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Les masques à fenêtre loin de faire l’unanimité

masque fourni par le gouvernement
Photo courtoisie Les masques à fenêtre reçus dans les garderies causent des maux de tête aux éducatrices parce qu’ils deviennent facilement embués.

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Respiration difficile, problème de buée, inconfort et difficulté à se faire entendre correctement, les premiers masques à fenêtre transparente envoyés dans les garderies sont loin de faire l’unanimité, et certaines éducatrices refusent même de les porter.

Envoyés la semaine dernière dans tous les milieux de garde du Québec, les masques à fenêtre transparente, qui doivent faciliter l’apprentissage des tout-petits en leur permettant de voir enfin la bouche de leur éducatrice, sont un «flop», estiment plusieurs intervenants interrogés par Le Journal

«C’est extrêmement chaud, ça s'embue tout de suite et la fenêtre est très raide», explique Marie-Claude Poulin, propriétaire d’une garderie en milieu familial de Québec. 

«C’est sûr et certain qu’ils [les décideurs au gouvernement] ne l’ont pas essayé avant de nous l’envoyer», poursuit-elle. 

Parler comme «Bonhomme Carnaval»

Outre qu’il s’ajuste mal, qu’il «tombe dans les yeux» et qu’il rend la respiration difficile, plusieurs éducatrices affirment que le masque en question déforme leur voix à tel point qu’elles ont l’impression de «parler dans une canette» ou «comme le Bonhomme Carnaval». Résultat, elles doivent souvent répéter lorsqu’elles s’adressent aux enfants. 

«Les attentes étaient grandes et positives pour les enfants. C’est encore les filles, qui travaillent fort et qui devront porter ça. On parle de pénurie de main-d’œuvre dans nos garderies et, ça, c’est un irritant», affirme de son côté France Quirion, de l’Association des garderies privées du Québec. 

«À 90%, les gens sont insatisfaits», ajoute pour sa part Elise Paradis, directrice du regroupement des Centres de la petite enfance (CPE) de Québec et de Chaudière-Appalaches. 

En acheter d’autres

Du côté de l’Association québécoise des CPE (AQCPE), on compte même suggérer aux éducatrices de revenir au masque de procédure [sans fenêtre], lors de la sieste des enfants, afin «d’amener un contexte d’utilisation plus favorable». 

La présidente, Geneviève Bélisle, souligne aussi les nombreux commentaires négatifs de ses membres, qui se demandent combien de temps encore ils devront travailler avec ces masques.  

Certaines garderies ont déjà pris la décision d’acheter d’autres types de masques à fenêtre, conformes aux règles sanitaires, comme le Humask, fabriqué chez Prémont, une entreprise de Louiseville.  

Fabriqués en Chine

L’idée des masques à fenêtre transparente reste populaire parmi les éducateurs et éducatrices, mais le choix du produit qui leur a été envoyé, fabriqué en Chine, est «décevant», nous dit-on.  

Plusieurs auraient souhaité que le gouvernement priorise un produit «fait ici». 

«C’est le gouvernement qui nous dit d’acheter québécois, en plus. C’est un peu: faites ce que je dis, mais pas ce que je fais», déplore Mme Quirion. 

Appel d’offres

C’est en effet la compagnie Medsup Canada, dont les masques sont importés de Chine, qui a récemment remporté l’appel d’offres visant à approvisionner les garderies pour une période approximative d’un mois.  

Un deuxième appel d’offres a été lancé, cette fois en vue d'approvisionner les milieux de garde pour une période de cinq mois. Le nom de l'entreprise sélectionnée devrait être dévoilé «au début du mois de mai», confirme le Centre d’acquisitions gouvernementales. 

Le vice-président de l’entreprise Prémont, Luc Girard, souhaite remporter le contrat. Il confirme par ailleurs avoir déjà envoyé plusieurs de ses masques à des milieux de garde insatisfaits du produit fourni par le gouvernement. «J’ai tellement de commentaires négatifs. Je compte même offrir un code promo pour les garderies», dit-il, déplorant que «les plus grands perdants, dans cette affaire, soient les enfants». 

Au gouvernement, on assure que l’achat local «est une priorité». Une stratégie gouvernementale des marchés publics et un plan d’acquisitions gouvernementales favorisant l’achat québécois seront annoncés sous peu, nous dit-on. 

On précise par ailleurs que «chaque service de garde demeure autonome pour se procurer d’autres masques de procédure si nécessaire».  

Au cours des derniers mois, Le Journal rapportait l’avis de spécialistes qui sonnaient l’alarme et recommandaient le port de ces masques à fenêtre transparente, rappelant qu'il serait «désastreux» que les tout-petits soient privés de lecture labiale et d'expression faciale.