/opinion/columnists
Navigation

Le Québec, encore religieux sans le savoir

ART-ARTIS-MORIN-RETRAIT
Capture d’écran Tout le monde en parle / Radio-Canada

Coup d'oeil sur cet article

Comme bien des Québécois, j’ai regardé dimanche soir l’entrevue très attendue de Maripier Morin à Tout le monde en parle, à la suite des nouvelles révélations dans La Presse. 

Non pas que cette controverse me passionne, et je ne suis pas certain de comprendre ceux qui sentent le besoin de s’écharper publiquement à son sujet non plus que la place centrale qu’elle en est venue à occuper dans notre vie publique. 

Rien n’est pur en ce monde, et ne nous trompons pas, de nombreux sentiments contrastés se mélangent ici. Entre le désir de justice et la vengeance, entre la critique sincère et la jalousie. Cette affaire ne fait pas exception, je crois.

Mais j’étais curieux de voir comment le rendez-vous dominical de Radio-Canada allait se transformer en grand rituel collectif pour juger du sort de la comédienne. Car la manière dont nous parlons de cette affaire en dit beaucoup sur notre mentalité collective.

Grand-messe

À quelle mise en scène allions-nous avoir droit ? Comment Maripier Morin allait-elle sortir de cette séquence compromettant son travail de réhabilitation publique depuis près d’un an ? 

De la première minute à la dernière, du visage grave aux dernières larmes, du visage contrit au visage coupable, Maripier Morin a pris le visage de la pénitente. Elle devait traverser cette entrevue sous le signe de la contrition.  

Au terme de l’exercice, nous allions savoir si elle allait avoir droit à l’absolution. Dans cet exercice, elle devait regagner la faveur d’une partie de la colonie artistique et renouer son lien avec le grand public qui lui demeure globalement fidèle. 

Prenons un pas de côté : comment ne pas voir à travers cela un rituel nous démontrant à quel point notre société a conservé une structure mentale profondément religieuse. 

  • Écoutez la chronique de Mathieu Bock-Côté au micro de Richard Martineau sur QUB radio:

Ainsi, au lendemain de l’émission, de nombreuses figures du milieu artistique se sont questionnées publiquement sur la sincérité de la confession : s’agissait-il d’un repentir authentique ou d’un geste théâtral ? Se sentait-elle vraiment coupable ou jouait-elle le rôle d’une femme se sentant coupable ? Les autorités morales semblaient divisées. 

Une autre question s’est vite imposée : est-ce que la pénitence était à la hauteur du crime confessé ? Est-ce que son expulsion de l’espace public et la perte de ses contrats représentent une pénitence suffisante ? Ou doit-elle payer encore ? 

Pardon ?

Ajoutons une troisième question : est-ce que la réhabilitation est possible ? Les péchés de Maripier Morin se classent-ils dans la catégorie des péchés impardonnables ? Cela en dit beaucoup sur l’univers moral et les nouveaux péchés capitaux de notre société, et même, de notre civilisation.

Maripier Morin pourra-t-elle retrouver une place dans notre société tricotée serrée ou est-elle condamnée au rôle de paria ? Si la tendance se maintient, elle reviendra. 

Résumons : au-delà des faits eux-mêmes, qu’il ne s’agit évidemment pas de relativiser, l’affaire Maripier Morin nous en dit beaucoup sur la permanence d’un imaginaire et d’une méthode de traitement des péchés qui n’est pas sans nous rappeler celle du Québec d’avant 1960. Les peuples changent peu, pour le meilleur et pour le pire.