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Il faut mieux encadrer le recrutement d’étudiants internationaux au niveau collégial

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Le recrutement d’étudiants internationaux au niveau collégial a beaucoup retenu l’attention ces derniers mois. Pour cause, la croissance de leurs effectifs est en hausse constante depuis plusieurs années, passant de 3520 à 16 505 au Québec de 2011 à 2019 (+369 %).

On justifie souvent le recrutement d’étudiants internationaux sur la base d’arguments humanistes, dans la mesure où il favorise l’ouverture sur le monde, le partage d’expériences interculturelles et le rayonnement de la culture et des savoirs du Québec. Il s’agit là d’arguments tout à fait valables et qui sont entièrement compatibles avec la mission d’enseignement des établissements collégiaux. 

Par contre, d’autres raisons plus pragmatiques se sont imposées au cours des dernières années, qu’il s’agisse de tirer parti du « marché mondial » de la formation au niveau de l’enseignement supérieur, de contrer les baisses d’effectifs étudiants ou de répondre à des besoins ciblés de main-d’œuvre. Or, c’est la poursuite de tels objectifs qui est à la base de l’explosion récente des inscriptions d’étudiants internationaux au niveau collégial, et qui a toutes les apparences d’une dérive.

Étude

Dans une étude qui vient d’être publiée par l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC), j’ai pu rendre compte de deux tendances préoccupantes qui se dessinent à l’heure actuelle.

D’abord, dans la région de Montréal où se concentrent 72,5 % des étudiants internationaux de niveau collégial, on constate une explosion des inscriptions dans les collèges privés non subventionnés, pour des formations de courtes durées et dans des établissements dont la langue d’enseignement est l’anglais. 

On assiste à l’émergence d’un nouveau « modèle d’affaires » qui croît à un rythme accéléré. Il consiste à « vendre » des formations de courtes durées à fort prix en recourant à des firmes privées de recrutement qui agissent comme intermédiaires. Ces dernières exigent des commissions importantes et utilisent comme arguments de vente les avantages que confèrent les formations comme voie rapide pour l’immigration. Les principes s’effacent ici devant les intérêts commerciaux.

Ensuite, dans plusieurs régions éloignées, on constate une augmentation importante du poids relatif des étudiants internationaux où ils constituent souvent autour de 10 % des effectifs étudiants, et parfois jusqu’à 30 % et plus dans certains cégeps. Le recrutement à l’étranger permet à différents cégeps de régions éloignées de compenser les baisses importantes d’effectifs locaux auxquelles ils sont confrontés. Cela assure le maintien de leur financement et de leurs opérations, mais sans couvrir l’ensemble des dépenses liées au recrutement et à l’accueil des étudiants internationaux, si bien qu’il en résulte un manque à gagner.

La mission d’enseigner

Devant le risque d’une dérive commerciale à Montréal et le recours à des moyens mal servis par la formule de financement pour les collèges de régions éloignées, il est impératif de réaffirmer clairement que la mission première des établissements collégiaux est l’enseignement et que rien ne doit être sacrifié à la qualité des formations offertes. 

Aussi, pour que le recrutement d’étudiants internationaux permette une intégration réussie au Québec et favorise son rayonnement à l’étranger, il faut s’assurer que la langue dans laquelle ils sont formés reflète mieux la réalité linguistique et culturelle du Québec. Selon les données préliminaires de 2019, 54,6 % de tous les étudiants internationaux au Québec étaient inscrits dans des établissements dont la langue d’enseignement est l’anglais.

Enfin, il faut intégrer le recrutement d’étudiants internationaux dans une stratégie plus globale de soutien aux collèges en régions éloignées en misant notamment sur un programme de mobilité interrégionale, sur l’effort de recrutement d’étudiants de première génération et sur la persévérance aux études.

Éric N. Duhaime, chargé de projet à l’IRÉC

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