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Soyons intraitables avec la langue

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Il y a de quoi se réjouir de voir le débat sur l’avenir du français renaître au Québec.

L’inquiétude est si prégnante que même le PLQ, qui a nié tout problème pendant deux décennies, a cru bon, vendredi, de proposer 27 mesures.

En parallèle, il faudrait aussi trouver une façon de discuter, voire de recommencer à débattre, de la manière dont on parle le français. Surtout en public.

Intraitable

J’avais interviewé Pierre Bourgault, en 1997, lorsqu’il reçut le prix Georges-Émile-Lapalme (soulignant une contribution remarquable à la qualité de la langue française au Québec) : « Moi, je suis très tolérant avec les gens qui parlent mal... Mais avec ceux qui font métier de parler et d’écrire, je suis intraitable ».

J’aime bien l’idée d’être intraitable. Je tente d’ailleurs de l’être à mon égard lorsque je vois les maladresses et les fautes qui maculent mes textes ! (Merci de me les souligner.)

Au reste, depuis 2006, je m’amuse à collectionner les tics, les mots à la mode, les phrases les plus bancales, les perronismes (expressions déformées) de nos élus. Pour le comique de la chose, surtout.

Quand on entend une ministre affirmer : « Je vais juste replacer les pendules », au lieu de « remettre les pendules à l’heure », on a le droit de rigoler ; ou quand un autre parle d’investissements « périns », croyant que c’est le masculin de « pérennes », on peut rire.

Puriste

Certes, il n’est pas bien vu aujourd’hui d’être « intraitable ». Personne ne veut passer pour un « puriste ». On « parle comme on parle » et l’important serait de se comprendre.

Certes, des gens qui parlent prétendument « bien » manient souvent mieux que d’autres les faux-fuyants, les métaphores écrans, les mots à la mode donnant l’impression d’une profondeur, d’une pertinence.

Certains mots, comme l’épithète « agile », dont raffole le ministre de la Santé, Christian Dubé, sont employés à toutes les sauces : « Il y a un énorme travail à faire dans notre système [d’éducation] pour [...] qu’il soit beaucoup plus agile ». (Dominique Anglade)

Reste que parler n’importe comment et espérer qu’on se comprenne bien est un pari risqué. Les messages du Docteur Arruda n’auraient-ils pas été plus clairs s’ils avaient été formulés dans une langue précise, voire châtiée ?

Anglicisation

Depuis quelques années, pour marquer les esprits, des politiciens font exprès pour malmener la langue. Puisque nous parlons une langue minoritaire, ils ont alors le réflexe de mordre à pleines dents dans un mot anglais : « Je suis un peu flabbergasté quant à la teneur des propos », a déjà dit Martin Ouellet du PQ.

« Il nie que la récession a frappé les femmes davantage. No wonder que son budget n’offre pas de solution spécifique ! » a lancé le libéral André Fortin, jeudi, au ministre Eric Girard.

Certains soutiendront que de mêler français et anglais ainsi est une sorte d’hospitalité pour une langue autre. Que ce n’est pas grave. Sans être puriste, j’y vois au contraire de possibles pertes de sens ; l’oubli de certains mots ou expressions bien français.

Ce n’est là qu’un des nombreux aspects critiquables du français public contemporain au Québec. J’y reviendrai. (Surtout lorsque vous me refilerez de la matière !)