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Des cyberpirates s’en prennent même aux morts

Un total de 1300 clients d’une maison funéraire québécoise ont été piratés

Le Complexe Alfred Dallaire – MEMORIA – de Laval, où a eu lieu la crémation d’Aline Despatie (mortaise de droite), sœur de Diane (mortaise de gauche). Les deux font partie des 1300 victimes de fraude de l’entreprise de pompes funèbres.
Photos Agence QMI, Joël Lemay et courtoisie Le Complexe Alfred Dallaire – MEMORIA – de Laval, où a eu lieu la crémation d’Aline Despatie (mortaise de droite), sœur de Diane (mortaise de gauche). Les deux font partie des 1300 victimes de fraude de l’entreprise de pompes funèbres.

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Pas moins de 1300 personnes endeuillées ont reçu une lettre de la maison funéraire Alfred Dallaire pour les avertir que leurs données personnelles et celles de défunts avaient été piratées. 

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L’entreprise a avisé récemment tout ce beau monde que certaines de leurs données ont été compromises.

Diane Despatie est l’une de ces personnes. Elle avait été nommée liquidatrice de succession après le décès de sa sœur, Aline Despatie, le 30 septembre dernier.  

Quelques jours plus tard, elle a contacté la succursale de pompes funèbres Alfred Dallaire, située sur le boulevard Henri-Bourassa, à Montréal, afin qu’elle s’occupe des arrangements funéraires et de la crémation.  

Or, ce choix a viré au cauchemar. Le 30 avril, soit six mois après la crémation, Mme Despatie a reçu une lettre de la maison Alfred Dallaire lui indiquant qu’un « incident de sécurité » était survenu. Un « tiers non autorisé » avait pu avoir accès aux données personnelles des clients et à celles de leurs proches décédés.  

« Quand j’ai lu qu’il y avait eu un incident de sécurité suite au décès de ma sœur, je croyais qu’ils avaient perdu ses cendres, j’avais le cœur à l’envers », a signalé Diane Despatie.  

« Quand j’ai compris que je venais de me faire pirater mes données personnelles, j’étais en colère », a affirmé la sœur de la défunte, qui aussi été victime de la fuite chez Desjardins. 

Elle déplore la froideur de la lettre qui lui a été adressée. 

« Je n’ai même pas reçu un appel ! Il me semble que lorsque tu es dans le business de l’empathie, ce n’est pas le bon ton. » 

Nettement insuffisant

Même si l’entreprise affirme dans sa correspondance que les données n’ont pas été utilisées à « mauvais escient », une autre victime de la brèche jointe par notre Bureau d’enquête n’en est pas certaine. 

« Je n’ai eu aucune garantie », affirme-t‐elle, préférant garder l’anonymat. 

« Je dois m’occuper de la succession de ma sœur et du vol de nos deux identités, a déploré avec émotion Diane Despatie. Si je dénonce la situation, c’est pour les autres familles endeuillées, ce n’est vraiment pas facile. » 

Alfred Dallaire a proposé à ses clients un an d’abonnement sans frais au service de surveillance du crédit de TransUnion. Une offre jugée nettement insuffisante pour plusieurs victimes. 

Enquête policière

Julia Duchastel, vice-présidente des Espaces Memoria, assure que l’incident ne touche qu’une faible proportion des clients. 

Une enquête policière est en cours et une équipe d’experts en sécurité informatique a été engagée par l’entreprise.  

VOLÉ À LA DÉFUNTE, ALINE DESPATIE  

  • Adresse    
  • Date et lieu de naissance    
  • Nom des parents    
  • Numéro d’assurance sociale    
  • Lieu du décès    
  • Numéro d’assurance maladie    
  • Numéro du permis de conduire      

VOLÉ À SA SŒUR ET LIQUIDATRICE DIANE  

  • Adresse   
  • Date et lieu de naissance   
  • Nom des parents   
  • Numéro d’assurance sociale       

Parfait pour une nouvelle identité  

Les données personnelles des personnes décédées valent leur pesant d’or, confirme l’expert en sécurité informatique Damien Bancal.

« Ce sont des données qui sont très recherchées. Les identités de certaines personnes fraîchement mortes sont des informations très intéressantes pour les malveillants, malheureusement, pour se fabriquer une identité quasi parfaite », explique M. Bancal. 

Une personne décédée ne se plaindra pas d’avoir été fraudée, dit-il, ce qui permettra aux pirates de profiter pleinement des informations à leur disposition.

« Le temps qu’on s’en rende compte, on pourrait penser potentiellement que c’est le mort qui a fait l’arnaque, dit-il. Ça nuit aux successions. »

M. Bancal estime que Diane Despatie doit se méfier des affirmations de l’entreprise de pompes funèbres qui prétend que les données n’ont pas été utilisées à mauvais escient.

« Pour le pirate, ces informations, c’est de l’argent. Il y a pas mal de gens qui pensent connaître le dark Web... Les pirates informatiques, lorsqu’ils ont ce genre de données en main, ils ne vont pas en parler immédiatement, ils vont d’abord s’en servir. »

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