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Mon secret pour fuir le confinement

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Photo courtoisie

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Voilà que les variants nous menacent. Des scientifiques prévoient une fin de nos épreuves au printemps 2022.

Au quotidien, nous passons de l’espoir à la déception, de l’excitation au découragement. Les Netflix et autres plateformes n’arrivent plus à nous arracher au climat délétère qui est le nôtre depuis un an.

On en arrive même à aimer mieux le confinement qu’à se retrouver dans la rue envahie de gens qui peuvent disjoncter à cause d’un simple regard.

Une nouvelle parue récemment m’a remplie d’allégresse. Cette année, les lacs vont caler un mois plus tôt que prévu. Toute une nuit, je suis restée éveillée en pensant à mon camp de pêche en bois rond, au bord d’un lac peu fréquenté près du barrage du Rapide-Blanc, célébré par nombre de chanteurs.

Depuis quelques années, j’ai abandonné mon camp à mon fils à qui j’ai transmis ma passion pour la pêche et qui la transmettra à son tour à ma petite Rose.

Dans ce lieu hors des sentiers battus, isolé, insupportable pour les urbains survitaminés et branchés à la recherche de sensations plus ludiques, mon camp est un refuge, un monastère.

Là-haut, j’ai acquis une connaissance physique de la vastitude du pays, des silences remplis d’indices de la présence des animaux et des poissons. J’ai frémi en apercevant parfois des orignaux au panache orgueilleux qui traversaient en nageant avec une grâce de ballerine et se déplaçant sans faire de vagues.

Chaque jour, j’ai pêché, armée d’une patience dont personne ne me soupçonnerait. Sous une pluie battante, j’ai fini par épuiser des dorés à force de les taquiner à l’aide des leurres achetés au cours de mes nombreux voyages, quand nous pouvions circuler librement. En Irlande, j’ai écumé les boutiques de pêche.

J’ai une connaissance intime des dorés de mon lac. Je sais les cerner dans leurs lieux préférés. Ils me jouent parfois des surprises et tentent aussi de me décourager. Mais à la brunante, ils ne résistent pas aux cuillères qui les agacent et qu’ils gobent, car le doré n’a pas la voracité des truites.

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Ma plus grande prise date d’il y a huit ans, car la taille des dorés pêchés est maintenant limitée à trois livres, je crois. Avec mon compagnon de pêche, j’ai sorti presque à la noirceur un doré de six livres. J’ai cru d’abord que j’avais accroché une souche, car nous pêchions dans quelques pieds à peine. Mon ami, flegmatique, m’a indiqué avec un geste de la main que c’était un doré bien accroché. En rembobinant mon moulinet, j’ai découvert le « monstre ». Après l’avoir décroché, je l’ai embrassé.

En fait, la pêche m’a beaucoup appris sur les êtres humains. Dans le milieu des médias, le doré est moins présent que le brochet carnassier, le maskinongé bagarreur ou la truite énervée.

J’ai aussi pêché le saumon, pour lequel j’ai le plus grand respect. C’est un combattant noble. Ce poisson se fait rare aussi dans le monde merveilleux des médias.

Cet été, je retournerai à ma cabane en rondin. Rose aura quatre ans en mai et je vais lui offrir sa première canne à pêche. Cela s’appelle la transmission générationnelle. Je voudrais qu’elle aime ce pays paisible où l’on se réconcilie les uns avec les autres.

Loin de notre jungle actuelle.