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Une crise qui traverse la province

La situation «catastrophique» inquiète de plus en plus les organismes de protection des locataires

GEN - SYLVIE CHAILLÉ ET LA CRISE DU LOGEMENT
Photo Agence QMI, Martin Alarie Sylvie Chaillé est à la recherche active d’un logement abordable dans Lanaudière depuis plusieurs semaines et a peur de ne rien trouver dans son budget à cause de la crise du logement qui sévit à travers le Québec.

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De Rimouski en passant par Gatineau, Sherbrooke ou encore Drummondville et Saint-Jérôme, la crise du logement traverse les quatre coins de la province et inquiète de plus en plus les associations et organismes de protection des locataires.

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« C’est vraiment généralisé [la crise du logement]. La flambée des prix de l’immobilier frappe toutes les régions du Québec », lance, inquiet, Maxime Roy-Allard, porte-parole du Regroupement des comités logement et des associations de locataires du Québec.

La difficulté de se loger à Montréal a défrayé la chronique cette semaine. Mais la situation est loin d’être spécifique à la métropole. 

« Crise permanente »

Le Journal s’est entretenu avec plusieurs comités logement et organismes qui sont unanimes : la situation du logement, même hors des grands centres, est « catastrophique ».

« Ici [à Gatineau] la crise, elle est permanente et constante. [...] Depuis le début des années 2000, on est confrontés bon an mal an avec des dizaines de familles carrément sans logis. Et la situation a été exacerbée par la tornade de 2018 et les inondations », déplore François Roy, coordonnateur de Logemen'occupe, situé à Gatineau.

En Beauce aussi, les catastrophes naturelles ont contribué à la destruction de nombreux logements abordables.

« Nos gens vulnérables n’ont plus de place et se retrouvent dans des logements moins salubres, parce que moins chers », explique Mélanie Lévesque, responsable du volet logement à l’Association coopérative d’économie familiale — Appalaches-Beauce-Etchemins.

Le taux d’inoccupation moyen à Saint-Georges est de 0,6 %, selon les chiffres de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). 

Crise provinciale

Selon la SCHL, pour que le marché soit équilibré, le taux d’inoccupation doit se situer à 3 %. En bas de ça, on parle de rareté du logement.

Selon Véronique Laflamme, du Front d’action populaire en réaménagement urbain, seulement sept des 44 régions métropolitaines ou agglomérations de recensement sont au-dessus de 3 %.

Dans le Bas-Saint-Laurent, le taux d’inoccupation a catégoriquement chuté en seulement un an.

« Le taux d’inoccupation, qui était de 2,7 % l’an dernier, se retrouve cette année à 0,9 % », déplore le comité logement de Rimouski-Neigette.

Résultat, plusieurs locataires peinent à trouver un logement.

Dans Lanaudière, les taux d’inoccupation sont pratiquement toujours en dessous de 1 %, soutient Action Logement Lanaudière.

À Saint-Jérôme, comme un peu partout dans la province, on conseille aux locataires de rester dans leur logement, même s’il doit y avoir de grosses réparations, explique de son côté le Carrefour d’action populaire.

Augmentation des loyers

Mais c’est aussi et surtout le prix des loyers qui augmente année après année qui fait craindre le pire. Au Saguenay, par exemple, en seulement dix ans, le prix d’un 31⁄2 a augmenté de 15 % en moyenne, alors que les 5 1⁄2 ont subi jusqu’à 30 % de hausse, soutient Sonia Côté, coordonnatrice pour l’organisme Loge m’entraide. 

« Les locataires en arrachaient déjà avant la pandémie [avec les loyers déjà trop élevés], mais là, c’est pire », lâche-t-elle.


Coût moyen des appartements pour des régions clés, à titre de comparaison:  

  • Montréal (RMR)
    1 chambre: 810 $
    2 chambres: 903 $  
  • Ottawa-Gatineau (RMR) (QC)
    1 chambre: 791 $
    2 chambres: 950 $  
  • Québec (RMR)
    1 chambre: 778 $
    2 chambres: 899 $  
  • Sherbrooke (RMR)
    1 chambre: 552 $
    2 chambres: 671 $  
  • Saguenay (RMR)
    1 chambre: 496 $
    2 chambres: 664 $   

Selon Chantal Desfossés, directrice générale du Réseau québécois des OSBL d’habitation, en 2020, 457 000 ménages au Québec vivent dans un logement inabordable, dont près de 200 000 consacrent plus de 50 % de leur revenu au paiement de leur loyer.

Source : Réseau québécois des OSBL d’habitation

Désespérés de trouver un loyer abordable  

Après plusieurs semaines ou mois de recherches, plusieurs Québécois de partout en province désespèrent de trouver un toit avec un loyer abordable, malgré leurs efforts. 

« Je ne sais plus quoi faire. Je travaille, je postule à des offres de logements, je vais faire des visites, je fais les dépôts pour les applications et je fais tout le processus, la réponse est toujours non. Ça fait plus d’un an et demi que je cherche et que je n’ai que des réponses négatives », déplore Fausia Koulamallah, qui vit depuis décembre 2019 dans un logement provisoire de l’organisme Logemen’occupe, à Gatineau.

Ces logements normalement permettent d’avoir un toit temporaire pour une durée maximum de six mois. Mais comme il lui est toujours impossible de trouver un endroit où vivre avec quatre de ses cinq enfants, elle reste encore dans ce logement provisoire.

Pas accessible

De son côté, Sylvie Chaillé a aussi peur de ne pas être capable de trouver un logement décent dans Lanaudière depuis qu’elle est devenue invalide à cause d’un cancer des poumons et de la sclérose en plaques.

Avec sa pension d’invalidité et l’aide sociale, Mme Chaillé ne peut s’offrir de logement au-dessus de 500 $. Après un mois de recherche, elle n’a toujours pas trouvé d’appartement.

« Je n’ai pas le choix de me trouver de quoi en dessous de ça si je veux bien manger et payer mes factures. Je fais juste pleurer en regardant les annonces parce que tout est au-dessus de 1000 $ pour un 4 1⁄2 ou même un 3 1⁄2 », déplore celle qui doit bientôt commencer ses traitements de chimiothérapie.

À plusieurs centaines de kilomètres de là, à Drummondville, la directrice générale de l’organisme Action Location Drummond s’inquiète de voir certaines familles obligées de partager des logements à cause de la pénurie.

« Trois couples ont loué un 5 1⁄2 pour y loger ensemble, car ils ne pouvaient même pas se louer un 3 1⁄2 chaque », affirme-t-elle.

À Rimouski, la pénurie de logements abordables est telle qu’un couple a failli partir vivre à l’hôtel.

« On était tellement désespéré qu’on était prêt à louer une chambre dans un motel pour 900 $ par mois. C’est devenu vraiment, vraiment difficile de trouver quelque chose, même à Rimouski », raconte Nancy Vaillancourt, qui a trouvé in extremis un 2 1⁄2 après plus d’un mois de recherches intenses.