malaise à atténuer. 

« Je suis sûr que vous êtes une personne très intéressante, m’a-t-il dit avec délicatesse, mais votre cas n’est pas pertinent si vous n’avez aucun symptôme que le dalcetrapib pourrait réduire... »

Maladie sans mal

Pourquoi pas un repas de cabane à sucre puisque notre odorat est intact ?
Photo Louis-Philippe Messier
Pourquoi pas un repas de cabane à sucre puisque notre odorat est intact ?

A-t-on vraiment une maladie lorsqu’elle ne fait pas mal ? Comme journaliste, j’ai le sentiment de rater l’occasion de comprendre enfin dans ma chair ce virus qui bouleverse le monde. 

Puisque je ne souffre pas, quoi faire de mieux que lire des articles scientifiques sur les gens dans ce drôle de cas de COVID fantôme ? 

Un reportage de la BBC m’apprend qu’un généticien de l’École de médecine Icahn de New York, Jason Bobe, a développé tout un système pour dépister et repérer les gens asymptomatiques ou curieusement indemnes lorsqu’ils sont atteints de maladies, dont la COVID-19. 

C’est souvent en étudiant ces anomalies que l’on découvre les faiblesses ou les « angles morts » des virus et que l’on peut développer un remède. 

Le cas le plus célèbre de ce genre est celui de Stephen Crohn, qui s’est avéré miraculeusement immunisé contre les effets dévastateurs du sida... ce qui a permis aux chercheurs de comprendre comment déjouer ce redoutable rétrovirus assassin et sauver des millions de vies. 

Inconscience dangereuse

Le British Medical Journal révélait que 80 % des passagers d’un bateau, lors d’une éclosion de COVID-19, ne présentaient pas de symptômes. L’épidémiologiste Nima Machouf, en entrevue à TVA l’hiver dernier, parlait possiblement de dizaines de cas asymptomatiques pour chaque cas détecté. 

Une chose est certaine : si je n’avais pas eu un fils toussotant et déclaré positif pour m’inciter à me faire tester moi-même, je ne me serais pas deviné infecté. J’aurais échappé aux statistiques. Et – qui sait ? – j’aurais pu propager ce mal qui ne me fait pas mal sans m’en douter du tout.


Le Projet Résilience du Dr Bode, en anglais seulement, recueille les témoignages ici : resilienceproject.com

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