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Laura Niquay: «C’est un album sur la résilience»

Laura Niquay / crédit Monse Muro
Photo courtoisie, Monse Muro Laura Niquay

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La musique est intimement liée aux émotions. Nul besoin de comprendre les paroles des chansons de Laura Niquay pour saisir tout l’espoir, la résilience, parfois la détresse qu’elles comportent. Dans Waska Matisiwin, ce formidable album folk rock entièrement en attikamek et porté par sa voix si singulière, l’auteure-compositrice-interprète autochtone raconte ses histoires, celles de sa famille, et de sa communauté.

Originaire de Wemotaci, au nord de La Tuque, et aujourd’hui résidente de Trois-Rivières, Laura Niquay a une feuille de route déjà bien remplie sur la scène musicale québécoise. Née « avec une guitare dans les mains » dans une famille de musiciens, elle écrit sa première chanson à 16 ans. Après plusieurs projets musicaux, ce n’est toutefois qu’en 2015 qu’elle a lancé son premier album, Waratanak (Au creux des montagnes).

Les trois ans qu’elle a mis à peaufiner minutieusement son second effort ont porté fruit : Waska Matisiwin, qui est sorti vendredi et qui signifie « cercle de vie », est une des plus belles trouvailles musicales du printemps. Laura Niquay en parle comme son « plus grand accomplissement ».

Même si l’attikamek est sa langue maternelle, l’artiste s’est entourée d’aînés et de technolinguistes pour écrire les douze chansons. 

« C’est important de bien chanter en attikamek, de bien prononcer les mots, les syllabes, explique-t-elle. Je vis en milieu urbain depuis longtemps, comme mes neveux et nièces, et ils perdent très vite la langue. J’ai fait le test en fin de semaine avec un de mes neveux. Avec ma musique, il recommence à parler attikamek et il veut savoir ce que ça veut dire. Je pense que ça va aider les jeunes à réapprendre la langue. »

C’est ce qu’elle souhaite. Toutefois, dans la pochette de l’album, Laura Niquay a mis, pour les allochtones, un résumé en français de chaque chanson. « Si Florent Vollant chante dans sa langue et qu’il a réussi dans ce métier-là, pourquoi pas moi aussi », laisse-t-elle tomber.

Un album qui « sauve la vie »

« C’est un album sur la résilience, résume-t-elle lorsqu’on lui demande de parler des thèmes de l’album. Je l’ai fait dans un esprit très calme ».

Elle y aborde le respect de la nature, le partage des connaissances, les problèmes dans sa communauté, le deuil, le suicide, mais aussi l’espoir. Des histoires récoltées ici et là dans son entourage et sa famille, mais elle y raconte la sienne aussi. Sa seule voix « sablée », comme elle la décrit, fait résonner son vécu douloureux.

« J’ai souvent dit que cet album-là m’a sauvé la vie, dit-elle. Parce que je viens de loin, moi aussi. J’ai consommé très longtemps. J’ai eu des problèmes, on en a tous eu. Chaque chanson a son message. Et ce n’est pas nécessairement triste ! »

Le premier extrait est la poignante Nicto Kicko (prononcée Nichto Kichko, qui signifie « trois jours »), une des plus belles pièces de l’album. 

Elle raconte la fois où elle a été sans nouvelle de son père durant trois jours. « On était en visite à Wemotaci au jour de l’An. Ça faisait trois jours qu’on allait cogner chez mon père. On avait trouvé un de mes oncles chez lui, sans vie, quatre ou cinq jours avant. On avait peur que ça se reproduise. Trois jours, plus tard, on l’a croisé à l’épicerie. Il nous a dit qu’il voulait seulement être seul un peu, il était tanné du monde. Il avait reçu des écouteurs en cadeau pour Noël, et ça faisait trois jours qu’il avait ses écouteurs ! »

Mélanger folk, rock et reggae

Côté musical, on passe de la ballade folk douce à du rock plus costaud, en passant même par une vague reggae, grâce à la collaboration du chanteur reggae métis Shauit, dans la chanson Nicim (Mon petit frère). 

Celle-ci traite du suicide, mais de façon « préventive », précise-t-elle en racontant l’histoire de son petit frère, qui a finalement choisi la vie. « Je lui ai promis de faire une chanson pour lui. Je lui ai demandé quel genre de musique il aime, et il aime le hip-hop et le reggae. J’ai tout intégré dans la chanson. »


Laura Niquay sera en spectacle cet été dans quelques festivals, dont le Festival en chanson de Petite-Vallée. L’album Waska Matisiwin est disponible maintenant.

Pochette de l’album Waska Matisiwin de Laura Niquay paru le 30 avril 2021 sous l’étiquette Musique Nomade.
Photo courtoisie
Pochette de l’album Waska Matisiwin de Laura Niquay paru le 30 avril 2021 sous l’étiquette Musique Nomade.