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La pandémie a fait engraisser les Québécois

Les femmes ont été plus nombreuses à prendre quelques livres, selon une étude

GEN - MARIE-CLAUDE BOURQUE ET SA FAMILLE
Photo Martin Alarie Marie-Claude Bourque, son conjoint, Pascal Laurin, et leurs enfants, Xavier et Anaïs, se sont laissés aller au début de la pandémie. «C’était dur de convaincre les enfants de manger un fruit ou un yogourt au lieu d’un biscuit», raconte Mme Bourque, qui assure que la famille s’est reprise en main par la suite.

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Le poids de la pandémie se fait sentir sur la balance, car près de deux Québécois sur cinq admettent avoir pris du poids depuis les 14 derniers mois.

C’est ce que révèle une nouvelle étude de l’Université de Dalhousie, en Nouvelle-Écosse, dévoilée aujourd’hui. 

Solitude, télétravail, sédentarité, anxiété et déséquilibre de la routine expliquent notamment ce gain de poids pour plusieurs Québécois depuis le début de la pandémie, affirme le chercheur Sylvain Charlebois, qui a dirigé l’étude. 

«On a parlé beaucoup de pain au levain, de tartelettes portugaises, de toutes sortes de trucs sucrés, de desserts. On n’a vraiment pas pensé à la santé, mais plus à se réconforter en raison de la solitude liée au confinement» indique-t-il.  

Selon le sondage, les femmes ont été plus nombreuses à accumuler les kilos, comparativement aux hommes. (voir encadré).  

«Les gens se sont dit simplement, on va prendre soin de nous une fois que ce sera terminé, c’est trop. Occupons-nous de la pandémie et après on verra», illustre le chercheur. 

  • Écoutez l'entrevue de Sylvain Charlebois au micro de Richard Martineau sur QUB radio:  

Manger «tout le temps»

Ce fut d’ailleurs le cas pour Marie-Claude Bourque, âgée de 44 ans, qui confie avoir pris près de 10 livres durant les premiers mois de la pandémie. Mère de deux adolescents de 12 et 17 ans, elle admet que la routine, complètement bousculée par le premier confinement, a contribué à une légère prise de poids, pour tous les membres de la famille. 

«Au début, lorsque nous étions les quatre à la maison, nous étions tout le temps dans le garde-manger. Tu manges tout le temps, tu as le frigo à côté. Le coût de l’épicerie avait vraiment augmenté», mentionne-t-elle. 

En janvier dernier, Mme Bourque s’est toutefois reprise en main, en diminuant les sucreries et les collations entre les repas, ce qui lui a permis d’éliminer rapidement les livres en trop.  

«J’en achète moins aussi. C’est une boite de biscuits par semaine, je n’achète plus un million de cochonneries. Quand il n’y en a pas dans le garde-manger, on n’en mange pas!» lance-t-elle. 

Le retour à l’école pour ses enfants a aussi contribué à leur apporter une meilleure routine alimentaire, dit-elle. «C’est comme revenu tout seul, quand les enfants sont retournés à l’école», dit-elle. 

Collations

La famille Laurin-Bourque n’est pas seule à avoir dérogé de ses bonnes habitudes au cours des derniers mois. Le sondage révèle que près de 3 Québécois sur 4 ont eu de la difficulté à manger des collations saines, pendant la pandémie.  

La moitié des personnes sondées ont également affirmé que manger les aidait à se sentir mieux lorsqu’ils étaient seuls.  

«Le confinement forçait les gens à demeurer à la maison. À part manger, il n’y a peut-être pas grand-chose qu’on peut faire. Les gens se sont lancés sur la nourriture pour se réconforter», soutient M. Charlebois.

  • Écoutez la chronique de la “bulletineuse” Sophie Villeneuve à QUB radio

Les jeunes plus affectés

En plus d’avoir été plus stressés que les autres générations pendant la pandémie, les plus jeunes, soit ceux de la génération Z, âgés entre 18 et 24 ans, ont aussi pris plus de poids que les générations plus vieilles. 

Ainsi plus d’un jeune sur deux, pour la plupart des cégépiens ou universitaires, a pris du poids pendant la pandémie. «C’est beaucoup», a affirmé M. Charlebois.  

«C’est eux qui ont vraiment payé pour, ils ont vraiment été perturbés par la pandémie. Les chiffres parlent d’eux-mêmes», poursuit-il. 

LES RÉSULTATS DE L’ÉTUDE  

Femmes : 42,9 %
Hommes : 34 %  

  • 39,6 % des femmes ont pris entre 6 et 10 livres.            
  • 38,9 % des hommes ont pris entre 6 et 10 livres.                        

Pourcentage de Québécois qui ont pris du poids, par génération*  

  • Les Z (18 à 24 ans) : 55,08 %  
  • Les millénariaux (25 à 40 ans) : 39,05 %  
  • Les X (41 à 56 ans) : 39,2 %  
  • Les boomers (57 à 75 ans) : 36,5 %   

* Il faut avoir 18 ans pour répondre au sondage

Astuces pour se reprendre en main  

Le nutritionniste Hubert Cormier n’est pas surpris d’apprendre que les Québécois ont pris quelques livres pendant la crise sanitaire. La diminution du temps accordé à l’activité physique, la consommation «d’aliments réconforts» et le mode de vie sédentaire, y ont joué pour beaucoup, estime-t-il.

Pour aider les Québécois à remonter la pente en reprenant de saines habitudes alimentaires, alors que la pandémie continue de s’étirer, il donne quelques conseils.    

  • Question : Quels sont vos meilleurs conseils pour limiter la prise de poids en télétravail?    

Réponse : Le meilleur conseil est de continuer à faire de l’exercice surtout avec l’arrivée du beau temps. Aller marcher sur l’heure du dîner, courir après une journée de travail, faire des entrainements à la maison ou même à l’extérieur. Faites-en une activité familiale ou un moment pour prendre soin de vous!    

  • Question : Quels pourraient être selon vous, des aliments « réconfortants », mais qui demeurent bons pour la santé?    

Réponse : Il n’y a pas de bons ou de mauvais aliments. Ceci étant dit, il y a des aliments d’occasion et d’exception qui peuvent être consommés à des fréquences variables selon leur degré de transformation et leur densité nutritionnelle. La définition d’un « aliment réconfortant » peut varier grandement d’un individu à l’autre, mais les versions maison sont toujours à prioriser! Vous aimez les croustilles? Procurez-vous des patates douces et faites-en des chips facilement à l’aide d’une mandoline! Assaisonnez-les simplement de poudre d’ail et/ou de levure nutritionnelle! Pour les gâteaux et les muffins, utilisez du yogourt grec en remplacement d’une partie des matières grasses!    

  • Question : Comment le stress peut influencer notre alimentation?    

Réponse : Lorsqu’on vit un stress, notre corps produit du cortisol (aussi appelé l’hormone du stress). Lorsque le stress est chronique, les niveaux de cortisol demeurent élevés et peuvent stimuler l’appétit. Mais le stress n’est pas la seule émotion négative qui pousse à surconsommer. Pendant la pandémie, la tristesse, la colère et l’ennui ont certainement poussé plusieurs personnes à chercher du réconfort dans l’alimentation.   

  • Question : Quels types d’aliments doit-on privilégier pour éviter une prise de poids?    

Réponse : Les aliments à privilégier sont les produits frais, peu transformés et colorés. Les aliments protéinés sont aussi à l’honneur, car ils ont un pouvoir rassasiant élevé. Parmi les aliments protéinés à considérer, notons les légumineuses (en conserve ou grillées!), le poisson, le tofu, le seitan (ma découverte de la pandémie!), le tempeh, les viandes maigres, les œufs (et les blancs d’œufs pasteurisés liquides ou en poudre!). À l’heure de la collation, interrogez-vous à savoir si vous avez réellement faim. Parfois, on confond la faim et la soif, alors buvez beaucoup d’eau et si vous avez toujours faim de 15 à 20 minutes après avoir bu, optez pour une collation rassasiante : noix, graines de soya rôties, morceau de fromage, fruits, mélange du randonneur, muffin au son, crudités et hummus, etc.   

  • Question : Avez-vous des trucs ou des recommandations pour des collations rapides et santé?    

Réponse : Pour une collation soutenante, il faut une source de glucides et une source de protéines. Sur le pouce ou lors d’une randonnée, une barre énergétique, un mélange du randonneur, un parfait aux fruits, un petit smoothie, un cappuccino/latté peuvent être d’excellents choix. À la maison, optez pour une trempette préparée à partir de yogourt grec ou de légumineuses servie avec des crudités; des fruits accompagnés d’un morceau de 30 g de fromage; d’une barre tendre aux noix; d’une poignée de céréales riches en protéines; d’un muffin au son; d’une boisson de soya aromatisée; d’un café latté; etc.    

  • Questions : Auriez-vous un truc pour aider les familles dans la gestion des repas?    

Réponse : Planifier ses repas est la clé! Il suffit de prendre un petit moment à chaque semaine pour planifier les déjeuners, les dîners et les soupers ainsi que l’horaire des repas en inscrivant le tout sur une feuille (ou sur son cellulaire) ou même un petit tableau où chaque membre de la famille aura accès. Cela évitera la fameuse question «Qu’est-ce qu’on mange?».   

  • Pouvez-vous nommer trois ou quatre recettes « gagnantes » qui plairont à toute la famille?   
    • Les recettes gagnantes pour toute la famille sont les grands classiques, mais revisités! Ainsi, le poulet au beurre, le poulet/tofu Général tao, les fajitas/tacos, les belles salades débordantes de légumes servies avec une protéine comme du poulet grillé, des crevettes ou des cubes de tofu mariné plairont autant aux petits qu’aux plus grands! Assurez-vous toujours que votre assiette déborde de légumes (et attention, car les légumes rapetissent à la cuisson en perdant leur eau, alors il faut en prévoir de grandes quantités que vous pourrez toujours congeler ou consommer le lendemain en cas de surplus!). S’il n’y a pas de légumes avec le repas principal, servez une soupe ou une salade fraîcheur en entrée ou accompagnez le repas d’un jus de légumes!       

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