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La suite du Club des incorrigibles optimistes

L'écrivain français Jean-Michel Guenassia
Photo courtoisie, Sandrine Expilly L'écrivain français Jean-Michel Guenassia

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Avec plus de 180 000 exemplaires vendus, Le club des incorrigibles optimistes a conquis bien des cœurs. Par bonheur, l’écrivain français Jean-Michel Guenassia nous offre la suite, qui sera en librairie le 5 mai.

En 2009, Le club des incorrigibles optimistes a rencontré un immense succès en nous permettant d’accompagner le petit Michel Marini dans l’arrière-salle du Balto, un bistro situé place Denfert-Rochereau à Paris. Au tournant des années 60, Jean-Paul Sartre et Joseph Kessel avaient l’habitude d’y jouer aux échecs, tout comme Igor, Sacha, Tibor ou Leonid, des réfugiés politiques issus des pays de l’Est qui, pour pouvoir traverser le rideau de fer, ont tous été obligés de laisser femmes et enfants derrière eux.

« Quand j’ai écrit Le club des incorrigibles optimistes, je savais déjà qu’il allait y avoir une suite, explique Jean-Michel Guenassia, qu’on a pu joindre à Grasse, dans le Midi de la France. J’ai d’ailleurs travaillé dessus pendant un an, mais ça ne fonctionnait pas. Je n’arrivais pas à trouver l’histoire qui en ferait un vrai roman. Alors j’ai arrêté et je suis passé à La vie rêvée d’Ernesto G. J’ai ensuite écrit trois autres romans, mais je finissais toujours par revenir au Club, par continuer à en chercher la suite. Et puis je l’ai trouvée il y a quatre ans, au cours d’un voyage à Moscou. »

L’un dans l’autre, plus d’une décennie s’est écoulée entre le moment où Le Club des incorrigibles optimistes a remporté le prix Goncourt des lycéens et celui où cette fameuse suite, intitulée Les terres promises, a été envoyée sous presse. Conscient que la plupart des lecteurs du Club avaient ainsi eu tout le temps d’oublier une bonne partie de l’intrigue, Jean-Michel Guenassia s’est donc débrouillé pour qu’elle soit totalement autonome et indépendante. « En clair, il n’est pas nécessaire d’avoir lu Le club pour apprécier Les terres promises, souligne-t-il. Avec mon éditeur, on a d’ailleurs fait le test. On a donné le livre à des gens qui n’avaient pas lu Le club et ça a très bien fonctionné : ils sont rentrés dedans sans difficulté. »  

De bonne foi

<strong><em>Les terres promises</em><br>Jean-Michel Guenassia</strong><br>Éditions Albin Michel<br>624 pages
Photo courtoisie
Les terres promises
Jean-Michel Guenassia

Éditions Albin Michel
624 pages

Dans Les terres promises, on va donc retrouver la plupart des membres du Club des incorrigibles optimistes. Mais le temps ayant passé – l’histoire démarre en 1964 ! –, on ne tardera pas à découvrir que tous ont pris des chemins différents. Le petit Michel, qui a maintenant 17 ans, n’attend par exemple qu’une lettre de Camille pour pouvoir aller la rejoindre dans le kibboutz des environs du lac de Tibériade où elle est partie vivre avec ses parents. Recherché par les autorités françaises depuis qu’il a déserté, Franck a jugé qu’il valait mieux retourner en Algérie. Pour participer à la construction du pays, oui, mais surtout pour retrouver la jolie Algérienne qui attend un enfant de lui. Quant à Igor, il songe de plus en plus sérieusement à regagner l’URSS dans l’espoir de revoir sa famille. 

« Il y a deux entrées, dans ce roman, précise Jean-Michel Guenassia. La première, c’est la narration historique, avec le passage du communisme à la foi. Lors de mon voyage à Moscou, j’ai été stupéfait par la ferveur religieuse. Là-bas, les églises sont florissantes et pleines à craquer, et pas seulement de vieilles babouchkas avec leurs fichus fleuris sur la tête, mais aussi de jeunes. On le voit avec les fondamentalistes, la religion est devenue une nouvelle utopie dans plusieurs pays. Faute d’alternative politique, on se réfugie dans la foi. Alors j’aimais bien cette métaphore sur l’URSS et la Russie actuelle, où on se rend compte que le pouvoir politique s’appuie complètement sur la religion orthodoxe, alors que la religion orthodoxe repose sur le pouvoir politique. » 

À la recherche des proches perdus

« Mais ce n’est pas la politique qui va faire courir les personnages, poursuit Jean-Michel Guenassia. Pour eux, ce qui va être primordial, c’est la recherche de leur famille, de leurs enfants. Tous ont perdu des proches et tous passeront leur temps à les chercher. Si Igor n’avait pas été en Russie pour chercher ses enfants, il n’y aurait pas eu d’histoire ! »

France, Israël, Algérie, URSS... On se déplace ainsi beaucoup, dans ces Terres promises. Et ça fait un bien fou, parce qu’après tous ces mois passés à la maison, ça nous donne un peu l’impression de voyager au loin. Mais ce que d’aucuns risquent d’apprécier encore plus, c’est la façon dont Jean-Michel Guenassia raconte. De l’indépendance de l’Algérie à l’effondrement du bloc soviétique, c’est toute une époque qu’il parvient à faire revivre sous nos yeux. Une époque où on pensait qu’il était encore possible de changer le monde...