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Ultra-pieux, mais ultra-vulnérables aussi

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L’épouvantable cohue du mont Méron en fin de semaine dernière en Israël horrifie et fascine à la fois. Plus d’une quarantaine de personnes sont mortes dans un mouvement de foule où ceux à l’arrière ne comprenaient pas qu’ils étouffaient ceux de devant. Les victimes sont des pèlerins juifs qui déjà, avec ce pèlerinage, prenaient un immense risque.

On attendait 10 000 croyants : des juifs ultra-orthodoxes – haredim, hassidim et autres – qui prient et vivent leur foi, proches les uns des autres. Ils allaient se retrouver pour Lag Baomer, une fête religieuse annuelle, dans les montagnes entre le Liban et le lac de Tibériade. Un lieu sacré, ce mont Méron, où aurait été inhumé un rabbin mystique du 2e siècle.

L’année dernière, au pire de la pandémie en Israël, les policiers avaient réussi à stopper les fidèles dans leur élan. Pas question cette année de passer un autre tour : de 10 000 attendus, les dévots sont passés à 100 000. Et c’est encore bon, dit-on : en temps normal, leur nombre grimpe à 400 000.

Tout dans ce drame est bouleversant : la foule qui converge au milieu de la nuit vers une sortie trop étroite ; les gens qui commencent à glisser, à tomber et la poussée qui se poursuit malgré tout. L’enquête en dira plus, mais plusieurs croient en Israël qu’on en laisse trop passer à la communauté ultra-orthodoxe.

PANDÉMIE ET ZÈLE RELIGIEUX

Israël gère particulièrement bien sa sortie de pandémie. Au point où, plus tôt en avril et pratiquement avant tout le monde, l’obligation du port du masque à l’extérieur a été levée et les écoles ont été complètement rouvertes. On injecte à qui mieux mieux et aujourd’hui, environ 56 % des Israéliens sont totalement vaccinés.

On est encore loin toutefois de l’immunité collective et les responsables de la santé publique voyaient d’un mauvais œil les rassemblements prévus au mont Méron. Des milliers de personnes, très peu de masques, aucune distance physique : le foyer d’éclosion par excellence.

Ce, d’autant plus que les ultra-orthodoxes, avec leurs grandes familles, leur vie de promiscuité et leur volontaire isolement de la modernité, ont été durement affligés par la Covid-19. En Israël, 28 % des infections se sont retrouvées dans leur communauté, alors qu’ils ne représentent que 12,6 % de la population.

UN LOURD POIDS POLITIQUE

S’ils ont réussi à échapper aux consignes personnelles et aux restrictions collectives, parvenant notamment à se réunir par dizaines de milliers alors que les variants donnent des cauchemars aux spécialistes, c’est qu’ils se sont taillé une place avantageuse dans la vie politique israélienne.

La principale coalition qui les représente – le parti du judaïsme unifié de la Torah – a permis au premier ministre de droite, Benyamin Netanyahou, de se maintenir au pouvoir contre vents et marées depuis une douzaine d’années.

En échange, Netanyahou, en plus de généreusement financer les écoles rabbiniques, a refusé de contraindre la communauté à se soumettre aux privations liées au coronavirus. Conséquence, les ultra-orthodoxes font à leur tête, prennent de terribles risques et se retrouvent, dans la détresse, avec peu de secours. Une tragédie du tout au tout.

Israël et ses ultra-orthodoxes

Un fort taux de natalité

  • Les femmes ultra-orthodoxes donnent naissance, en moyenne, à 6,6 enfants chacune.
  • La moyenne chez les Israéliennes laïques est de 2,2 enfants.
  • Près de 60 % des ultra-orthodoxes ont moins de 20 ans. 

Une communauté en croissance constante

En % de la population israélienne...

  • 1930 : 2 %
  • 2019 : 12,6 %

Prévisions

  • 2030 : 16 %
  • 2065 : 30 %

Une communauté affligée par la pandémie

Un croyant ultra-orthodoxe de plus 60 ans sur 100 en Israël est mort de la Covid-19.