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La poutine, patrimoine mondial!

Le mets d’origine québécoise fait partie des 10 créations culinaires canadiennes les plus notables

Poutine
Photo d'archives Des frites, recouvertes de fromage en grains et d’une sauce brune, voici le mets que les Québécois ont baptisé « poutine ». Il s’agit du seul plat du genre au pays.

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Le nouveau livre Poutine Nation suggère qu’il est grand temps d’officialiser le statut spécial de la poutine et qu’on doit la célébrer. L’héritage patrimonial de la poutine est aussi important que celui du sirop d’érable. 

Plusieurs Québécois ignorent que la poutine s’est répandue sur toute la planète. Jadis, on l’associait aux restos-roulottes des communautés rurales reculées ou aux petits casse-croûte de la rue principale des villages du Québec. 

À première vue, la poutine n’a rien d’attirant : des frites recouvertes de fromage en grains ramolli, le tout nappé d’une sauce brune épaisse. Mais cela ne l’a pas empêchée de gagner en popularité au fil des trois dernières décennies, jusqu’à être servie d’un océan à l’autre au Canada et dans des milliers de restaurants outremer.

Un engouement « unique »

L’ascension de ce plat sans prétention n’a été rien de moins que spectaculaire. La poutine a bel et bien été créée au Québec, sans aucune influence provenant d’ailleurs dans le monde. C’est le seul plat du genre au Canada.

Contrairement à plusieurs autres courants culinaires qui sont entrés dans l’histoire, l’engouement pour la poutine est unique, du fait que ce mets n’a pas vu le jour dans un grand centre urbain. La majorité des inventions culinaires devenues à la mode, que ce soit dans la restauration rapide ou la haute cuisine, sont nées dans les grandes villes. La poutine, elle, est issue d’une de ces deux petites villes de campagne : Warwick ou Drummondville. De nos jours, la population de Warwick ne dépasse pas les 5000 habitants. Drummondville est légèrement plus populeuse, avec environ 75 000 habitants. N’empêche, si on compare ces endroits à Naples (célèbre pour ses recettes de pâtes à la napolitaine) ou à Hambourg (lieu de naissance de nombreuses recettes de poisson, en plus du hambourgeois), ce sont deux très petites villes. Et pourtant, quelques contes et la simple combinaison de trois ingrédients ont su capter l’imagination de millions de curieux.

La poutine est désormais presque aussi connue que d’autres classiques comme le hot-dog, le hamburger et la pizza. C’est un mets peu coûteux et un en-cas opportun durant les parties sportives. Il est d’ailleurs servi dans presque tous les arénas et tous les camions-restaurants et autres kiosques de cuisine de rue, casse-croûte ou cantines du pays. 

De l’avis de bien des Canadiens, la poutine est une des meilleures inventions dont peut se vanter notre nation. Le magazine MacLean’s l’a même déjà désignée comme le plat canadien le plus connu au monde. Elle figure en effet sur la liste des 10 créations culinaires canadiennes les plus notables, où elle occupe souvent la première position.

Snobée par les chefs

Mais malgré son succès, la poutine n’a pas toujours été source de fierté pour les Québécois. En fait, dans la province, on en parlait souvent comme d’une gibelotte un peu sortie de nulle part ou comme une plaisanterie ayant fait boule de neige. Chefs et restaurateurs l’ont snobée pendant de nombreuses années. Malgré le succès commercial du plat qu’il désigne, le mot « poutine » n’est entré dans le dictionnaire Merriam-Webster qu’en 2014. Ce n’est qu’aujourd’hui que la poutine fait partie du menu de la plupart des établissements de restauration rapide et que l’on peut s’attendre à ce que les clients reconnaissent son nom et l’associent à une agréable gâterie.

La poutine est un succès planétaire, malgré elle. Et il est temps de s’organiser, de créer un organisme qui aurait comme objectif de la commercialiser, de protéger son identité et de la promouvoir sur les marchés partout dans le monde.