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Quel rôle donner à la police?

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Avec tout ce qui s’est passé dans le monde, notamment la mort de George Floyd, tué l’an dernier sous le poids du genou d’un policier, le rôle des forces de l’ordre au Québec deviendra inévitablement un enjeu des élections municipales de novembre prochain. 

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En plus d’avoir déclenché des vagues de manifestations un peu partout, l’affaire Floyd a aussi mis sous le feu des projecteurs le mouvement «defund the police» (définancer la police), qui s’est répandu jusqu’ici, déchainant les passions.

Récemment, le parti de la mairesse Valérie Plante a adopté des résolutions visant à désarmer certains policiers et à revoir le financement de la police de Montréal. Dans la foulée, son principal adversaire, Denis Coderre, a trouvé ces idées «horribles», arguant que la police est nécessaire et doit faire partie de la solution.

Professeur à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, Rémi Boivin admet ne pas aimer l’idée de désarmer les policiers. «La littérature scientifique [sur ses avantages] n’est pas si claire que ça», a-t-il résumé en entrevue avec l’Agence QMI.

La criminologue Maria Mourani est encore plus cinglante. «Penser à désarmer les policiers, c’est n’avoir aucune connaissance du milieu criminel», a-t-elle soutenu, rappelant que de nombreuses armes circulent illégalement dans la métropole.

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PHOTO COURTOISIE JULIA MAROIS

À son avis, il faut s’assurer que les policiers bénéficient de formations en continu sur l’utilisation de leur arme, et qu’ils soient évalués plus fréquemment, notamment au niveau psychologique, afin de vérifier leur aptitude à détenir une arme. «Il faut arrêter d’imaginer que les policiers sortent leur flingue à tout bord, tout vent. Il y a un protocole qui détermine quand, et comment, ils peuvent le faire», a-t-elle indiqué.

L’ancien combattant professionnel devenu entraîneur Ali Nestor qui œuvre avec son organisme auprès de jeunes en difficulté ne croit pas que la mesure aurait un grand effet, tant que la culture restera la même.

«Une personne qui est dangereuse, qui a un mauvais jugement, qu’elle ait une arme ou pas, si son but est de faire du mal, elle trouvera quand même le moyen de le faire», a-t-il illustré.

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Mario Beauregard/Agence QMI

Repenser la police

Pour le professeur Rémi Boivin, le débat devrait plutôt porter sur la nécessité d’avoir des policiers comme seuls intervenants de première ligne. Il a donné l’exemple d’intervenants sociaux qui pourraient intervenir dans certaines situations. Mais il faudrait s’assurer de bien financer ces équipes.

Des policiers armés resteraient tout de même nécessaires, selon lui. «Si on forme des équipes de travailleurs sociaux, on ne va pas leur demander d’intervenir pour des crimes contre la personne», a-t-il dit.

C’est aussi l’idée défendue par Hoodstock, un organisme qui a pour mission de lutter contre les inégalités systémiques et qui souhaite que les autorités déploient des efforts pour regagner la confiance des communautés marginalisées.

«On ne peut pas toujours avoir la police qui opère dans toutes les situations, croit Cassandra Exumé, coordonnatrice générale de Hoodstock. Ce qu’on voit, quand elle intervient, c’est que plutôt que [d'assurer la désescalade] d'une situation, elle l’empire. Il y a une approche qui est très discutable.»

Ces propos rejoignent ceux d'Ali Nestor. «Des policiers accompagnés d’agents d’intervention sociale, ça peut vraiment aider à désamorcer les tensions. Les jeunes n’ont pas la même méfiance envers les intervenants qui travaillent au jour le jour avec eux», a-t-il fait savoir.