/misc
Navigation

Le Québec vogue vers une crise ethno-linquistique

Manifestation contre la loi 21, octobre 2020, à Québec.
Photo d'archives, Guy Martel Manifestation contre la loi 21, octobre 2020, à Québec.

Coup d'oeil sur cet article

Il faut que la Charte de la langue française s’applique aux cégeps et que les étudiants des collèges anglophones réussissent un examen de français obligatoire pour obtenir leur diplôme, comme l’exige le PQ.

Rarissimes sont les endroits sur la planète où on peut compléter ses études dans des collèges publics sans maitriser la langue du pays.  Only in Quebec !

Il ne fait aucun doute que le gouvernement Legault va devoir invoquer à la clause dérogatoire pour protéger la réforme de la loi 101 qu’il prépare. Comme il l’a déjà fait pour la loi 21 sur les signes religieux.

Pour affirmer la prépondérance du français dans la région de Montréal, il y une mesure qui s’impose : cesser de tolérer que des municipalités conservent leur statut bilingue, alors qu’elles comptent moins de 50% d’anglophones comme l’exige leur statut ? 

Oui, je sais, c’est l’une de mes marottes.

Je rappelle qu’en 2013, la CAQ s’est opposée à ce que le gouvernement du PQ leur retire le statut bilingue qu’elles ne méritaient pas. À cause de l’opposition des caquistes, le projet de loi 14 visant à renforcer l'usage du français a été passé à la déchiqueteuse.   

Legault doit faire amende honorable et faire respecter la loi. D’autant plus que plusieurs municipalités anglophones ou prétendant l’être n’ont pas l’intention d’appliquer la loi 21 sur les signes religieux. Qu’elles sont celles qui ne méritent plus le statut de bilingue parce qu’elles ne sont plus majoritairement anglophones  ? Le gouvernement Legault devrait publier les chiffres les plus récents concernant ces municipalités.

Combien de fois dans notre histoire, au sujet des minorités francophones à l’extérieur du Québec, s’est-on fait servir que l’usage du français n’était requis que «where numbers warrant»? Pour une fois, la loi du nombre n’est pas (encore!) du côté des Anglos.   

Dans les châteaux forts libéraux du «West-Island» comme au centre-ville, l’anglicisation progresse. C’est en anglais que ça se passe. Je rappelle le constat du Pr Charles Castonguay, un spécialiste de la démographie linguistique: «Dans l’ensemble des douze villes à statut bilingue dans l’île de Montréal, 21% des francophones déclarent parler, au moment du recensement de 2011, l’anglais comme langue principale à la maison. [...] Quant au taux de francisation des anglophones, c’est d’un gros 1%. Chez les allophones, le taux d’anglicisation s’élève à 32%, comparé à une francisation de 7%.»   

Le gouvernement Legault doit reconsidérer dans son ensemble les privilèges dont jouit la minorité dominante au Québec.

 Un juge vient de décréter la partition linguistique des écoles du Québec. La loi sur la laïcité de l’État, selon lui, « empiète lourdement, sur les droits à la liberté de conscience et de religion ». Terrible ! Cette loi inique place le Québec dans le sillage odieux de pays intolérants comme la France et le Danemark.

Le gouvernement Legault voit, à juste titre, dans ce jugement une tentative de scinder le Québec en deux, entre anglophones et francophones.

On le sait, beaucoup d'Anglos sont partitionnistes. Pensez au psychodrame des fusions municipales et des défusions pilotées par les libéraux, qui ont suivi. Les Anglais du Québec veulent vivre en ghetto dans leurs propres municipalités et, si jamais une improbable indépendance du Québec se réalisait, ils envisagent de les transformer en entités «canadians» au sein du nouveau pays. Ils se voient dans une espèce d’Irlande du Nord. La loi 101(bis) qui s’en vient et la loi 21vont raviver ces tentions.

Toutes les conditions semblent réunies pour que la mise à jour de la Charte de la langue française par le gouvernement Legault venant dans la suite de la loi sur la laïcité de l’État provoque une crise ethnolinguistique.

Comme c’est toujours le cas, le Canada anglais va pouvoir compter sur l’appui inconditionnel des médias américains qui vont présenter le Québec comme un « Alabama du Nord » pour reprendre l’insulte d’Amir Attaran qui, plus que jamais, va se mériter une nomination à l’Ordre du Canada.