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Du sport-études à 14 000 $ par an

Les programmes particuliers ont la cote, mais des voix s’élèvent pour des écoles publique plus égalitaires

Catherine Gagnon
Photo Pierre-Paul Poulin Catherine Gagnon est inscrite dans un programme de tennis-études. Elle s’entraîne chaque jour au Club de tennis Île des Sœurs et n’y voit que du positif. Le tennis est une façon « d’oublier tout le stress et l’anxiété » vécue dans la journée, dit-elle.

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Les programmes particuliers en sports, sciences ou arts ont la cote dans les écoles secondaires québécoises, et les parents sont prêts à y mettre le prix. Or des voix s’élèvent pour réclamer une école publique plus égalitaire alors que les coûts de ces programmes peuvent grimper jusqu’à 14 190 $ par année.

C’est ce qu’on apprend dans une collecte de données réalisée par le ministère de l’Éducation sur les « projets pédagogiques particuliers », mise en ligne récemment.

L’expression est utilisée dans le jargon scolaire pour désigner les programmes, concentrations ou profils qui se sont multipliés au cours des dernières années dans les écoles publiques, notamment pour faire concurrence au privé.

Dans le réseau public, ces programmes accueillent près de 20 % des élèves, primaire et secondaire confondus. La majorité de ces programmes (76 %) sont payants et leur coût moyen est de 1220 $, peut-on lire dans ce rapport. 

Programmes sportifs coûteux

Or « une grande disparité existe » puisque la contribution parentale varie « de quelques dollars à plus de 14 000 $ ». 

« Les projets sportifs, en particulier ceux associés au hockey, au tennis, au ski alpin et au patinage artistique, sont les plus onéreux », ajoute-t-on.

Le programme particulier le plus dispendieux offert dans le réseau public est celui de tennis-études à l’école secondaire de Mortagne, à Boucherville, dont les coûts s’élèvent à 14 190 $ par année, nous a indiqué le ministère de l’Éducation. Une quinzaine d’élèves y sont présentement inscrits.

Le directeur adjoint de cette école secondaire, Jean-François Perreault, tient toutefois à préciser que la quasi-totalité de cette somme est facturée par les partenaires sportifs responsables de l’entraînement des élèves.

De manière générale, les programmes de sport-études sont « très recherchés » puisque cette école reçoit chaque année deux fois plus de demandes que de places disponibles, ajoute M. Perreault.

Catherine Gagnon, une élève inscrite au programme de tennis-études dans une autre école, n’y voit que du positif.

« C’est une bonne source de motivation, le programme me pousse à performer et à garder de bonnes notes à l’école. Ça m’aide à m’organiser et à être plus indépendante », dit-elle.

Jean-François Perreault souligne de son côté que le sport-études vise à « développer l’excellence », alors que d’autres réclament plutôt l’abolition des programmes particuliers coûteux et sélectifs, en raison des effets pervers qu’ils entraînent pour le réseau scolaire. 

Des effets pervers en classe régulière 

Des défenseurs d’un réseau scolaire plus égalitaire s’inquiètent des effets néfastes des programmes particuliers sélectifs sur les groupes du secteur régulier, qui accueillent une concentration plus grande d’élèves plus faibles.

Le phénomène est décrié depuis des années : dès la fin du primaire, les élèves se disputent des places limitées dans des programmes particuliers convoités, souvent réservées aux plus forts ou à ceux qui ont des parents capables d’en assumer la facture.

La mixité sociale en classe régulière en prend alors pour son rhume, affirme Jean Trudelle, membre du comité de coordination du collectif citoyen Debout pour l’école. 

« Ça crée beaucoup d’effets pervers », dit-il, puisque ces groupes sont dépouillés d’élèves plus forts qui peuvent avoir un impact positif sur tout le groupe. 

Or la solution n’est pas la disparition pure et simple de ces programmes particuliers, mais plutôt leur gratuité et leur accessibilité à tous les élèves, ajoute M. Trudelle. 

En 2019, lors des débats entourant l’adoption du projet de loi sur les frais chargés aux parents dans le réseau scolaire, les trois partis d’opposition à l’Assemblée nationale ont aussi réclamé la gratuité des programmes particuliers.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, avait laissé entendre qu’il pourrait plafonner les frais entourant ces programmes, avant de se raviser quelques semaines plus tard.

De leur côté, les syndicats d’enseignants dénoncent depuis des années « l’écrémage » engendré par le processus de sélection qui existe dans plusieurs programmes particuliers.

Un diplôme à 70 000 $

Pour Stéphane Vigneault, fondateur du mouvement L’école ensemble, les coûteux programmes de sport-études n’ont pas leur place à l’école. 

« Si cet entraînement était fait à l’extérieur de l’école, ces enfants seraient en classe avec tous les autres enfants et c’est ça qu’on veut. Ces programmes n’ont pas besoin d’être incrustés dans l’école publique », affirme-t-il.

M. Vigneault n’en revient tout simplement pas des coûts élevés reliés à certains programmes dans le réseau public. 

« Ça fait un diplôme d’études secondaires à 70 000 $, c’est quand même incroyable », laisse-t-il tomber.