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Quand l’impôt vous pousse vers la retraite

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Pour toutes sortes de bonnes raisons, on nous exhorte à rester le plus longtemps possible sur le marché du travail : pénurie de main-d’œuvre, faible épargne-retraite, etc. Il arrive toutefois un moment où les impôts et les autres charges sociales nous poussent vers la retraite.

Cette réflexion m’a été inspirée par Raymond. Ce gestionnaire de 71 ans a accumulé une riche expérience dans un domaine toujours en ébullition, si bien qu’il possède aujourd’hui une expertise convoitée. J’ai changé son nom et j’économise les détails, car notre lecteur demeure très actif, il agit comme conseiller pour plusieurs organisations, et pas des bineries. Il veut rester discret. 

Raymond gagne bien sa vie, on le devine. Il se désole de ne pas pouvoir contribuer au régime enregistré d’épargne-retraite (REER), comme les plus jeunes. Il y voit une forme de discrimination. Les revenus de travail devraient être accompagnés de droits REER, sans égard à l’âge, selon notre lecteur. 

Mauvaise nouvelle pour lui, d’ici la fin de l’année, il devra en plus convertir ce REER en fonds enregistré de revenu de retraite (FERR). Cela l’obligera bientôt à décaisser ses économies, par-dessus ses revenus professionnels... Bonjour l’impôt ! 

« J’essaie de décoder le message des gouvernements, mais il n’y a pas de logique. Je comprends que quelqu’un qui cesse de travailler doit décaisser ses REER et ne plus avoir le droit de cotiser. Mais ceux qui décident de continuer après 71 ans, pourquoi les pénaliser ? » demande-t-il. Bonne question...

Crédit d’impôt pour prolongation de carrière

Les contradictions ne se situent pas seulement au niveau des messages, elles se manifestent aussi dans les mesures fiscales elles-mêmes. Imaginez des rameurs d’aviron qui se font face dans une même embarcation... Pas très efficace.  

Québec a instauré en 2012 le crédit d’impôt pour la prolongation de carrière afin d’encourager les travailleurs plus âgés à rester en poste. Timide au début, la mesure a depuis été plusieurs fois bonifiée. 

D’abord réservée aux travailleurs de 65 ans et plus, elle a été étendue graduellement aux personnes de 60 ans tout en devenant plus généreuse. Le crédit maximal ne dépassait pas 500 $ au début, il atteint maintenant 1650 $.

Une fois atteint un certain seuil de revenu (un peu plus de 35 000 $), le crédit diminue graduellement et son effet disparaît lorsque le revenu de travail du contribuable avoisine 65 000 $.

Une récente étude de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke a confirmé l’efficacité du crédit, la population active chez les plus de 60 ans a significativement augmenté depuis 2012, ce qui a permis au Québec de combler une partie de son retard face à l’Ontario.

REER et FERR

En même temps, des obstacles persistent. Le point soulevé par le lecteur Raymond en est un. 

On pourrait repousser l’âge limite d’un an ou deux pour convertir le REER en FERR, par exemple. 

On l’a déjà fait passer de 69 à 71 ans par le passé. Je ne suis pas très chaud à l’idée, d’autant qu’un autre abri fiscal, le Compte d’épargne libre d’impôts (CELI), peut être utilisé, peu importe l’âge. 

Par contre, il faudrait abolir l’obligation de retirer un montant minimal du FERR chaque année. Ce serait non seulement profitable aux gens de plus de 71 ans qui gagnent encore des revenus d’emploi, mais à tous les retraités. Au rythme auquel ces derniers sont tenus de puiser dans leur FERR, ils sont à risque d’épuiser leur bas de laine avant leur décès.

Cotisations RRQ

Autre point qui incite à décrocher du marché de l’emploi : les cotisations obligatoires au Régime de rente du Québec. Peu importe son âge, un Québécois doit contribuer au Régime des rentes du Québec (RRQ) sur tous ses revenus de travail excédant 3500 $. 

Le lecteur Raymond, comme bien d’autres, se retrouve dans la situation où il a commencé à toucher sa rente tout en continuant à contribuer au régime. Comme il est travailleur autonome, à l’instar de nombreux professionnels âgés qui se lancent dans la consultation, il paye le double de cotisation au RRQ : la part du travailleur et la part de l’employeur.

Cette contribution tardive (plus de 6000 $ par année) lui donnera droit à un surplus (minime) de rentes, mais à cet âge, il n’entrera pas dans son argent avant l’aube de ses 90 ans. S’il « s’acharne » à travailler, il cotisera assurément pour rien. 

Le régime de pensions du Canada (RPC), l’équivalent du RRQ dans le reste du pays, offre aux travailleurs la possibilité de cesser de cotiser au régime à partir de 65 ans.

Il serait temps que la Régie des rentes du Québec emboîte le pas.


Précision

Une confusion de ma part a fait que les dates importantes au sujet de la bonification de la Pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) étaient erronées dans mon texte sur la PSV, publié mercredi dernier. Les pensionnés qui auront 75 ans ou plus à compter de juin 2022 auront droit à un paiement unique imposable de 500 $, versé en août 2021. La PSV est bonifiée (766 $) à compter de juillet 2022. Comme dit notre lectrice Hélène, qui a relevé mon erreur : « L’important est de ne pas dépenser le chèque avant qu’il arrive ». Sagesse.