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Entreprises à problèmes: des canards qui boitent toujours plus

L’argent des Québécois continue d’être englouti par milliards dans des entreprises problématiques

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Photo d’archives, Agence QMI Le ministre de l’Économie et de l’Innovation Pierre Fitzgibbon, l’homme de confiance du premier ministre Legault en matière de stratégies d’appui aux entreprises québécoises.

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Alors que l’étude des crédits bat son plein à l’Assemblée nationale, Le Journal s’est penché sur le cas d’entreprises qui ont reçu une fortune en investissement des Québécois, sans connaître le succès. Une première recension de ces canards boiteux avait été faite en 2019, puis actualisée en 2020. Force est d’admettre que la situation ne s’est guère améliorée depuis.

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STORNOWAY : ENCORE DES MILLIONS DE L’ÉTAT 

Quatre créanciers garantis, dont la Caisse de dépôt et placement et Investissement Québec, se sont commis à engager 30 millions $ de plus dans l’aventure diamantaire de la minière Stornoway, dans le Nord-du-Québec, selon ce qu’a rapporté La Presse canadienne en septembre. L’ancien projet phare du Plan Nord a déjà nécessité des investissements publics de l’ordre d’un demi-milliard de dollars. En 2019, Stornoway s’est placée à l’abri de ses créanciers, croulant sous les dettes. En avril 2020, la minière a prolongé l’arrêt de ses activités même si le gouvernement a autorisé l’industrie minière à redémarrer. 

C SERIES : PERTE DE 600 M$ 

Bombardier s’est complètement dégagé du programme d’avions C Series (rebaptisé Airbus 220) en février 2020. Québec a de son côté au même moment accepté de repousser de trois ans la date à laquelle il pourra se retirer du programme. En février, Le Journal rapportait une estimation du gouvernement qui évaluait la perte subie par Québec dans ce projet à 600 millions $. 

FORTRESS : FERMETURE PERMANENTE ENVISAGÉE 

La fermeture permanente de l’usine Fortress, à Thurso, en Outaouais, est un scénario plausible, a indiqué le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon au Journal à la mi-mars. « On préférerait redonner une vocation de pâtes et papiers à Thurso. On a deux projets qu’on regarde. Tant mieux si ça se fait, mais sinon on ne fera pas un investissement qui prendrait trop de ressources », a-t-il expliqué. En 2019, Québec avait accordé des aides d’urgence de plus de 10 M$ à Fortress pour lui permettre de continuer ses opérations, mais la papetière avait quand même dû cesser ses activités.  

ENERKEM : 10 FOIS PLUS CHER QUE PRÉVU 

La construction d’une usine capable de transformer des déchets en biocarburant à Varennes a été annoncée plusieurs fois depuis 2008, mais cette fois-ci pourrait être la bonne. Si tout se passe comme prévu, l’usine d’Enerkem pourrait voir le jour en 2023, a-t-il été annoncé en décembre. Selon La Presse, le coût total du projet est passé de 90 millions au départ à quelque 880 millions $ aujourd’hui. Québec prévoit d’allonger 160 millions $ de plus dans l’aventure, en plus de 80 millions $ déjà injectés. Selon La Presse, c’est près d’un milliard $ qu’Enerkem a dépensé depuis ses débuts, sans générer encore un sou de revenu. 

MCINNIS : PRÈS D’UN DEMI-MILLIARD ENVOLÉ 

Le gouvernement du Québec a prévu une perte de 472 millions de dollars à la suite d’un partenariat annoncé entre Ciment McInnis et le conglomérat brésilien Votorantim. C’est ce qu’a déclaré le ministre Pierre Fitzgibbon, en décembre 2020, tel que l’a alors rapporté Le Journal. La cession de la cimenterie à des intérêts étrangers en 2020 a clos un chapitre dans l’aventure de la cimenterie gaspésienne, lancée en grande pompe au coût d’un milliard en 2014 sous le gouvernement de Pauline Marois.

NEMASKA-LITHIUM : NOUVELLE INJECTION DE FONDS PUBLICS 

Le gouvernement du Québec a décidé en août de réinjecter 300 millions $ dans le rachat de Nemaska Lithium, une firme de Shawinigan qui aspire à être un fournisseur des fabricants de batteries pour voitures électriques. Son projet, au départ estimé à 1,1 milliard $, a connu des dépassements de coûts majeurs. À la fin 2019, l’entreprise s’est protégée de ses créanciers. Le ministre Pierre Fitzgibbon a déjà qualifié la structure de l’entreprise de « patente à gosse ». Il a reconnu récemment que tout était à revoir dans son modèle d’affaires.

SNC-LAVALIN: L’ACTION SOUS-PERFORME 

L’action de la firme de génie montréalaise a gagné 13,6 % depuis un an, mais, à 27,39 $, celle-ci demeure bien en deçà de son niveau d’il y a 10 ans ou même cinq ans. La Caisse de dépôt a plus d’un milliard $ d’investissement en jeu. Il faut remonter à 2006 pour voir l’action de SNC durablement sous les 30 $ comme c’est le cas depuis 2019. Il y a quelques jours, l’entreprise, qui a passé des années à se dépêtrer de scandales de corruption à l’étranger, a encore suscité la controverse en accordant à sa haute direction une augmentation de 12,9 % de sa rémunération, en pleine pandémie. Consolation : le 20 avril, la Banque mondiale a annoncé qu’elle retirait SNC de sa liste noire d’entreprises privées de contrat.  

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