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Pourquoi Duhaime à Tout le monde en parle, et pas PSPP?

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Demain soir, Éric Duhaime, qui vient de se faire élire chef du Parti conservateur du Québec, se retrouvera à la prestigieuse tribune de Tout le monde en parle, à Radio-Canada. C’est une bonne chose pour lui et pour le courant politique qu’il cherche à faire renaître. Ce sera un test: celui qui passe pour un talentueux trublion parviendra-t-il à s’imposer comme chef politique crédible?  

Chose certaine, il est bien qu’en démocratie, la diversité des courants politiques et idéologiques ait accès à l’espace public, quoi qu’en pensent les censeurs de tendance «progressiste» qui assimilent la liberté d’expression à la liberté d’oppression lorsqu’elle sert à défendre des idées qui leur déplaisent. Le grand rêve d’une certaine gauche idéologique, bien moins démocratique qu’elle ne le prétend, c’est d’avoir le pouvoir de distribuer les permis d’expression, et de les refuser à ceux qu’elle accuse de discours haineux – c’est-à-dire à ceux qui critiquent ses fondements intellectuels. 

Capture d'écran, Tout le monde en parle

Une chose me frappe toutefois: si Tout le monde en parle s’empresse, en ce moment, d’inviter Éric Duhaime pour marquer son élection, alors que son parti, quoi qu’on en dise, est encore pour l’instant groupusculaire, il n’en a pas été de même lorsque Paul St-Pierre Plamondon a gagné à l’automne dernier, contre toute attente, la course à la chefferie du Parti Québécois, qui, à ce qu’on en sait, demeure un parti portant une option fondamentale au cœur de notre vie publique. Apparemment, cette élection ne méritait pas d’être soulignée. On l’avait même traitée avec un certain dédain. 

On se souvient de la raison donnée alors pour ne pas l’inviter: PSPP n’était pas encore élu à l’Assemblée nationale et ne faisait pas l’actualité. On aurait pu répondre que son élection en elle-même était un élément marquant de l’actualité et justifiait amplement une invitation. Mais acceptons l’argument. Se pose alors néanmoins une question évidente: pourquoi ces mêmes critères ne s’appliqueraient-ils pas à Éric Duhaime? N’y a-t-il pas un devoir minimal d’équité de la part du diffuseur public lorsque vient le temps d’offrir sa plus importante tribune à un chef de parti? Ne sommes-nous pas devant un cas de deux poids, deux mesures?

Photo courtoisie

Certes, quelques mois plus tard, PSPP s’est retrouvé, en mars, à Tout le monde en parle, mais dans le cadre d’un débat portant sur Amir Attaran, et mis en duo, sans qu’on ne comprenne trop pourquoi, avec Jagmeet Sing, dont personne ne parlait vraiment à ce moment. Il n’était d’ailleurs pas reçu comme chef de parti, mais parce qu’il avait été la cible des insultes d’Attaran. Son propos devait donc être circonscrit à ce sujet. 

Comment expliquer ce traitement manifestement injuste du diffuseur public dans son émission phare du dimanche soir? Il est difficile de ne pas percevoir là une forme de condescendance et de mépris de la part du diffuseur public pour le chef souverainiste. Quoi qu’on pense de PSPP et du PQ, qu’on soit souverainiste ou fédéraliste, nous sommes ici devant un traitement injuste. La démocratie est trop importante pour être laissée à une forme de discrimination politique capricieuse. À tout le moins, il faudrait comprendre ce qui justifie une telle manière de fonctionner, qui vient dérégler la qualité du débat démocratique.