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Le bonhomme Sept-Heures à l’épicerie

Bloc épicerie
Photo d'archives

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Ce qui constituait une supposition purement académique il y a quelques mois devient tranquillement une réalité. Parallèlement à la hausse des taux d’intérêt, l’inflation est susceptible de devenir l’une des plus importantes préoccupations cette année. Et le prix des denrées alimentaires, comme toute autre chose, n’échappera pas à cette tendance.

Le prix de nombreuses denrées agricoles au cours de la dernière année a grimpé en flèche. Celui du maïs a augmenté de 84%, du soja de 72%, du sucre de 59%, du blé de 19% et du café de 13%, puis rien n’indique que les prix baisseront prochainement. Lorsque les céréales subiront le même sort, les secteurs de l’élevage qui produisent le poulet, le porc et le bœuf seront probablement touchés. La Chine achète littéralement tout. Comme l’économie mondiale est désynchronisée, l’influence asiatique s’est considérablement modulée à la hausse au cours des derniers mois. L’économie chinoise a progressé de plus de 18% au dernier trimestre, tandis que celle des États-Unis se rétablit doucement. Cette inégalité économique mondiale se fera probablement sentir pendant un certain temps.

Pendant ce temps, les investisseurs recherchent également des rendements plus élevés pour leurs portefeuilles, ce qui rend les matières premières plus attrayantes si l’on n’a pas l’estomac pour investir dans les cryptomonnaies comme le Bitcoin.

Certains peuvent éprouver du déjà-vu. Les analystes suggèrent que nous connaissons peut-être un super cycle des matières premières agricoles comme nous l’avons vu en 2008, mais sans que le pétrole fasse partie de l’équation. La dernière fois, un baril de pétrole valait plus de 140 dollars américains. C’était aussi au plus fort du débat nourriture contre carburant. Un super cycle des matières premières se définit par une période soutenue de croissance anormalement forte de la demande de matières premières, compliquant ainsi la tâche des entreprises. À certaines périodes entre 2007 et 2008, l’inflation alimentaire au Canada atteignait 7 à 8%. Ces chiffres sont impressionnants étant donné que le taux d’inflation depuis lors n’a pas créé de grands remous. Mais les chaînes d’approvisionnement subissent d’énormes contraintes depuis le début de la pandémie, et les pressions économiques venant d’Asie rendent les conditions du marché beaucoup plus tendues.

De nombreux fabricants de produits alimentaires ont déjà signalé que les coûts de transformation avaient augmenté. Ils alertent les marchés depuis des semaines maintenant. La fluctuation des prix au détail reste toujours difficile à prévoir. La semaine dernière, Metro a déclaré qu’elle ne s’attendait pas à ce que le prix des denrées alimentaires augmente de plus de 2,5% d’ici la fin de l’année. Mais compte tenu de l’environnement macroéconomique actuel, c’est hautement improbable. Les prix augmenteront, jusqu’à 5% cette année, comme le prévoyait il y a plusieurs mois le rapport sur le prix des aliments au Canada. Cela représente près de 700$ de plus en épicerie pour l’année, pour une famille canadienne moyenne. Certains épiciers affirment que les prix devraient rester stables pendant un certain temps, car ils ne veulent pas effrayer les consommateurs et générer plus d’anxiété liée à l’inflation alimentaire. Mais on assiste à une politique du prix des denrées alimentaires et à un jeu du blâme déjà bien engagés. Personne ne veut faire porter le fardeau de la hausse du prix des denrées alimentaires sur les épiciers. Mais ce qui se produit ne relève pas du contrôle des entreprises du secteur alimentaire, mais probablement plus du bonhomme Sept-Heures à l’épicerie, qui avive la flambée des prix !

Le dollar canadien étonne par sa force comparativement au billet vert américain depuis quelques mois. Cela a maintenu les prix à des niveaux plus bas pendant les mois d’hiver pour de nombreux produits alimentaires importés, comme les fruits et légumes. À mesure que notre propre agriculture prend son envol et que nous voyons davantage de produits cultivés localement revenir sur les rayons des épiceries, les Canadiens devraient assister à une stabilisation des prix au printemps et à l’été. Mais tout cultiver localement ne résoudra pas non plus le problème. Tout le monde sur le globe est affecté. Les choses peuvent se corser au comptoir des viandes, avec la hausse du prix du poulet et du porc. Quant au prix du bœuf, une hausse pourrait survenir dès l’automne.

La COVID n’a certes pas aidé, mais elle ne constitue pas le seul facteur menant à ce qui ressemble à des conditions pour un super cycle. Chaque décennie nous fait traverser son lot de situations quelque peu chaotiques, alors les fanatiques de la taxe carbone devraient laisser ça de côté.

Le problème cette fois-ci pour les Canadiens est qu’ils devront surmonter une période difficile sur deux fronts: un coût du logement plus élevé et un marché du travail affaibli. Le prix de l’immobilier est hors de portée pour un plus grand nombre de personnes et les bas taux d’intérêt alimentent cette tendance. Si notre taux d’inflation augmente, il fera augmenter les taux d’intérêt et des taux d’intérêt plus élevés calmeront les esprits échauffés des acheteurs et vendeurs de maisons pendant un certain temps.

Ce n’est peut-être pas un super cycle, comme ce fut le cas auparavant, mais cela compliquera certainement les choses pour le reste de l’année.