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Crise du logement: des solutions sont possibles

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Photo d'archives, Agence QMI François Legault

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Le premier ministre François Legault n’est pas content. Accusé d’être « déconnecté » de la réalité alarmante du marché locatif, il accuse à son tour les partis d’opposition d’avoir déformé ses propos controversés sur le sujet.

Mercredi, la co-cheffe de QS, Manon Massé, l’a questionné sur le retour éventuel d’étudiants en quête d’appartements trop chers. Sa question, par contre, ne portait pas que sur les étudiants : « Est-ce que le premier ministre a une idée du prix médian d’un appartement à louer à Montréal ? Ça coûte combien un logement à Montréal ? » 

Réponse de M. Legault : « Ça dépend de la grandeur du logement, mais je dirais que ça peut peut-être commencer à 500-600 $ par mois, assez rapidement monter à 1000 $ par mois. [...] Je sais que les étudiants, parfois, vont se mettre à trois, quatre ensemble pour louer un logement, s’organisent avec les moyens du bord. » 

Selon une étude du Devoir, citée par Mme Massé, la « moyenne des loyers offerts sur l’île de Montréal » est plutôt de 1310 $ par mois. Grosse différence.

L’important est ailleurs

Après s’être défendu bec et ongles d’ignorer le prix des loyers, en point de presse hier, il en a néanmoins dit ceci : « Si je n’ai pas été clair, je m’en excuse et je suis maintenant clair ».  

L’important est donc ailleurs. Soit dans son refus de reconnaître qu’il y a crise. Sans le bon diagnostic, impossible de bien traiter une maladie. D’autant plus que la crise date de bien avant la pandémie. 

Cette dernière en accentue l’ampleur, mais elle ne l’a pas créée. Ça fait des années qu’une pénurie de logements s’installe. Que la détérioration du parc locatif privé et des HLM publics est connue. 

Que des propriétaires refusent de louer aux familles. Que des locataires attendent des réparations qui ne viennent pas. Que les rénovictions pullulent en toute impunité. Que la Régie du logement est d’une inefficacité effarante.

Que la peste des Airbnb retire des milliers de logements du marché « normal ». Que le manque de logements sociaux est criant. Quant à la pandémie, elle accentue la rapidité des hausses déjà marquées des loyers et étend la crise au reste du Québec.  

Agir

Depuis des années, la crise est nourrie par des gouvernements passifs et laxistes. Par des maires et mairesses qui, essuyant leurs larmes de crocodile, se réveillent in extremis. 

Sur le plan humain et social, le drame est que le logement est un enjeu majeur de santé publique – ce qu’on ne dit JAMAIS. Être mal logé, y consacrer une part trop élevée de son revenu ou être évincé, ça gruge la santé physique et mentale pour longtemps. 

Personne ne demande pourtant à un premier ministre, quel qu’il soit, d’aller vivre lui-même dans un 3 1⁄2 truffé de moisissures et de punaises. Ni de sacrifier la moitié ou plus de ses revenus à se loger. Ni d’avoir honte de vivre dans un confort exceptionnel. Ce serait de la démagogie pure. 

Ce que les citoyens lui demandent est de reconnaître qu’il y a crise. Des solutions sont possibles. Y compris, entre autres, de créer un registre des loyers ; donner des dents à la Régie du logement ; interdire les rénovictions abusives. etc.  

Aux grands maux, les grands remèdes. Encore faut-il le reconnaître. Ce que M. Legault, hier en étude de crédits, semblait commencer à faire.