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Au-delà du «cas» Maripier Morin

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Photo d'archives, Agence QMI La sortie de Maripier Morin, au lendemain même de nouvelles allégations d’agressions la visant, était troublante.

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Le passage de Maripier Morin à Tout le monde en parle (TLMEP) n’a laissé personne indifférent. Le moment choisi, décidé in extremis, ajoutait d’autant plus au malaise. 

La veille de l’entrevue, La Presse publiait en effet de nouvelles allégations d’attouchements, d’agressions physiques et de remarques racistes la visant entre 2017 et 2020. Ce n’est pas un détail.

On ne s’en sort pas, l’entrevue était troublante. Blâmer sa « dépendance à l’alcool » qui, selon elle, aurait causé un « dédoublement » de sa personnalité aura sûrement décroché bien des mâchoires. 

L’alcool tend à amplifier des traits de personnalité déjà existants, mais non pas à en créer de nouveaux. L’alcool fait bien des ravages, mais ce n’est pas pour autant une potion à la Dr. Jekyll et Mr. Hyde. 

Face à cette déresponsabilisation apparente, l’impression causée était celle d’un alignement de « lignes » préfabriquées visant surtout à paver la voie à une réhabilitation rapide côté carrière. Cela dit, on laissera le choix à ses victimes alléguées d’épiloguer ou non sur ce qu’elles en ont pensé. 

Importance cruciale

Au-delà du « cas » Maripier Morin, le sujet de la violence demeure d’une importance cruciale. On a même vu une ministre du gouvernement caquiste démissionner, hier, à la suite d’allégations de harcèlement psychologique dans son propre cabinet.

Les violences, verbales, sexuelles, psychologiques, financières ou autres, il faut le redire, ont des effets toxiques sur les victimes. Parce qu’elles sont souvent l’œuvre de personnalités narcissiques, donc manipulatrices et incapables de reconnaître leur responsabilité, sortir de leurs griffes est un long processus. 

C’est possible, heureusement, mais long. La reconstruction est longue parce que les violences grugent insidieusement les victimes de l’intérieur. La semaine d’avant, entre autres dans nos pages et à TLMEP, l’artiste Laurence Jalbert l’avait brillamment expliqué

Ce faisant, Mme Jalbert, ayant vécu des années de violence verbale et psychologique sous un ex-conjoint – au point même de se coucher tous les soirs en larmes, et pis encore –, a fait œuvre utile. Très utile. 

Faire œuvre utile

Avec une transparence désarmante, elle a raconté l’ampleur réelle des dommages qu’elle doit maintenant, en plus, réparer elle-même. Car les violences, comme elle l’a bien illustré, n’ont pas à être physiques pour détruire. 

Même longtemps après avoir laissé cet homme, la vue d’une publicité-choc contre la violence conjugale lui a tout ramené en mémoire. C’est le propre d’un stress post-traumatique. Une séquelle fréquente chez les victimes.

Laurence Jalbert a contacté SOS violence conjugale pour de l’aide. Bref, aucune femme n’est à l’abri de la violence, mais de l’aide existe. Merci de l’avoir dit. 

Merci aussi d’avoir dit à quel point ces violences grugent tout sur leur passage, dont la confiance des victimes en elles-mêmes et envers les autres.  

Laurence Jalbert a également rappelé les mécanismes inhérents aux manipulateurs. En privé, ils insultent, mais en public, devant amis et collègues, ils jouent aux « gentils ». 

Parce qu’il le faut, d’autres avant Mme Jalbert l’ont expliqué. D’autres, après elle, le feront encore. Plus la peste des violences sera décortiquée et dénoncée, plus nombreuses seront ses victimes à chercher de l’aide. La tête bien haute. 

Quand elle se fait violente, la parole enchaîne. Quand elle se fait vraie et bienveillante, elle libère. 


Si vous êtes victime de violence conjugale, contactez SOS violence conjugale au 1 800 363-9010 ou consultez le sosviolenceconjugale.ca/fr.