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Inde: plus de 200 000 morts de la COVID-19, les hôpitaux de Delhi submergés

Inde: plus de 200 000 morts de la COVID-19, les hôpitaux de Delhi submergés
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NEW DELHI, Inde | Le nombre de morts du coronavirus a dépassé mercredi les 200 000 en Inde, qui est débordée par une flambée épidémique et où l’aide internationale a commencé à affluer, alors qu’au moins 17 pays connaissent des infections au variant dit indien.

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«Nous accueillons de plus en plus de malades chaque jour», déclare Ishant Bindra, 28 ans, bénévole de l’ONG Khalsa Help International à Ghaziabad, dans l’État indien d’Uttar Pradesh.    

  • Écoutez le correspondant de RFI en Inde Côme Bastin avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:   

Au total, 201 187 personnes ont succombé à l’épidémie dans le pays, et 3293 sur ces dernières 24 heures, selon le ministère de la Santé, même si de nombreux experts estiment que le véritable bilan est plus élevé.

Les hôpitaux de Delhi submergés

«Nous avions besoin de soins, mais nous n’avons pas trouvé de place dans les hôpitaux de Delhi», explique à l’AFP Himanshu Verma alors que sa mère, Poonam, âgée de 58 ans, est reliée à un concentrateur d’oxygène de cette ONG créée par un gurdwara (un temple sikh) à Ghaziabad.

Quatrième pays le plus endeuillé derrière les États-Unis, le Brésil et le Mexique, l’Inde a encore connu mardi un nouveau total impressionnant d’infections (350 000) pour une journée.

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Le B.1.617, appelé «variant indien» du fait de sa première occurrence en Inde, a été détecté dans plus de 1200 séquences de génome dans «au moins 17 pays», a annoncé l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

La plupart des échantillons «viennent d’Inde, du Royaume-Uni, des États-Unis et de Singapour», a précisé l’OMS dans son compte-rendu hebdomadaire sur la pandémie. Le variant a aussi été signalé dans plusieurs pays européens (Belgique, Suisse, Grèce, Italie).

«Le B.1.617 a un taux de croissance plus élevé que les autres variants en circulation en Inde, ce qui suggère une plus grande contagiosité», selon l’OMS.

Les crématoriums ne connaissent pas de trêve, leurs cheminées se fissurent et les armatures métalliques des fours fondent sous l’intensité de la chaleur. 

Les fermetures des frontières à l’Inde se multiplient

La première cargaison d’aide médicale britannique, contenant notamment 100 ventilateurs et 95 concentrateurs d’oxygène, a atterri mardi à Delhi. La France, le Canada, les États-Unis ou encore l’Allemagne ont annoncé qu’ils apporteraient également de l’aide à l’Inde.

Dans le monde, le variant indien suscite des interrogations. Selon l’OMS, on ne sait pas encore si «les rapports faisant état d’une mortalité élevée sont dus à la gravité accrue du variant, à la mise à rude épreuve des capacités du système de santé en raison de l’augmentation rapide du nombre de cas, ou aux deux».

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Les coupures aériennes avec l’Inde se multiplient. L’Australie a décidé mardi de suspendre les vols en provenance d’Inde tandis que le Canada, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande ont déjà suspendu ou restreint leurs vols.

La Belgique a interdit l’entrée sur son territoire, de manière directe ou indirecte, aux personnes ayant séjourné au cours des 14 derniers jours en Inde, mais aussi au Brésil et en Afrique du Sud, où sévissent d’autres variants.

La présence du variant indien inquiète en Europe au moment où le Vieux Continent respire un peu mieux au bout de longs mois de restrictions. Mercredi, c’était au tour des Pays-Bas de lever son couvre-feu et d’autoriser la réouverture des terrasses.

BioNTech «confiant» de l’efficacité de son vaccin contre le variant indien     

Le fondateur et directeur du laboratoire BioNTech, Ugur Sahin, s’est dit mercredi «confiant» de l’efficacité de son vaccin, développé avec le groupe américain Pfizer, contre le variant indien de la COVID-19.

Si des «tests» sont encore en cours, «le variant indien présente des mutations que nous avons déjà étudiées et contre lesquelles notre vaccin agit, ce qui nous rend confiants», a explique M. Sahin lors d’une conférence de presse en ligne.

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Le variant B.1.617, plus communément appelé variant indien du fait de sa première occurrence en Inde, a été détecté dans «au moins 17 pays», dont le Royaume-Uni, les États-Unis, la Belgique, la Suisse ou encore l’Italie, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

«Le bastion» que la vaccination constitue contre la COVID-19 «va tenir, j’en suis persuadé» a ajouté M. Sahin.

BioNTech a déjà testé son vaccin sur plus de 30 variants, obtenant à chaque fois au moins une «réponse immunitaire suffisante», a-t-il ajouté.

Poutine promet à l’Inde une «aide d’urgence»  

Le président Vladimir Poutine a promis mercredi au premier ministre indien, Narendra Modi, une «aide humanitaire d’urgence» de la Russie, au moment où l’Inde est confrontée à une flambée dramatique des cas de coronavirus.

Vladimir Poutine a informé M. Modi «de la décision de fournir à l’Inde une aide humanitaire d’urgence», plus de 22 tonnes de matériel au total, a annoncé le Kremlin dans un communiqué après un échange téléphonique entre les deux dirigeants.

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Dans le détail, l’aide russe consistera en 20 unités d’équipement de production d’oxygène, 75 respirateurs artificiels, 150 moniteurs médicaux et 200 000 paquets de médicaments, a précisé le Kremlin, qui ajoute que cette aide sera envoyée dès aujourd’hui.

Dans un communiqué séparé, le ministère russe de l’Industrie a indiqué que les médicaments concernés sont du favipiravir, un antiviral utilisé pour traiter les formes légères du coronavirus.

MM. Poutine et Modi ont par ailleurs évoqué le vaccin russe Spoutnik V, pour lequel des accords de production en Inde équivalant à 850 millions de doses ont été conclus. 

Oxygène: pourquoi il en manque en Inde et comment on le fabrique      

Face aux insuffisances respiratoires provoquées par le coronavirus, les files d’attente de patients en détresse s’allongent en Inde et dans d’autres pays en développement pour tenter d’obtenir de l’oxygène médical, dont la disponibilité industrielle est loin d’être suffisante partout dans le monde.

1 - Pourquoi voit-on surtout des files d’attente pour des bouteilles d’oxygène dans les pays en développement?

Pénurie d’oxygène en République démocratique du Congo, files d’attente devant les hôpitaux au Venezuela, spéculation sur les prix au Pérou, marché noir au Brésil. Depuis des semaines, les reportages des équipes de l'AFP autour du monde le montrent cruellement: l’oxygène, vital pour sauver des malades de la COVID-19 en détresse respiratoire, dont le taux d’oxygène dans le sang baisse dangereusement, manque dans beaucoup de pays dits «à faible revenu ou à revenu intermédiaire», notamment en Amérique latine et en Afrique, mais aussi en Inde.

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Bien qu’il soit vital pour un traitement efficace des patients de la COVID-19 hospitalisés ou à domicile, l’accès à l’oxygène, relativement facile en Europe et en Amérique du Nord, est limité dans ces pays en raison du coût, des infrastructures limitées et des obstacles logistiques, explique Unitaid, l’organisation internationale hébergée par l’OMS chargée de centraliser les achats de traitements.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, un patient sur cinq souffrant de COVID-19 aura besoin d’oxygène.

2 - Quels sont les besoins dans ces pays relativement à la pandémie?

En février, l’OMS estimait que plus d’un demi-million de personnes avaient besoin de 1,2 million de bouteilles d’oxygène par jour dans ces pays. 

Unitaid estime ses besoins à 1,6 milliard de dollars pour l’achat de bouteilles pour les pays les plus pauvres cette année: «Une urgence mondiale qui nécessite une réponse mondiale.»

Selon l’organisation, les principaux défis portent sur une vingtaine de pays, dont le Malawi, le Nigeria et l’Afghanistan.

3 - Comment produit-on de l’oxygène médical?

Il y a deux grands types de production d’oxygène:

- Oxygène médical: on peut l’obtenir en séparant les gaz contenus dans l’air. Celui-ci est composé à 78% d’azote, à 21% d’oxygène et à 1% de petites molécules type argon ou hélium, rappelle à l’AFP Régis d’Hérouville, directeur général d’Air Liquide Santé France, filiale du groupe français de gaz industriels.

On isole l’O2 (oxygène) de l’air après des étapes de compression, de filtration et de purification. Il est ensuite soumis à des règles strictes d’analyse et de traçabilité garanties par un pharmacien. 

Concentré à plus de 99,5%, c’est un médicament. Cet oxygène va être identifié par un numéro de lot unique pour être distribué vers les hôpitaux. On le transporte sous forme condensée, soit liquide en vrac, dans de grands conteneurs ou citernes avec parois isolantes, permettant de maintenir sa température en dessous de -182 °C; soit sous forme gazeuse dans des bouteilles contenant de plus petits volumes. 

«La livraison d’oxygène liquide est celle qui permet de répondre à des besoins et des variations de la demande les plus importants. Un litre d’oxygène liquide équivaut environ à 800 litres d’oxygène gazeux. L’oxygène peut aussi être délivré en bouteilles sous pression pour permettre la mobilité des patients. Dans ce cas, un litre d’oxygène gazeux à 200 bars correspond à 200 litres d’oxygène gazeux directement utilisable par un patient», explique M. d’Hérouville.

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-Oxygène produit par concentrateur: c’est un oxygène concentré à 93% en général. Ce sont des équipements électriques portatifs qui extraient et purifient l’oxygène de l’air ambiant en temps réel, ou des unités de production plus conséquentes permettant d’alimenter de grandes entités comme des hôpitaux. 

«En l’absence d’infrastructures de production d’oxygène liquide, les concentrateurs sont utiles. Mais ils sont dimensionnés pour un besoin donné, ce qui leur permet difficilement de répondre à une augmentation de consommation subite et rapide d’oxygène multipliée par cinq, voire par six, comme on l’a vu dans certains hôpitaux français pendant la crise de la COVID-19. En outre, ils sont très consommateurs d’énergie, avec des coûts de maintenance élevés», fait valoir M. d’Hérouville.

4 - Qui sont les principaux producteurs?

Hors Chine, les trois premiers fournisseurs mondiaux d’oxygène médical sont: l’allemand Linde, allié au groupe américain Praxair, le français Air Liquide et l’américain Air Products. 

Mais l’oxygène médical est surtout produit par énormément d’acteurs locaux et régionaux, car l’un de ses principaux problèmes est qu’il est difficilement transportable sur de longues distances. 

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Raison pour laquelle, d’ailleurs, il est plus disponible dans les pays industrialisés: les unités de production ont été construites pour alimenter aussi d’autres secteurs que la santé, comme la sidérurgie et la chimie.

5 - Quel bol d’oxygène pour l’Inde?

En Inde, des avions-cargos de l’armée de l’air ont commencé à livrer la semaine dernière de gros camions-citernes d’oxygène là où il en manquait. Un premier train «Oxygen Express» a été mis en service le 22 avril.

Le ministère indien de la Défense a aussi annoncé importer d’Allemagne 23 unités mobiles de production d’oxygène. 

La France a envoyé huit unités de production, et des conteneurs d'oxygène liquéfié permettant d'alimenter jusqu'à 10 000 patients sur une journée. 

La Russie a annoncé mercredi une aide d'urgence comportant notamment 20 unités d'équipement de production d'oxygène, et 75 respirateurs artificiels.

Mercredi, le nombre de morts total du coronavirus a dépassé les 200 000 en Inde, avec plus de 3000 décès signalés en 24 heures pour la première fois, selon les données officielles.

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