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Un héros bien de chez nous

Roger Coulombe
Capture d'écran Roger Coulombe

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Ici à Cuba, il ne se passe pas une journée sans que l’on honore la mémoire d’un héros ou d’une héroïne des guerres d’indépendance, celles du XIXe et du XXe siècles. Ou d’une personnalité du milieu de la culture (littérature, peinture, danse, musique, etc.), du monde scientifique, des sports, etc. On souligne leur naissance, leur décès, leurs réalisations et autres faits d’armes. Cela se passe à la radio et à la télévision, mais aussi bien souvent dans les écoles où les élèves sont initiés très tôt à leur histoire nationale et internationale.

Qu’en est-il au Québec ? Rien, le grand vide. Pierre Lemoyne d’Iberville, la terreur des Anglais, qui est mort vraisemblablement empoisonné à La Havane ? Rien, nada, niet ! Sait-on que Calixa Lavallée, le compositeur de la musique du Ô Canada, a combattu avec l’armée nordiste pendant la guerre de Sécession aux États-Unis et qu’il a terminé la guerre avec le grade de lieutenant ? Bien sûr que non. Sait-on que Madeleine de Verchères fit preuve d’un courage exemplaire en mettant en déroute un contingent d’Iroquois venus attaquer le fort ? Et Arthur Buies qui a combattu aux côtés des Chemises rouges de Garibaldi ? Et Madeleine Parent ? Et Léo Major ? Et Joseph-Armand Bombardier ? 

Pourtant, notre histoire recèle de gens extraordinaires, de héros et d’héroïnes dignes d’être célébrés, de « remarquables oubliés ». Je vous en présente un, que l’écrivaine Hélène de Billy nous fait découvrir dans un ouvrage intitulé Le Berlin Kid/Le Québécois téméraire qui a bombardé l’Allemagne durant la guerre.

Roger Coulombe qu’il s’appelle. Il est le neuvième d’une famille de dix-huit enfants. Il est né dans le fin fond d’un rang dans la région de Montmagny. La grosse misère qui ne prédestine à aucun avenir radieux. À vingt ans, il se porte volontaire dans l’Aviation royale canadienne pour aller combattre les nazis de l’autre côté de l’océan. Pas sur terre mais dans les airs ! Il veut voler, et pour cela, il devra suivre un entraînement rigoureux et connaître à fond l’avion qu’il devra piloter, un bombardier Lancaster, le plus moderne de sa catégorie. Son entraînement militaire en Angleterre dure deux ans. Et pourtant, il n’aime pas particulièrement les Anglais qu’il qualifie de « cochons » et de « maudits Anglais » dans son journal personnel. Ce type n’a rien du lèche-bottes et semble un concentré de tout ce qu’un vrai Québécois a de rebelle et de fierté en lui. 

Plus d’une fois, il tient tête à ses supérieurs parce qu’il se croit dans son droit de le faire. C’est ainsi qu’au cours d’un exercice, alors qu’un pneu de son avion a éclaté au moment du décollage, il refuse d’obéir à son commandant qui lui ordonne de se poser sur le ventre. Il atterrira sur une seule roue, en faisant preuve d’un grand doigté doublé d’une hardiesse dont serait fier le commandant Piché. L’avion et son pilote en sortiront intacts.

À partir de l’été 1944, le pilote québécois réalisera une trentaine de missions de bombardement au-dessus de Berlin, au cours de vols de nuit, défiant les chasseurs nazis lancés à sa poursuite et effectuant de spectaculaires descentes en vrille au milieu des réflecteurs croisés de l’artillerie antiaérienne ennemie. Ce Coulombe, surnommé Berlin Kid, était un véritable casse-cou aux nerfs d’acier, doublé d’une intelligence au-dessus de la moyenne. On se sentait en sécurité à ses côtés. Son avion ne sera touché qu’une seule fois et il réussira néanmoins à poser son appareil troué et amoché à sa base en Angleterre, après quatre heures d’un vol périlleux, navigant au pif avec les instruments de bord bousillés et les réservoirs presque vides. L’auteure signale que deux pilotes sur trois ne rentraient jamais au bercail.

Après la guerre, il effectuera des études en chirurgie dentaire et ouvrira son propre cabinet d’orthodontiste à Montréal tout en pratiquant à l’hôpital Victoria. Personne parmi ses collègues ou ses patients ne s’est jamais douté qu’il était le Berlin Kid dans une autre vie et qu’il a contribué à débarrasser l’humanité de la peste brune. 

À lire si vous aimez les récits d’aventure bien ficelés et bien écrits. Vous découvrirez quelqu’un qui mérite notre admiration, malgré ses défauts. Quel héros n’en a pas ?