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À la guerre comme à la guerre

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Il y a de grandes crises qui demandent d’aussi grandes réactions. Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les États-Unis, pour arracher l’Europe à sa dévastation, ont offert ce qui a fini par correspondre à 5 % de leur PIB en aide financière et matérielle. C’est d’un tel « plan Marshall » que l’Amérique centrale a aujourd’hui besoin.

Tout le monde à Washington ces jours-ci s’agite autour de l’afflux de migrants à la frontière du Mexique : une crise humanitaire pour certains, une crise d’incompétence politique pour d’autres. Et il y a ceux qui n’y voient pas de crise du tout, mais à peine le défi d’une pointe saisonnière de visiteurs.

La frontière, c’est clair, est prise d’assaut. Alejandro Mayorkas, le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, admet lui-même que plus de personnes y sont arrivées depuis le début de 2021 qu’à tout autre moment au cours des vingt dernières années.

Les adultes et les familles sont renvoyés, mais on n’a – Dieu merci ! – pas le cœur de repousser les mineurs voyageant seuls. Sur les 172 000 personnes stoppées à la frontière au cours du mois de mars, près de 19 000 étaient des enfants et des adolescents, plus que pour tout autre mois depuis que de telles statistiques sont récoltées.

Un enchaînement de fléaux

L’immense majorité de ces migrants viennent des trois pays du « Triangle du Nord », le Guatemala, le Honduras et El Salvador. Un certain niveau de misère fait partie du quotidien là-bas avec, par exemple, tout près de 60 % des Guatémaltèques vivant sous le seuil de la pauvreté.

La corruption gangrène aussi ces sociétés. Selon « Transparency International », des millions de dollars ont récemment été emportés par la corruption au Honduras et la lutte à l’impunité va d’échec en échec. El Salvador, par ailleurs, ne triomphe peut-être plus au sommet planétaire des homicides, mais les trois pays continuent de se placer parmi les plus violents au monde.

Enfin, le Sommet sur le climat de la Maison-Blanche, jeudi et vendredi, a rappelé que l’Amérique centrale a été en 2020 – et devrait rester – au cœur de tempêtes de plus en plus violentes : les ouragans Eta et Iota ont fait des centaines de morts l’été dernier, dévastant des villages et des récoltes et forçant des centaines de milliers de personnes à se déplacer.

Aux grands maux les grands moyens

La destruction, toute proportion gardée, s’apparente à l’état dans lequel se retrouvent des pays ravagés par une longue guerre. D’où l’appel de plus en plus insistant pour que soit adoptée une forme de « plan Marshall » pour le « Triangle du Nord ».

Ce plan d’aide, nommé pour son concepteur, le général George Marshall, a servi à la reconstruction de l’Europe à compter de 1948. Treize milliards de dollars avaient été distribués entre seize pays, ce qui correspond aujourd’hui à 135 milliards de dollars.

Il n’en faudrait pas autant pour améliorer la situation en Amérique centrale. Mieux qu’un mur à la frontière, les États-Unis ralentiraient l’exode anarchique actuel et réussiraient un coup de propagande aussi profitable que celui accompli outre-mer il y a plus de soixante-dix ans.  

Taux d’homicides en 2020   

  • Honduras : 38 
  • Mexique : 27 
  • El Salvador : 20 
  • Guatemala : 15 
  • États-Unis : 5,8 
  • Canada : 1,8 
  • France : 1,2  

Par 100 000 personnes

Triangle du nord  

GUATEMALA 

  • 17,4 millions d’habitants 
  • 53 % ont moins de 25 ans 
  • 59,3 % vivent sous le seuil de pauvreté  

HONDURAS 

  • 9,3 millions d’habitants 
  • 48,3 % vivent sous le seuil de pauvreté  

EL SALVADOR 

  • 6,5 millions d’habitants 
  • 29,2 % vivent sous le seuil de pauvreté