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Pas assez de temps pour l’éducation à la sexualité

L’Ordre des sexologues dénonce que cette matière n’ait pas été enseignée

Pas assez de temps pour l’éducation à la sexualité
Photo d'archives, Agence QMI

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Les cours d’éducation à la sexualité ont été carrément mis de côté dans la plupart des écoles du Québec depuis le début de l’année scolaire, en raison de retards dans d’autres matières évaluées.  

«Ce n’est pas parce que ce n’est pas important, loin de là, mais, dans les choix [de cours à donner en priorité], ça a été tassé», indique le président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, Nicolas Prévost. 

Celui-ci estime que, «dans la grande majorité des régions» du Québec, soit celles où la pandémie a frappé durement depuis septembre, les contenus d’éducation à la sexualité ont été délaissés au profit des matières de base, comme le français ou les mathématiques. 

Selon M. Prévost, cette matière n'est enseignée cette année que dans les régions qui ont pu garder «une certaine normalité», soit la Côte-Nord, la Gaspésie et l’Abitibi.

«À un moment donné, avec tout ce qui est en souffrance et avec tous les feux qu’on a à éteindre depuis le mois de septembre, je ne suis pas surprise que ce ne soit pas enseigné», exprime la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement, Josée Scalabrini.

Dans plusieurs écoles, avec l’accord des directions, il a été décidé de ne pas enseigner ces contenus, par manque de temps, pense Mme Scalabrini. 

«Personne ne pourra en faire la vérification, puisque c’est une notion qui n’est pas évaluée», explique-t-elle. 

Graves conséquences

La présidente de l’Ordre professionnel des sexologues du Québec, Joanie Heppell, déplore cette situation. 

«Ça confirme un peu nos craintes. Je trouve ça dommage qu’on néglige ça. C’est sûr et certain qu’on va continuer à faire des représentations auprès du ministère de l’Éducation pour que ce soit donné réellement.»

Confinés à la maison, les jeunes sont encore plus exposés à internet. Sans éducation sexuelle adéquate, Mme Heppell craint des conséquences graves. 

«Il peut y avoir une recrudescence de la consommation de certains médias sexuels ou, pire, la création de contenu d’exploitation sexuelle de mineurs, explique-t-elle. Si ça persiste dans le temps, on est en train de rater une période développementale cruciale pour les informer et les outiller.»

Le ministère réagit

Par courriel, le ministère de l’Éducation a martelé que les notions d’éducation à la sexualité devaient être enseignées cette année. 

«Le ministère n’a aucunement autorisé les centres de services scolaires à ne pas enseigner ces contenus, a indiqué le responsable des relations de presse, Bryan St-Louis. Il est prévu que les contenus obligatoires en éducation à la sexualité soient offerts d’ici la fin de l’année scolaire en cours. D’ailleurs, un rappel de l’importance d’enseigner ce contenu obligatoire sera effectué.»

Le 29 janvier, le ministère avait toutefois diffusé des documents sur les «apprentissages à prioriser», dans un contexte où des retards avaient été accumulés dans l’enseignement. Ces documents ne faisaient aucune mention de l’éducation à la sexualité. «Il appartient au personnel enseignant de déterminer les éléments à prioriser», reconnaît le ministère.

Des contenus obligatoires  

  • Obligatoire depuis 2018, l’éducation à la sexualité doit être offerte dans toutes les écoles primaires et secondaires du Québec. Les équipes-écoles doivent s’organiser pour enseigner le nombre d’heures imposées par année scolaire en trouvant du temps dans la grille-horaire des autres matières.   
  • Primaire (5 heures par année): Vie affective et amoureuse, Agressions sexuelles, Croissance sexuelle et image corporelle, Identité, rôles sexuels et normes sociales.   
  • Secondaire (15 heures par année): Vie affective et amoureuse, Relations sexuelles, ITSS et grossesse, Violences sexuelles.