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Safefloor: Un mariage entre le ballet et le sport de haut niveau

Céline Cassonne en train de pratiquer différents mouvements du Safefloor.
Photo courtoisie Céline Cassonne en train de pratiquer différents mouvements du Safefloor.

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Danseuse principale de Ballets Jazz Montréal au moment de sa retraite au début du premier confinement en mars 2020 après une carrière de près de 30 ans sur la scène internationale qui l’a menée en Allemagne, en Suisse et à New York avant d’adopter la métropole, Céline Cassone s’est depuis tournée vers l’enseignement du Safefloor, une méthode fondée il y a 16 ans en France qui est encore peu connue au Québec, mais qui a trouvé des adeptes parmi les athlètes d’élite.

La patineuse artistique Laurence Fournier-Beaudry et son partenaire Nikolaj Sorensen qui visent une place aux Jeux olympiques de 2022 à Pékin ; la plongeuse de haut vol Lysanne Richard ; et le secondeur Christopher Mulumba, du Rouge et Noir d’Ottawa, apprécient les bienfaits de la méthode d’entraînement fondée par Alexandre Munz, un ancien danseur de l’opéra de Paris, qui est venu à Montréal former et partager ses connaissances avec Mme Cassone à ses débuts. L’athlète de bobsleigh Catherine Medeiros est aussi une adepte de cette méthode d’entraînement.

Mme Cassone s’était entendue avec le directeur Sciences du sport de l’INS (Institut national du sport du Québec) Guy Thibault pour offrir des ateliers, mais le confinement de mars 2020 a bouleversé les plans.

La patineuse artistique Laurence Fournier-Beaudry et son partenaire Nikolaj Sorensen pratiquent le Safefloor.
Photo AFP
La patineuse artistique Laurence Fournier-Beaudry et son partenaire Nikolaj Sorensen pratiquent le Safefloor.

«J’ai toujours été curieuse d’explorer de nouvelles pratiques afin de prolonger le plus longtemps possible ma carrière, explique la danseuse d’entrée de jeu, et le premier confinement a été le déclic et le signal que j’arrêtais ma carrière. Sur la route six mois par année, je vivais à un rythme infernal. J’avais des problèmes aux hanches et au dos. J’utilisais un gel visqueux et j’avais besoin d’une injection à la cortisone aux six mois. La méthode Safefloor m’a permis de réduire les injections à une aux deux ans et de prolonger ma carrière jusqu’à l’âge de 43 ans.»

Quelles sont les particularités de cette méthode d’entraînement ? «Les athlètes et les danseurs ont le même objectif, mentionne la danseuse native de la France. On veut tous développer l’endurance, la mobilité et la tonicité. Le Safefloor active tous les systèmes du corps. Contrairement au yoga, notre méthode est plus posturale, toute en rondeur et en spirale, et elle tire les leviers neurologiques. Les mouvements se font en lenteur et en profondeur, ce qui évite les risques de blessures. Ça permet de soigner des blessures, mais travaille aussi sur la prévention.»

Conseil maternel

Fournier-Beaudry a découvert le Safefloor à l’été 2019 par l’entremise de sa mère qui fait du ballet et qui connaissait Mme Cassone. «Ma mère pensait que ça pourrait nous aider et elle avait raison, raconte la patineuse qui a pris le 8e rang en danse en compagnie de son partenaire d’origine danoise lors du championnat mondial en mars dernier à Stockholm en Suède. Cette méthode aide des athlètes d’élite, mais aussi des gens qui ont un mode de vie plus sédentaire.»

La patineuse montréalaise note des avantages importants. «Les exercices engagent la colonne vertébrale au complet et délient toutes les vertèbres sans qu’il y ait d’impact, explique-t-elle. J’ai développé une plus grande mobilité de la colonne, et les mouvements relaxants tonifient les muscles. J’ai renforcé mes fléchisseurs, ce qui a corrigé mes problèmes de hanches. De son côté, mon partenaire a pu soigner ses malaises au dos.»

Céline Cassonne en train de pratiquer différents mouvements du Safefloor.
Photo courtoisie

Laurence Fournier-Beaudry voit une grande différence avec le yoga, qu’elle a longtemps pratiqué. «Parce que tu es souvent au sol, tes mouvements sont constants et plus contrôlés, souligne celle qui devra terminer dans le Top 3 au championnat canadien en janvier prochain à Vancouver afin d’obtenir son billet pour les Jeux olympiques de Pékin. Ça permet d’aller chercher plus de torsion et de rotation de la colonne, mais aussi des cervicales et des lombaires et permet de développer une meilleure flexibilité. Ça m’aide à comprendre l’engagement du bassin.»

Un remède pour une importante blessure au cou

Plongeuse de haut vol, Lysanne Richard met à rude épreuve son corps en raison des nombreux impacts violents qu’elle lui fait subir.

Une blessure importante au cou en 2017 a permis à l’ancienne acrobate de l’École nationale de cirque de découvrir le Safefloor. 

« Le cou est ma faiblesse et nous avons développé une petite recette où j’intègre quelques exercices avant mon entraînement, raconte Richard dont la saison 2020 a été mise sur pause en raison de la pandémie. Le gros avantage est de distancer les vertèbres. En raison des impacts, elles se compressent l’une et l’autre et le disque s’échappe, ce qui a mené à ma blessure. Parce que les vertèbres sont moins compressées, tu as l’impression de pouvoir grandir parce que tu gagnes en allongement. »

Richard apprécie la fluidité des mouvements. « C’est une méthode très fluide où tu es hyper conscient des mouvements que tu fais parce tout se fait lentement, mentionne-t-elle. Comme pour le yoga, tu es zen, mais c’est plus facile à appliquer. Aussi parce qu’on s’entraîne au sol, nous n’avons pas le poids de notre tête sur le corps. »

Tout comme Richard, le secondeur Christopher Mulumba, du Rouge et Noir, a découvert le Safefloor par son acupunctrice Valérie Truong qui travaille avec des athlètes et des équipes sportives.

« C’est bon pour ma mobilité et ça me permet de rester en santé plus longtemps, souligne-t-il. J’ai fait beaucoup de yoga dans le passé, mais le Safefloor est plus profond. Tu fais les mouvements lentement et avec délicatesse. Au lieu d’enchaîner beaucoup de mouvements, tu en fais trois ou quatre dans une séance d’une heure. Tu ne peux pas te blesser. »

Plus grande variété

Au-delà de la course et de la musculation, Mulumba voulait s’offrir une plus grande variété dans son entraînement. 

« Je veux un entraînement diversifié qui va permettre d’être plus mobile sur le terrain et de développer ma flexibilité, mais aussi d’être un très bon athlète. »

Si le yoga gagne en popularité chez les joueurs de football, ça demeure néanmoins un entraînement qui n’est pas encore pratiqué à grande échelle. 

« Je ne parle pas à tout le monde que je fais du Safefloor, mais seulement aux gens près de moi, mais personne ne voit de façon négative cette méthode d’entraînement pour un joueur de football. »

En cette période de pandémie où plusieurs entraînements se font de façon virtuelle, Céline Cassone soutient que le Safefloor se pratique très bien à distance. 

« Des gens étaient sceptiques au départ, reconnaît-elle. Ils se demandaient s’ils seraient en mesure de suivre étant donné qu’ils sont couchés au sol. Comme une tour de contrôle ou un GPS, je les guide avec ma voix. C’est une technique de guidance. Les ressentis sont plus profonds. »