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Newsmax et la désinformation

Donald Trump
Photo d'archives, AFP Donald Trump

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Pendant le dernier cycle électoral, plusieurs élus républicains, à commencer par Donald Trump lui-même, ont véhiculé ce qu’on qualifie maintenant de «Big lie», de mensonge ultime. Comme vous vous en souvenez sans doute, ils ont multiplié les procédures judiciaires dans plusieurs États afin de renverser les résultats, l’élection de Joe Biden constituant un vol.

Pendant des mois, nous avons assisté à une charge de politiciens et d’avocats pour discréditer le processus électoral américain, avec les «succès» que l’on sait. Les tribunaux ont rapidement rejeté les allégations, très souvent parce qu’elles étaient ridicules ou, surtout, parce qu’on ne pouvait avancer l’ombre d’une preuve solide.

Parmi les angles d’attaque des partisans du président sortant, on relevait plusieurs assauts contre les firmes qui produisent et gèrent les machines utilisées pour comptabiliser les résultats. Non seulement des activistes républicains s’époumonaient à détruire leur réputation, mais plusieurs réseaux partisans s’assuraient de marteler le clou. 

On peut d’abord penser à Fox News, mais parmi les propagandistes on retrouve également des réseaux aux ambitions et aux cotes d’écoute plus modestes, comme OAN ou Newsmax. Ces trublions de l’information apprennent maintenant à la dure qu’il y a un prix à payer pour entretenir et relayer la désinformation.

Je me doute que parmi les lecteurs de ce blogue il s’en trouvera plusieurs pour relever, avec raison, que des réseaux comme CNN ou MSNBC sont généralement plus favorables aux progressistes ou qu’une publication prestigieuse comme le New York Times traverse une petite crise interne parce qu’une portion non négligeable de son équipe éditoriale adhère à la mouvance woke

  • Écoutez la chronique de politique américaine de Luc Laliberté, blogueur au Journal de Montréal et de Québec

Tout ça est vrai, mais une orientation éditoriale ne se compare en rien à la propagation de fausses informations. Miner la crédibilité de son propre système à des fins partisanes et électoralistes devrait figurer près du haut de la liste des facteurs nuisibles à la pratique d'une saine démocratie. Ce n’est plus l’adversaire qu’on démonise, mais bien tout ce qui se trouve sur le chemin de la victoire.

On en vient parfois à se demander s’il y a un prix à payer pour ces écarts importants, pour ces pratiques indignes d’un pays qui prétend être un phare de la démocratie. Il semble qu’il y en ait un et que les tribunaux constituent toujours un rempart pour repousser les assauts des barbares qui ne demandent pas mieux que de battre en brèche la constitution qu’ils prétendent chérir.

Le réseau Newsmax, dont j’évoquais le travail plus haut, vient de reconnaître qu’il n’y avait aucune preuve pour soutenir les allégations de fraudes qu’il a pourtant véhiculées avec une rare énergie pendant des mois. Ce qui était bon pour les cotes d’écoute risque de l’être moins pour la réputation déjà sulfureuse du réseau.

Vous devinez que Newsmax ne s’est pas spontanément livré à ce mea culpa et que cette confession n’émanait pas de la volonté des dirigeants. Si le réseau s’exprime publiquement, c’est qu’il y est contraint. La firme Dominion, dont la crédibilité a maintes fois été attaquée, a poursuivi Newsmax devant les tribunaux, l’accusant en diffamation.

Même si on peut se réjouir de la victoire de Dominion devant les tribunaux, il faudrait éviter de considérer les aveux de Newsmax comme le clou dans le cercueil de la désinformation. Ce serait plutôt un encouragement à continuer la lutte en s’assurant que ceux qui abusent de la stratégie en paient le prix.

Pour modérer nos ardeurs, je rappelle que 55% des républicains sont convaincus que la victoire de Joe Biden n’est pas légitime, plus de 60% d’entre eux étant toujours convaincus que Donald Trump a été victime d’un vol.

Vous êtes exigeants envers les médias, surtout les médias généralistes, et vous avez raison. Vous critiquez régulièrement la couverture de l’actualité par les différents journaux ou les différentes chaînes d’information. C’est votre droit et c’est bien souvent ce qui motive les artisans de l’information à redoubler d’ardeur. 

Si j’espère que vous continuerez à veiller au grain, je souhaite également que vous condamniez tout aussi vigoureusement la désinformation qui sévit sur les réseaux sociaux. Le fléau, il est là. 

Exiger de journalistes expérimentés ou de communicateurs expérimentés les standards les plus élevés est sain, mais fermer les yeux sur le travail de sape des experts patentés de la toile, qui ne s’embarrassent pas de la vérification des faits, c’est encourager un recul important dans la recherche de l’information la plus juste possible.