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Québec solidaire fracturé en deux gauches

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La Révolution, comme Saturne, dévore ses propres enfants, dit l’adage.

C’est l’impression que donne actuellement la fascinante querelle qui bouleverse Québec solidaire.

Factions

Certes, la gauche, mue par de grands idéaux, un désir de pureté, d’utopie, a depuis longtemps le secret des disputes byzantines entre factions.

Plonger dans les débats des années 1960, pour le documentaire Le dernier felquiste, m’a fait découvrir une foule de petits groupuscules socialistes, communistes, indépendantistes occupés principalement à se faire la guerre idéologique entre eux.

En 2006, la création de QS, issu de l’Union des forces progressistes et d’Option citoyenne, avait précisément pour but de calmer les querelles internes à la gauche. Afin de lui permettre de sortir de la marginalité.

Mais, actuellement, à l’intérieur de QS, une violente bagarre autour du Collectif antiraciste décolonial (CAD) risque de raviver de vieilles traditions querelleuses ; mais cette fois entre gauche identitaire (parfois appelée « woke ») et gauche anticapitaliste plus traditionnelle.

Le CAD a été créé après le congrès de 2019 où QS a liquidé, par un vote de quelque 90 %, son engagement électoral en matière de laïcité : le « compromis Bouchard-Taylor », c’est-à-dire l’interdiction des signes religieux pour les agents de l’État en situation d’autorité.

Dans ce même congrès, un autre collectif, celui sur la « laïcité », a été éliminé, justement sous l’impulsion des partisans de la mouvance CAD.

Attaran

Les problèmes du CAD ont commencé lorsqu’il a appuyé publiquement les propos du professeur d’université Amir Attaran, selon lequel le Québec serait l’« Alabama du Nord ».

Par la suite, le CAD a publiquement associé Pascal Bérubé, Paul St-Pierre-Plamondon et un journaliste à la droite extrême et à la « fachosphère ».

La présidente du parti Nika Deslauriers a désavoué le CAD publiquement. Le co-porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois a aussi fait de même. Le CAD pourrait-il subir le même sort que le Collectif laïcité ? lui ai-je demandé récemment : « À ce stade-ci, il n’y a rien d’exclu pour les prochains conseils nationaux. »

Ces déclarations ont suscité l’ire du CAD, qui y a vu de la « diffamation », menaçant même de poursuites juridiques, « incluant un recours pour discrimination à la Commission des droits de la personne ».

Vitriol

Une des membres du CAD, Sibel Ataogul, militante QS de la première heure, a accordé une entrevue vitriolique à la revue Presse-toi à gauche, le 29 avril.

Si elle n’avait pas choisi sa « carrière et [sa] famille », Ataogul aurait succédé à Khadir comme députée dans Mercier, affirme-t-elle. Elle dit qu’en 2018, elle a suggéré deux « femmes inspirantes » portant le hidjab pour y être candidates : « On m’a fait comprendre très rapidement que ça ne pouvait pas être une femme voilée. Ça m’a donné le message que pour percer il fallait être une “bonne” racisée, pas trop controversée. » C’est finalement Ruba Ghazal qui succéda à Khadir.

Dans cette entrevue-choc, Ataogul fustige son parti, qui aurait comme caractéristique d’être « massivement blanc », affirme qu’il y a un « problème de discrimination systémique au sein de QS », et soutient qu’en tant que femme « racisée », elle n’y a « pas les mêmes droits que [ses] camarades blancs ».

Un débat qui s’annonce âpre, autour de la définition de la gauche, aujourd’hui.